Les objectifs climatiques européens sont-ils suffisamment ambitieux ?

Lors de son discours sur l'état de l'Union, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé vouloir porter la réduction des émissions de gaz à effet de serre à 55 % d’ici à 2030. [Source: EC - Audiovisual Service]

Alors que le Parlement européen s’apprête à se prononcer sur le plan climat en séance plénière demain, le Fonds mondial pour la nature (WWF) est revenu sur les objectifs climatiques de l’Union européenne lors d’une conférence de presse.

Le Pacte vert pour l’Europe est-il à la hauteur de l’urgence climatique ? Posée par le WWF, cette question peut surprendre. La Commission européenne n’a-t-elle pas revu à la hausse les ambitions climatiques de l’UE ? Hydrogène vert, taxe carbone, réforme de la PAC… Diverses thématiques pour lutter contre le réchauffement climatique font l’objet de négociations. Pourtant les critiques pleuvent contre la loi européenne sur le changement climatique. Trop ambitieuse pour les uns, pas assez pour les autres, sans compter les nombreux obstacles à sa mise en place qui demeurent.

Un plan plus ambitieux qu’auparavant…

Au sein de l’exécutif européen, la lutte contre le réchauffement climatique est devenu primordiale ces derniers mois. Après avoir présenté en grande pompe son « Green deal » européen en décembre 2019, Ursula von der Leyen a annoncé le 16 septembre dernier lors de son discours sur l’état de l’Union vouloir relever l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre à « au moins 55 % », alors qu’il n’était question auparavant que de 40 %. Une nécessité, selon elle, pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

Pour remplir cet objectif, une grande partie des législations sur le climat et l’énergie devront être révisées. C’est particulièrement le cas pour les secteurs du transport et du bâtiment, à la traîne en matière de transition verte. Parmi les mesures présentées, la Commission préconise par exemple d’accélérer le développement des énergies renouvelables et d’étendre le système européen d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre au transport maritime et fluvial.

Par ailleurs, la stratégie de transition vers un système agricole durable F2F (en français « De la ferme à la fourchette), celles sur l’hydrogène ou sur la préservation de la biodiversité élargissent encore le spectre des nouvelles mesures environnementales de l’UE.

La faune sauvage, en chute libre depuis 1970

Les méthodes de production de denrées alimentaires, d’énergie et de marchandises détruisent les biotopes de milliers d’espèces, engendrant une chute vertigineuse de la faune et contribuant à l’émergence de maladies, comme le SARS-CoV-2.

… mais pas encore suffisant

Pour réduire les émissions européennes de gaz à effet de serre, il est prévu que 37 % des dépenses du mécanisme de relance et de résilience soient consacrées à la protection du climat.

En théorie, la loi européenne sur le changement climatique semble donc bien avancée. Sa mise en pratique se révèlera plus ardue. Comme l’a souligné Wendel Trio, directeur du réseau de l’ONG Réseau action climat (CAN), « certains pays ont réagi très positivement, c’est le cas de la Belgique, du Luxembourg, des Pays-Bas, du Danemark… Emmanuel Macron et Angela Merkel aussi se sont dit favorables à une hausse des objectifs climatiques. […] On note à l’inverse une forte réticence de la part de la Pologne et de la République tchèque. »

Dépendant économiquement de l’énergie charbon, ces pays d’Europe de l’Est se sont déjà par le passé montrés très critiques en ce qui concerne l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. « La Bulgarie, la Croatie et la Hongrie » pourraient également s’opposer à ce nouveau plan climat, note le directeur de CAN-Europe.

Ursula von der Leyen porte l’objectif de réduction des émissions pour 2030 à 55 %

Lors de son discours sur l’état de l’Union, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé vouloir porter la réduction des émissions de gaz à effet de serre à 55 % d’ici à 2030.

La fronde des ONG

Outre ces réticences parmi les États, l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % connaît d’autres critiques. De nombreuses ONG le considèrent comme insuffisant. Clément Sénéchal, de Greenpeace France, a martelé dans un communiqué de l’ONG que « la baisse de 55% en 2030 des émissions de gaz à effet de serre proposée par Ursula von der Leyen n’a aucune pertinence scientifique. Pour contenir la hausse des températures à 1,5°C d’ici à la fin du siècle, il faudrait atteindre une baisse d’au moins 65%, d’après les dernières données disponibles ». Chargé de plancher sur le sujet, la commission de l’environnement du Parlement européen serait pour sa part favorable à un objectif plus élevé, de 60% de réduction.

La question des objectifs climatiques de l’UE sera au centre des débats du prochain sommet européen, les 15 et 16 octobre. Les discussions promettent d’être houleuses, d’autant plus qu’en vertu de l’accord de Paris les États sont censés soumettre d’ici à la fin de l’année de nouvelles promesses climatiques pour 2030. Pour rappel : selon une étude publiée fin 2018 par le think-tank américain World Ressources Institute, seuls 16 pays ont engagé des politiques suffisantes par rapport à leurs engagements climatiques sur les 197 États signataires de l’accord de Paris .

Dépenser judicieusement : le problème à 1800 milliards d’euros de l’Union européenne

L’Europe doit repenser la manière dont elle alloue ses ressources pour atteindre ses objectifs climatiques, écrit Kirsten Dunlop, PDG de l’agence européenne pour l’innovation EIT Climate-KIC.

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