Macron menace de saborder l’accord UE-Mercosur pour sauver le climat

Le Président français, Emmanuel Macron, adresse un signe de la main aux citoyens à Paris, le 2 décembre 2018. [EPA-EFE/ETIENNE LAURENT]

Le Président français s’opposera à un accord commercial entre l’UE et le Mercosur si le futur président brésilien d’extrême droite se retire de l’accord de Paris.

Lors du G20 à Buenos Aires la semaine passée, Emmanuel Macron s’est dit non disposé à signer un « pacte commercial élargi » avec le Mercosur si l’un de ses membres, à savoir le Brésil, refusait l’accord climatique historique de Paris.

Les négociations durent depuis 20 ans entre l’Union européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay). Le point de friction actuel concerne les importations agricoles.

« Je ne peux pas d’un côté demander aux agriculteurs et travailleurs français de changer leurs habitudes pour sauver la transition écologique, et de l’autre, signer des accords commerciaux avec des pays qui font tout le contraire », a martelé le président français. « Nous voulons des accords qui soient équitables. »

Comme l’Irlande, la France est l’un des États membres les plus réticents à l’idée d’un accord qui pourrait légiférer sur les importations de viande bovine et concurrencer la production nationale. La liste des produits protégés de l’UE est également une pomme de discorde dans les négociations.

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Bien que la Commission ait le dernier mot sur les accords commerciaux de l’UE, les accords de cette envergure ont besoin du soutien total des États membres. Un système qui a frôlé le grotesque en 2016, quand la Wallonie a temporairement décidé de bloquer l’accord du CETA avec le Canada.

Jair Bolsonaro, président brésilien récemment élu, avait annoncé pendant sa campagne qu’il retirerait le moteur de l’Amérique du Sud de l’accord climatique de 2015. Bien qu’il soit plus tard revenu sur sa décision de marcher dans les pas de Donald Trump, sa position n’est toujours pas claire.

Toutefois, le Brésilien qui prendra le pouvoir en janvier a commenté la question à la télévision brésilienne le weekend du 1er décembre, déclarant qu’il respecterait l’accord à condition que « le Brésil ne perde pas sa souveraineté sur la majeure partie de l’Amazonie ».

Le Brésil ne sera probablement pas le seul pays à payer un lourd tribut en cas de non-respect de l’accord de Paris. L’Australie, qui a également mis en doute sa participation, est en ce moment en pleines négociations commerciales avec l’UE.

Engagement de fer

Alors que les négociations onusiennes débutent en Pologne pour la COP24, le siège de Jair Bolsonaro demeure vide depuis la semaine dernière, date à laquelle il a décidé de ne pas se rendre au sommet climatique.

L’homme politique d’extrême droite, surnommé le « Trump sud-américain », a chargé son futur ministre des Affaires étrangères, celui qui considère le réchauffement climatique comme un « complot marxiste », d’annuler sa venue à la COP24.

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Dans le rapport final des négociations, les dirigeants des 20 plus grandes économies du monde (à l’exception des États-Unis de Donald Trump) réitèrent que « l’accord de Paris est irréversible ». La France et la Chine ont en marge signé leur propre déclaration sur le climat.

Les dirigeants du G20 moins un – les États-Unis – ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une « mise en œuvre totale » du pacte climatique, bien que la majorité d’entre eux soient loin d’être sur la bonne voie pour atteindre l’objectif de l’accord de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C voire 2°C.

Selon un nouveau rapport publié par le groupe de réflexion Climate Transparency en novembre, 15 des pays du G20 ont enregistré l’année dernière une hausse des niveaux d’émissions, tandis que 82 % de leurs besoins énergétiques sont encore couverts par des sources de combustibles fossiles.

Les efforts de l’UE pour respecter l’accord de Paris se sont concrétisés la semaine dernière, lorsque la Commission européenne a publié sa stratégie à long terme pour 2050. Il appartient maintenant aux dirigeants des États membres de décider lequel des huit scénarios proposés par la stratégie ils adopteront.

Les experts climatiques, pour leur part, estiment que seul le scénario zéro émissions nettes en UE d’ici 2050 pourra honorer l’accord et sauver le climat.

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