L’océan ne nous sauvera pas du réchauffement

Les récifs coralliens sont déjà victimes du changement climatique. [U.S. Fish and Wildlife Service Headquarters Follow/Flickr]

Une équipe scientifique internationale fait le point sur la capacité augmentée des espaces marins à contrer le réchauffement en cours. Verdict: rien ne vaut la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Explications de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

C’est une réalité physique: mers et océans du globe sont des acteurs essentiels de la régulation du climat. «Ils absorbent 93% de l’excès d’énergie imputable au réchauffement et le quart du gaz carbonique excédentaire», rappelle l’océanographe Jean-Pierre Gattuso (CNRS/Sorbonne Université/LOV).

Une régulation qu’il commence à payer au prix fort. Depuis la fin du 19e siècle, la température de surface des eaux marines a progressé, en moyenne, de 0,8°C. Le pH a baissé de 0,11 unité. Et son niveau moyen s’est élevé de 20 centimètres. Chaleur et acidification commencent à atteindre les récifs coralliens (entrainant leur blanchiment) et diverses espèces de bivalves.

Des tendances qui devraient malheureusement prospérer. À supposer qu’elles soient correctement mises en œuvre, et dans la durée, les politiques climatiques actuelles (NDC) nous promettent, selon les projections, un réchauffement de 3 à 5°C d’ici la fin du siècle.

Plus de carbone de l’eau

Un groupe de 17 chercheurs s’est posé la question: l’océan peut-il, d’une façon ou d’une autre, contribuer plus qu’il ne le fait naturellement à la modération du réchauffement climatique? Coordonnée par Jean-Pierre Gattuso, l’équipe internationale a analysé plus d’un millier d’articles scientifiques sur les technologies capables, sur le papier, de faire entrer plus de carbone dans l’eau salée.

«L’idée étant de donner aux décideurs politiques un éclairage scientifique sur les marges de manœuvre que nous offre l’océan», précise le géographe Alexandre Magnan (Iddri ).

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Émissions négatives

Ce bilan des techniques ‘à émissions négatives’ n’est pas tout à fait nouveau. Les académies des sciences britannique et française, le Giec, des scientifiques français, voire des journalistes, se sont déjà livrés à l’exercice. «Mais c’était de manière éclatée, sans prendre en compte tous les effets collatéraux, les problèmes de gouvernance ni leur degré d’opérationnalité», répond Jean-Pierre Gattuso.

Dans l’article qu’ils publient dans Frontiers in Marine Science, les scientifiques auditent donc les avantages et les inconvénients de dispositifs souvent bien connus des lecteurs du JDLE: fertilisation marine, restauration des mangroves, énergies renouvelables marines, gestion du rayonnement solaire, protection des écosystèmes et des ressources marines, alcalinisation des océans.

Blanchir les nuages

L’évaluation est dévastatrice pour les technologies globales miracles. Blanchir certains nuages marins pour augmenter l’albédo de la planète (et donc renvoyer vers l’espace une partie de l’énergie solaire) semble avoir d’importants effets sur certains écosystèmes pour un effet global (et plus encore local) incertain.

Saupoudrer la surface de l’océan de carbonate de calcium pour contrer les effets de l’acidification n’apparaît pas comme une solution utilisable dans un proche avenir: manque de maturité industrielle et de gouvernance.

«De plus, ces solutions n’interviennent que sur les symptômes et non sur les causes du réchauffement», rappelle Jean-Pierre Gattuso.

Certaines ont aussi des effets collatéraux très dommageables. La fertilisation marine, par exemple, peut pomper l’oxygène d’une région océanique, la rendant impropre à toute vie.

Solutions sans regret

Finalement, ce sont les solutions locales « sans regret » qui se sortent le mieux de ce panorama. «Les énergies marines peuvent efficacement contribuer à la décarbonation du système électrique, sans dégrader les biotopes marins», souligne Alexandre Magnan.

Outre le stockage (plus ou moins) de carbone, la protection des mangroves offre le gîte et le couvert à de nombreuses espèces de poissons. Et forment un rempart appréciable aux tempêtes appelées à se multiplier.

Rapidement évoquées dans le dernier rapport du Giec, ces techniques devraient faire l’objet d’une meilleure attention par les rédacteurs des deux prochains rapports, consacrés à l’océan et à l’agriculture. En attendant leur parution, prévue pour le second semestre 2019, il n’est pas interdit à la société civile de s’emparer du sujet.

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