Les jeunes Franciliens manifestent désormais contre le réchauffement

Des militants écologistes et des membres d'ONG brandissent une banderole « Changez le système et non le climat » lors de la marche Rise for the climate, à Paris, France, le 8 septembre 2018. [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

Après les Belges et les Suisses, les jeunes Franciliens se sont mis en marche contre la politique climatique française. La manifestation a permis d’engager un dialogue avec la secrétaire d’État Brune Poirson. Récit de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Ce n’était pas le Grand soir, mais c’était un bon après-midi. Ce vendredi 15 février, étudiants et lycéens franciliens sont entrés dans la danse de la grève des cours pour le climat, initiée en Belgique en décembre dernier. Porteurs de banderoles aux slogans bien balancés («+2°C et c’est niqué, quand c’est fondu, c’est foutu»), les manifestants avaient pour objectif de bloquer les accès au ministère de la transition énergétique, boulevard Saint-Germain à Paris.

Piaffant d’impatience, quelques dizaines d’entre eux ont commencé par bloquer le boulevard à la circulation. Juste de quoi énerver quelques automobilistes et les policiers qui n’avaient pas anticipé la manœuvre. Entretemps, le gros des troupes s’était massé devant le portail principal de l’Hôtel de Roquelaure, sévèrement gardé par les forces de l’ordre.

Au milieu de la chaussée, un militant rappelle que «Même Dauphine fait la grève pour le climat». Paris Dauphine est une université spécialisée dans les sciences des organisations, des marchés et de la décision, et elle est réputée peu remuante.

Les jeunes belges de plus en plus mobilisés pour le climat

Ils étaient plus de 35 000 élèves et étudiants belges à défiler dans les rues de Bruxelles, ce 24 janvier, pour réclamer de meilleures politiques climatiques. Ce rendez-vous devenu hebdomadaire commence à faire des vagues.

Être pris au sérieux

Aux cris de ralliement «Rugy t’es foutu, la jeunesse est dans la rue», ont succédé les discussions entre tenants des différentes factions. Par mégaphones interposés, les partisans du dialogue avec le gouvernement argumentaient face aux tenants du blocage. «Si on ne discute pas avec eux, ils ne nous prendront pas au sérieux», testent les premiers. «Mais ils ne nous prennent pas au sérieux», ripostent les seconds.

On s’assied. On se compte. On cherche ses amis. On chante «On est plus chauds, plus chauds, plus chauds que le climat». Et puis, on négocie. Brune Poirson tente une sortie. Le ministre de la transition écologique étant en déplacement dans le Gers, la secrétaire d’État propose une médiation. «Mais il faut vous organiser», demande-t-elle. «On ne négociera qu’à nos conditions», proteste un activiste. Finalement, quelques protestataires font le grand saut dans une salle du ministère.

«Notre avenir en question»

En attendant leur retour, on tue le temps comme l’on peut. Reprise des chants, des micro-AG mégaphoniques. On se laisse aussi interviewer par les journalistes venus nombreux couvrir cette première française. «On est jeunes et c’est notre avenir qui est en question»résume l’un deux. Contemplant la petite foule, un étudiant n’en revient pas: «C’est quand même pas mal d’avoir réussi à déplacer autant de monde en une semaine.»

Aucune nouvelle des négociateurs? Qu’à cela ne tienne, on essaye de nouveaux slogans: «On ne défend pas la nature, nous sommes la nature qui se défend.» On tente aussi la convergence des luttes. Toute vêtue d’un-tee shirt aux couleurs du mouvement des Coquelicots anti-pesticides, une lycéenne brandit un calicot demandant pardon à sa mère pour avoir séché les cours pour sauver la terre qui sèche. On rappelle aussi que l’on pourra manifester dimanche pour préserver la liberté de la presse. «Vendredi vert, samedi jaune», reprend en chœur la fraction chansonnière.

La "colère verte" des jeunes Français sur le climat

La mobilisation des jeunes sur le climat démarre doucement en France.

Grève scolaire mondiale

On en profite pour lancer un appel à la grève scolaire mondiale le 15 mars prochain, suivant le mot d’ordre de la jeune activiste suédoise, Greta Thunberg. Un techno empoigne le mégaphone: «On veut des mesures techniques pour isoler les bâtiments et développer les transports publics.» Que répondre à cela? Des militants d’Attac s’en chargent en entonnant, percussions à l’appui: «Anti, anti, anti capitalistes, ha, ha, ha», l’un des slogans les plus repris par la foule.

Mais voilà que ressortent du ministère les deux émissaires. Assaillis par les journalistes des chaines d’information en continu, ils impressionnent par leur calme, qui contraste avec l’effervescence ambiante. Brune Poirson et François de Rugy les convient à une nouvelle rencontre au cours de laquelle «ils devront les challenger».

Ancienne présidente de Notre affaire à tous, Marie Toussaint sort ravie de cette première manif’ climatique de la génération future: «Il est très, très encourageant de voir cette jeunesse se dresser, sans autre mot d’ordre qu’une réaction spontanée au réchauffement, face à laquelle la réaction du gouvernement n’est vraiment pas à la hauteur», souligne la toute nouvelle candidate aux élections européennes.

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