Les villes face à l’urgence climatique

EPA/ANDY RAIN

Les villes font feu de tout bois pour limiter leur impact sur le climat. Mais bien trop lentement, comme le pointe une étude du WWF France publiée début juillet. Un article de notre partenaire, La Tribune.

55°C en France ? On risque de devoir s’y préparer à l’horizon 2050, selon le climatologue français Jean Jouzel. Annoncé de longue date par lui et ses pairs (notamment ceux regroupés au sein du GIEC), le changement climatique lié à l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère jouit ces jours-ci d’un regain d’intérêt sur fond de multiplication de vagues de chaleur et de leurs conséquences dramatiques. En effet, longtemps prudents, les experts établissent désormais un lien clair, sinon quantifié, entre ces événements météorologiques extrêmes et l’évolution du climat sur le long terme.

À l’instar de Jean Jouzel, plusieurs climatologues avertissent de la multiplication et de l’intensification de ces canicules dans les prochaines années. Les 30% de la population mondiale concernée (selon un article paru en 2017 dans la revue Nature) pourraient devenir 74% en 2100 si on ne parvient pas à enrayer la hausse des émissions de gaz à effet de serre. D’ici à 2050, des étés comme celui de 2003 pourraient se répéter une année sur deux.

Impact sur la santé et l’économie

Particulièrement meurtrières pour les populations les plus à risques (bébés, femmes enceintes, personnes âgées), ces températures extrêmes favorisent la résurgence de maladies infectieuses que l’on croyait éradiquées et accroissent la pollution de l’air. Mais elles ont également un impact sur le stress des populations touchées, qui se traduit par la hausse des taux de criminalité, des consultations des urgences psychiatriques et même des suicides. Si elles ne font encore l’objet d’aucune étude significative, les conséquences de long terme sur la santé ne font guère de doute. Un rapport rédigé par des parlementaires britanniques évoque ainsi l’hypothèse de 7.000 décès par an d’ici à 2050 en raison de la chaleur.

Sur le plan économique (et indépendamment du coût en termes de vies humaines et de santé publique), la baisse de productivité due à ces chaleurs extrêmes pourrait conduire selon l’Organisation mondiale du travail à une perte de 2.000 milliards de dollars par an en 2030.

Paris, deuxième ville la plus menacée par la canicule

Les événements de cet été se produisant quasi simultanément dans de nombreux pays développés de l’hémisphère Nord, du Japon à la Californie en passant par la Suède et le Canada, cela a notamment pour effet de mettre en évidence la vulnérabilité des villes. Victimes du phénomène des îlots de chaleur, elles connaissent des températures plus élevées encore que le reste du territoire, et en sont réduites à recourir à des solutions telles que la climatisation, dont les rejets d’air chaud et, surtout, la forte consommation énergétique génèrent un cercle vicieux.

Selon le City risk index du Llyod’s élaboré avec l’université de Cambridge, qui mesure l’impact de 22 menaces sur la production économique prévisionnelle de 279 villes, de nombreuses villes européennes sont exposées à des risques climatiques, aussi bien le gel et la canicule (pour un coût de 1,21 milliard de dollars) que les inondations et la sécheresse (10,68 milliards). Pour l’assureur britannique, Paris est la deuxième ville la plus exposée au risque de canicule, une menace évaluée à 90 millions de dollars.

Un rôle reconnu dans la lutte contre le changement climatique

Abritant plus de 50% de la population mondiale aujourd’hui et 75% en 2050, responsables de 70% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, les villes ont un poids significatif dans le changement climatique. Mais ce sont également elles qui, de par leur proximité avec leurs administrés et leur rôle dans la mise en œuvre des politiques en matière d’énergie, de bâtiments, de transports, etc. sont susceptibles d’actionner les leviers les plus efficaces pour assurer la transition vers une économie décarbonée.

Regroupées depuis les années 1990 en de nombreux réseaux articulés autour de la transition écologique et, de plus en plus, du changement climatique, elles revendiquent d’ailleurs ce rôle de plus en plus vigoureusement. Outre la reconnaissance reçue au travers de la large place faite à la société civile par les organisateurs de la COP21 en décembre 2015 à Paris, elles se sont vu confier au fil du temps des responsabilités élargies dans des domaines directement liés au climat. En France, notamment, la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte de 2015 élargit leurs responsabilités en matière d’énergie et de climat. Les intercommunalités de grande taille, compétentes pour élaborer les plans climat énergies territoriaux (PCET) sont désormais coordinatrices de la transition énergétique.

Les villes les plus importantes, telles celles regroupées au sein du réseau C40 actuellement présidé par Anne Hidalgo, bénéficient d’une formidable caisse de résonance pour donner tout leur relief à leurs engagements, de plus en plus nombreux en matière d’émissions de gaz à effet de serre et d’énergies renouvelables. Le 100% énergies vertes et la neutralité carbone à l’horizon 2050 sont des objectifs de plus en plus souvent affichés. Mais nombre de communes de taille plus modeste multiplient également les initiatives.

15 ans de retard sur la route de la neutralité carbone

Pourtant, comme le révèle une étude du WWF France publiée le 6 juillet dernier à la date anniversaire du plan climat présenté un an plus tôt par Nicolas Hulot, il y a loin de la coupe aux lèvres.

Concernant les 10 plus grandes métropoles françaises sur lesquelles porte l’étude, qui représentent 20% de la population et 16% des émissions de GES (mais, logiquement, 33% de celles liées au bâtiment), le constat est sévère : sur la base de la part de leur budget carbone déjà consommée, elles affichent 15 ans de retard sur la trajectoire qui les mènerait à la neutralité carbone en 2050, objectif national affiché par le ministre de la transition écologique. Pour espérer l’atteindre, elles doivent doubler leurs efforts d’ici à 2030. À l’échelle nationale, la France (dont les villes concentrent 77% de la population et 67% des émissions) est d’ores et déjà en retard de 54% dans le bâtiment et de 29% dans les transports par rapport à ses objectifs à l’horizon 2028.

Partenariats et financements dédiés

Dans un contexte de disette budgétaire liée à la restriction drastique des dotations de l’État aux collectivités, celles-ci réclament à cor et à cri de percevoir une partie de la contribution climat énergie prélevée sur les carburants fossiles. Autre gisement de financement disponible pour la transition énergétique cité par Pierre Cannet responsable du programme climat au WWF France : les acteurs économiques jouant un rôle important sur un territoire donné, tels qu’Airbus à Toulouse.

Il préconise également une logique de partenariats renforcés entre les villes, les acteurs économiques et les territoires ruraux, et promeut des « COP21 locales », à l’image de celle que l’ONG prépare avec la métropole Rouen-Normandie.

« Qu’est-ce qui a fait le succès de la COP21 ? », rappelle Pierre Cannet. « La co-construction, les coalitions sectorielles, les financements apportés pour soutenir des objectifs de long terme, et la gouvernance, notamment le principe de révision régulière de ces objectifs. »

Évidemment, aussi puissants soient les leviers qu’elles peuvent actionner, les villes agissent dans le cadre de politiques nationales. Et de ce point de vue, l’absence de tout plan vélo (officiellement repoussé à septembre) dans les engagements de l’État en faveur de la mobilité propre et de la qualité de l’air présentés par Nicolas Hulot et Elisabeth Borne le 20 juillet dernier et qui doivent servir de base à la future loi d’orientation sur les mobilités (LOM) laisse songeur…

La Tribune

La Tribune [latribune.fr]

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