Les Vingt-huit appelés à revoir leurs plans climat nationaux

L’Union européenne s’est fixé l’objectif d’augmenter sa consommation d’énergie renouvelable d'ici 2030. [Photo: Shutterstock]

La Commission européenne demande aux Etats membres, France comprise, d’améliorer leur politique énergie-climat 2021-2030. Un article de notre partenaire le Journal de l’Environnement.

Six mois après la date limite du rendu des copies, Bruxelles a livré son verdict. Mardi 18 juin, la commission européenne a publié son évaluation des 28 plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat (PNEC). Ces PNEC sont les projets de stratégies que les Etats membres comptent mettre en œuvre pour atteindre les objectifs fixés par le paquet «énergie propre pour tous.

Des esquisses que la direction générale de l’Action pour le climat a passé aux cribles de la cohérence et de l’efficacité.

Si elle se félicite de ce que les 28 ont, pour la première fois, phosphoré sur leur politique énergie climat, la Commission pointe, en revanche, de nombreux manquements, imprécisions, voire incohérences dans ces plans décennaux (2021-2030).

Et la France? Comme celui des 27 autres Etats membres, le PNEC français a été audité par la Commission. Dans sa note, Bruxelles recommande d’accroître l’ambition tricolore en matière d’énergies renouvelables (passer de 32 à 33%), de préciser ses politiques et mesures, de revoir à la hausse ses efforts de MDE, de quantifier les financements qui seront consacrés à la R&D, d’intensifier sa coopération (et ses interconnexions) avec l’Espagne et le Portugal, de préparer la suppression des subventions à l’énergie.

A commencer par les énergies renouvelables. En additionnant les promesses des 28, Bruxelles estime qu’en 2030, l’Europe consommera moins que les 32% d’énergies vertes prévues par la nouvelle directive «énergies renouvelables». Pour l’efficacité énergétique, c’est bien pire. «L’évaluation globale fait apparaître un écart important avec les niveaux cibles de consommation d’énergie primaire et finale de l’Union, d’au moins 32,5% en 2030», notent les experts européens.

Durcir le non-ETS

Malgré ces critiques, l’Union européenne devrait, comme prévu, réduire de 40% ses émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 1990 et 2030, notamment en raison de bonnes performances des 11.000 sites soumis au système d’échange de quotas d’émissions (ETS). La Commission est, en revanche, plus inquiète quant aux capacités des secteurs non-ETS: transports, la construction, l’agriculture, la production d’énergie, la gestion des déchets, qui représentent plus de la moitié des rejets de GES communautaires. «L’engagement des secteurs qui ne participent pas au marché du carbone européen est insuffisant», confirme le commissaire à l’Action pour le climat, Miguel Arias Canete.

Quels financements ?

Un exemple: la mobilité propre. Celle-ci est généralement le fruit du déploiement d’importantes flottes de véhicules électriques. Mais la Commission de regretter l’absence, dans les PNEC, de détail sur la planification de la réalisation des infrastructures de recharge ou sur les moyens de les financer. Le même flou règne sur les plans de rénovation des bâtiments ou les politiques de reboisement.

Qu’attend la Commission? Que les gouvernements éclaircissent les zones d’ombres de leur programme: stratégie à long terme de rénovation des bâtiments, des moyens pour dynamiser la production de chaleur, de froid et de carburants renouvelables (les grands oubliés des PNEC actuels!).

Menaces sur le nucléaire?

Si elle ne la juge pas, la Commission peine à comprendre la logique visant, en France, à réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité. Bruxelles craint que cela ne diminue la sécurité d’approvisionnement en électricité. «Les PNEC pourraient élaborer des stratégies visant à maintenir des capacités adéquates dans toutes les parties de la chaînes d’approvisionnement en électricité d’origine nucléaire et à garantir la sécurité en approvisionnement en combustible.»

A propos de nouveau risque, Bruxelles appelle les 28 à plus de vigilance aux problèmes posés par la cyber sécurité, l’accès aux matières premières, les conséquences du réchauffement, sans oublier le terrorisme.

Transition juste

Neutralité oblige, la Commission ne se prononce pas sur les bouquets énergétiques nationaux. Elle demande toutefois aux 28 d’accroître leurs pressions sur les énergies fossiles. «Il importe que les Etats membres indiquent dans leur PNEC définitif les efforts qu’ils devront consentir pour à l’avenir et les délais qu’ils se fixent pour supprimer les subventions accordées pour les combustibles fossiles.»

La crise des Gilets jaunes a laissé des traces. Raison pour laquelle les services de la Commission demandent aussi aux gouvernements de tenir un peu plus compte des «groupes de consommateurs vulnérables.» La transition devra être énergétique, climatique et sociale.

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