Les jeunes belges de plus en plus mobilisés pour le climat

epa07314890 Des étudiants belges se rassemblent pour demander des mesures urgentes pour lutter contre le changement climatique lors d'une manifestation à Bruxelles, Belgique, le 24 janvier 2019. EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ

Ils étaient plus de 35 000 élèves et étudiants belges à défiler dans les rues de Bruxelles, le 24 janvier, pour réclamer de meilleures politiques climatiques. Ce rendez-vous devenu hebdomadaire commence à faire des vagues.

Des milliers d’élèves belges ont décidé de « brosser » (sécher) les cours tous les jeudis jusqu’à obtenir une réponse ambitieuse des dirigeants politiques dans la lutte contre le changement climatique. Le décompte officiel de la troisième journée de mobilisation « Youth for Climate » se monte à 35 000, selon la police fédérale, contre 12 500 une semaine plus tôt et près de 3 000 lors de la première édition.

Tout a commencé le 11 janvier par un rassemblement à Bruxelles de jeunes néerlandophones. Leur point de rendez-vous s’est vite révélé trop étroit pour les 3 000 participants, qui se sont alors mis en marche vers les sièges du pouvoir, avant de tenir un sit-in spontané qui a obligé la fermeture de grands axes routiers.

« Plus chauds que le climat »

Les jeunes présents regrettent de ne pas être entendus par la classe politique et s’alarment de l’absence de politique efficace contre le réchauffement climatique, qui menace déjà leur avenir.

« Notre seul moyen de faire pression est de ne pas aller en classe, à la manière d’un travailleur qui décide de faire grève », affirmait au Soir Anuna De Wever, 17 ans, qui a initié le mouvement avec Kyra Gantois, 19 ans.

L’initiative, inspirée de la  jeune Suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, qui avait frappé l’opinion publique lors de la COP24, les a cependant vite dépassées.

Le jeudi suivant, il y avait 12 500 jeunes à Bruxelles. Les francophones s’étant petit à petit joints au mouvement pour réclamer que la prochaine mandature se concentre davantage sur les questions climatiques, de plus en plus urgentes.

Ce jeudi, le 24, ils étaient 35 000 et le mouvement s’était élargi aux étudiants, notamment emmenés par l’association Students for Climate.  « Les jeunes doivent être pris au sérieux par les politiques. Le climat est un souci global pour tous les gens de notre âge », a expliqué Laura Cools, initiatrice de Students for Climate, à Belga.

« Moi je suis trop vieux pour manifester », regrette Marc, un Bruxellois récemment retraité. « Mais je vais aller me mettre sur le chemin du cortège pour les applaudir, c’est une question d’une importance et d’une urgence absolue. »

Au sein des écoles, la question de l’attitude à adopter se pose. Certains établissements sévissent, et les élèves ont donc organisé un roulement, pour que des groupes différents manifestent tous les jeudis, sans que les absences s’accumulent. D’autres encouragent le mouvement.

Le 23 janvier, un groupe d’enseignants wallons et bruxellois a publié dans Le Vif une tribune de soutien aux manifestants. Ils y appellent directeurs et profs à encourager les jeunes.

« Le monde adulte manque cruellement à ses devoirs. Heureusement, [la jeune génération] ne s’en contente pas. Ils secouent le prunier et nous placent devant notre écrasante responsabilité. Nous ne pouvons que nous en réjouir », estiment-ils.

Un message aussi aux parents, journalistes et politiques, qui pourraient être tentés d’écarter un mouvement « idéaliste ». « L’enjeu est une course contre la montre pour l’avenir concret des jeunes qui sont nos élèves. 2030, 2050… ces années-là approchent méchamment », rappellent-ils, affirmant qu’une telle « circonstance exceptionnelle d’un intérêt collectif exceptionnel » justifie des actions exceptionnelles ».

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Déclarations politiques

Les jeunes ont dénoncé l’inaction générale du gouvernement, ainsi que la position de la Belgique lors de la COP de Katowice. Ils souhaitent que les questions climatiques soient davantage prises en compte dans toutes les politiques du gouvernement.

Alors que les marches se multiplient, « je sens une pression…motivante » a indiqué la ministre fédérale de l’Énergie, de l’Environnement et du Développement durable, Marie-Christine Marghem.

En raison de la structure très fragmentée du pouvoir en Belgique, il y a quatre ministres chargés des politiques climatiques. Leur manque de coopération a récemment été très critiqué. Marie-Christine Marghem reconnait qu’il est temps de renforcer la coopération entre les différents niveaux de pouvoirs. « Toutes nos politiques doivent être analysées par le prisme du réchauffement climatique. »

Le franc commencerait-il à tomber ? Lors d’une intervention télévisée face à une jeune manifestante, la ministre est rapidement passée à la responsabilisation des entreprises, plutôt que de l’État, conseillant aux jeunes d’interpeller les multinationales.

Le 25 janvier, la ministre au climat du gouvernement flamand, Joke Schauvliege, a également répondu aux manifestants. Elle a annoncé l’organisation en février d’une conférence sur le climat qui réunira des jeunes et des spécialistes.

Elle se réjouit de la mobilisation de dizaines de milliers de jeunes, qui permettront selon elle de mieux faire passer la pilule de mesures climatiques peu populaires, évoquant une possible taxe européenne sur les vols en avion.

Des scientifiques ont récemment publié une longue étude sur la manière de protéger le climat en étant un peu plus regardant sur ce qui arrive dans nos assiettes. Une solution simple éventuellement à creuser dans les cantines.

En attendant, les Belges manifestent pour le climat le dimanche 27 janvier, dans le cadre de l’initiative internationale « Rise for climate ». Et les jeunes redescendront dans la rue jeudi prochain.

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