Les pays vulnérables attendent toujours un mécanisme de financement efficace

L'ouragan Matthew sur Haïti le 5 octobre. [NASA/Flickr]

Le mécanisme de financement pour les pays en développement affectés par les événements climatiques extrêmes reste sujet à débat à la COP24.

« Les pertes et dommages » représentent un des points les plus intensément négociés de la feuille de route de Katowice, affirme Reinhard Mechler, directeur adjoint du programme de recherche Risk and Resilience (RISK) de l’Institut international d’analyse des systèmes appliqués (IIASA).

« À ce stade des négociations, il n’y a rien de clair », ajoute-t-il.

Sujet pérenne et brulant des négociations internationales sur le climat, les pertes et dommages sont au cœur de la division entre nations riches et nations pauvres.

La question centrale est l’aide aux pays dont les économies vulnérables ne leur permettent pas de gérer les conséquences du réchauffement climatique. En d’autres termes, comment financer et compenser les pertes et dommages qui sont déjà là, et de manière irréversible.

Colin McQuistan, conseiller principal en matière de changement climatique et de réduction des risques de catastrophe chez Practical Action, une organisation caritative du Royaume-Uni, explique que l’une des structures financières envisagée pour les pertes et dommages serait une assurance climat. « La grande question, c’est comment les gens les plus vulnérables pourront se permettre les primes d’assurance », a-t-il signalé.

La COP23 laisse en plan la question du financement

Les pays riches avaient promis de lever 100 milliards de dollars d’ici 2020 pour financer la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays en développement. En septembre 2017, les engagements concrets ne s’élevaient pourtant qu’à 10,3 milliards.

En 2015, à la COP21, les pays en développement avaient réussi à faire intégrer un paragraphe consacré à part entière aux pertes et dommages dans l’accord de Paris (article 8).

Cet article traite de domaines de coopération concrets entre pays développés et en développement, comme les systèmes d’alerte rapide, la préparation aux situations d’urgence, l’évaluation et la gestion globales des risques, les mécanismes d’assurance des risques, la mise en commun des risques climatiques.

« Les pertes et dommages sont actuellement entre crochets dans la plupart des négociations liées à l’ensemble des règles décidées à Paris, à la demande des pays développés qui insistent fortement là-dessus », explique Saleemul Huq, chercheur principal à l’Institut international pour l’environnement et le développement.

Les parties prenantes avaient à l’époque accepté de consacrer un article à ce problème particulier dans l’accord de Paris, et reconnaissent ce faisant son importance. Cette prise en compte a fait des pertes et dommages une discussion faisant partie intégrante de l’adaptation au réchauffement climatique.

Aujourd’hui, à Katowice, les pays en développement veulent empêcher les pertes et dommages de se fondre avec l’adaptation. « Les pertes et dommages doivent être considérés séparément dans les règles de Paris : dans la finance, la comptabilité, la transparence, et le bilan mondial », poursuit Saleemul Huq.

« À la COP24, la principale préoccupation est de négocier l’ensemble des règles liées à l’accord de Paris, en déterminant les mesures des progrès, leur suivi et reporting» note le scientifique bangladais basé à Londres.

« Ce que les pays en développement essaient de faire est d’inclure les pertes et dommages dans chacun des points négociés » précise-t-il. « Parce qu’on ne peut pas parler de transparence sans parler des pertes et dommages, on ne peut parler de finance, d’adaptation, d’atténuation des risques sans parler des pertes et dommages », insiste-t-il ensuite. « Mais les négociateurs des pays en développement font face à une opposition. »

La Pologne multiplie le refoulement d'activistes à la COP24

La Pologne a déjà refoulé 14 personnes provenant d’Europe centrale depuis le début de la COP24, dont deux membres de la délégation georgiennes. Les ONG s’interrogent sur la légalité de ces interdictions d’entrer sur le territoire.

Toutefois, les États-Unis et l’Europe « ont refusé d’inclure le débat sur les pertes et dommages dans celui de la finance, prétextant que le soutien financier devait se cantonner à l’atténuation des risques et à l’adaptation seules », déplore le chercheur.

Le sujet sera négocié par les ministres qui arrivent à Katowice le 10 décembre pour la dernière ligne droite, la plus importante de la COP24.

Et c’est mauvais signe selon Marie-Lena Hutfils, conseillère politique sur la gestion des risques climatiques pour l’ONG allemande Germanwatch. « C’est une manière de nier la réalité des pays vulnérables qui subissent déjà les pires conséquences du réchauffement climatique, et ces conséquences vont bien au-delà de leur capacité d’adaptation », met-elle en évidence.

« Nous voyons déjà les impacts dévastateurs du réchauffement climatique à l’heure actuelle. Il est crucial que les pertes et dommages soient représentés de manière significative dans l’ensemble des règles qui seront décidées ici », estime la conseillère.

Elle conclut : « Les risques des futures pertes et des futurs dommages aux personnes et communautés vulnérables sont bien trop sévères pour que l’on se contente d’utiliser les pertes et dommages comme monnaie d’échange ».

Les pays en développement toujours aux premières loges du changement climatique

Le changement climatique touche plus durement les pays en développement, à la fois sur le plan écologique et économique, selon les scientifiques réunis en marge de la COP24.

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