Les ONG frappent au portefeuille les énergies fossiles

En octobre dernier, BNP Paribas a annoncé des mesures drastiques de réduction de son soutien aux « énergies fossiles extrêmes » : fin de ses financements directs à tout nouveau projet d'exploration, production, transport ou exportation lié aux sables bitumineux, gaz de schiste et en Arctique, et de tout nouveau projet de gazoduc et de terminal d'exportation de GNL issu majoritairement de gaz de schiste. [Leonid Ikan/Shutterstock]

Pour couper les vivres aux principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre, les ONG font pression sur leurs financeurs, banques et assurances en tête. Une démarche de longue haleine parfois couronnée de succès. Un article de notre partenaire, La Tribune.

BNP Paribas, récemment encore dans le top 15 des banques finançant les sables bitumineux et le gaz naturel liquéfié (GNL) dans le monde, est aujourd’hui félicitée par l’ONG Les Amis de la Terre (AT), active de longue date auprès du secteur financier. C’est qu’en octobre dernier, la banque a annoncé des mesures drastiques de réduction de son soutien aux « énergies fossiles extrêmes » : fin de ses financements directs à tout nouveau projet d’exploration, production, transport ou exportation lié aux sables bitumineux, gaz de schiste et en Arctique, et de tout nouveau projet de gazoduc et de terminal d’exportation de GNL issu majoritairement de gaz de schiste. Elle a également adopté des critères d’exclusion des entreprises principalement actives dans ces secteurs d’activité.

Une satisfaction pour les ONG, AT en tête, qui s’emploient depuis des années à faire pression sur les banques, maillons essentiels du financement des énergies fossiles, responsables de la majorité des émissions de gaz à effet de serre.

Elles recourent pour ce faire à de multiples modes d’action. Au-delà des rapports et des campagnes publiques, elles interpellent les financeurs sur des projets précis, notamment lors des assemblées générales d’actionnaires. Après avoir dénoncé l’oléoduc Dakota Express lors de l’AG de la BNP de mai dernier, AT France maintient la pression sur la Société Générale qui s’apprête à financer le gigantesque projet de terminal d’exportation de gaz de schiste Rio Grande LNG dans le Texas du Sud. Les ONG font parfois venir des membres des communautés directement affectées par les projets « afin de rendre ces impacts visibles pour les citoyens, le conseil d’administration, les actionnaires », commente Lucie Pinson, chargée de la finance privée chez AT France.

Le désinvestissement des énergies fossiles prend son envol

La Banque mondiale et plusieurs autres institutions financières ont annoncé l’interruption du financement de l’exploration ou de l’assurance de projets pétroliers et gaziers au sommet One Planet à Paris.

La finance climat suscite les mêmes débats que l’investissement socialement responsable (ISR) depuis des années. Les acteurs financiers doivent-ils exclure les entreprises les plus polluantes ou s’engager auprès d’elles pour les faire progresser ? De leur côté, les ONG ont des échanges directs avec les acteurs financiers ou industriels, qu’elles vont jusqu’à conseiller, mais pratiquent également le name and shame (« désigner et faire honte », Ndlr). Avec un certain succès, comme en témoigne l’adoption de diverses résolutions lors d’assemblées générales (de financeurs ou d’acteurs des énergies fossiles) ces dernières années.

Encore de l’argent pour de nouveaux projets

Autre cible des ONG, les assureurs, premiers investisseurs institutionnels dans le monde, qui contribuent largement au financement des nouvelles centrales à charbon. En dépit de désinvestissements importants depuis la COP21, 1 600 nouvelles centrales sont en projet dans le monde, pour un total de 840 GW. 15 assureurs mondiaux ont désinvesti 20 milliards de dollars en actions et obligations de sociétés charbonnières. Mais selon AT France, huit groupes d’assurances français détiennent pour plus de 926 millions de dollars d’actions et d’obligations dans les principaux développeurs d’infrastructures charbonnières. En tête, avec 848 millions de dollars investis dans le charbon depuis 2015, Axa, qui s’était pourtant positionné en leader du désinvestissement lors du Climate Finance Day de 2015, en décidant d’exclure de ses soutiens assurantiels les entreprises réalisant plus de 50 % de leur chiffre d’affaires dans le charbon.

L’ONG appelle donc à un seuil d’exclusion abaissé à 30 %, déjà adopté par Scor, Swiss Re et Allianz, et calculé en pourcentage du mix de production énergétique et non du chiffre d’affaires.

Et les assureurs ne sont pas seuls en cause. Un nouveau rapport d’AT publié à l’occasion du One Planet Summit montre que le secteur bancaire mondial a mobilisé plus de 600 milliards de dollars de financement pour ces mêmes développeurs de janvier 2014 à septembre 2017, dont près de la moitié depuis la signature de l’accord de Paris. Malgré le respect de leurs engagements, pris en 2015, de réduction de leur soutien au secteur du charbon, les quatre grandes banques françaises – BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et Natixis – ont augmenté leurs financements aux développeurs de 115 % entre 2015 et 2017.

Au-delà de ces pressions auprès des banques et assurances, les ONG encouragent des actions en justice. Germanwatch appuie ainsi la démarche d’un paysan péruvien rencontré lors du sommet de la Terre à Lima en 2014. Son action contre l’énergéticien RWE, qu’il rend responsable du réchauffement climatique dans les Andes, vient d’être jugée recevable par un tribunal allemand. Couronné de succès, ce type d’actions pourrait bousculer plus brutalement encore le système financier mondial.

Les grands petits pas du sommet climatique de Paris

Le One Planet Summit s’est achevé par une longue série d’engagements très divers. Difficile à apprécier sur le plan climatique, la réussite de ce sommet est un incontestable succès diplomatique pour la France. Un article de notre partenaire, le JDLE.

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