Manfred Weber se convertit à l’écologie-sur le tard

Tête de liste du Parti populaire européen, candidat à la présidence de la Commission européenne, l’Allemand Manfred Weber sort de son silence sur les questions environnementales comme le changement climatique.

« Oui, absolument, l’Europe doit se diriger vers des émissions nettes zéro d’ici à 2050. » Ces mots, articulés lors d’une interview publiée sur Euractiv, étaient attendus depuis longtemps de la part de Manfred Weber. Pendant presque toute la campagne électorale des européennes, le candidat allemand a préféré garder ses opinions pour lui lorsqu’il s’agit d’environnement.

« Il était surtout occupé à tenter de maintenir la grande coalition sur pied au sein du Parlement européen », a déclaré Pieter de Pous, ancien activiste à Bruxelles ayant déménagé à Berlin il y a un an pour devenir conseiller chez E3G, groupe de réflexion sur le changement climatique.

Même si Manfred Weber a peu de chance de devenir le prochain président de la Commission européenne, ses positions sur l’environnement comptent encore énormément puisqu’il représente la plus grande famille politique en Europe. Celle qui inclut le parti CDU de la chancelière allemande, Angela Merkel.

La politique environnementale n’a jamais été un argument de vente pour l’électorat majoritairement conservateur du PPE, qui vote systématiquement contre les avancées environnementales au Parlement européen. Lorsque le parti a organisé un vote interne l’année dernière pour choisir son Spitzenkandidat pour les élections européennes, les tendances écologiques du parti étaient représentées par le perdant, Alexander Stubb, un jeune et dynamique ancien Premier ministre finlandais qui défendait des objectifs d’émissions nettes zéro pour 2045.

Après sa défaite aux primaires du PPE, Alexander Stubb a apporté son soutien à Manfred Weber mais n’a pas activement participé à la campagne électorale. Quant à Manfred Weber, il n’a abordé le dossier climatique que lorsqu’il en a finalement été obligé par la politique allemande, estiment les observateurs.

Alexander Stubb: «Je suis un peu un geek de l'UE»

Après avoir servi comme ministre et Premier ministre en Finlande, et acquis une expérience de premier plan dans la gestion de crises européennes, Alexander Stubb est maintenant en lice pour le poste le plus élevé de la Commission européenne.

« Il l’a fait à cause de la pression, venant d’Allemagne notamment », soutient Pieter de Pous, qui explique que le mouvement de grèves des écoliers en Allemagne a mis au jour les faiblesses du parti CSU en Bavière sur l’environnement.

Lors d’une élection régionale en octobre dernier, le parti des Verts est devenu la seconde plus grande force politique dans la région traditionnellement très conservatrice, où la CSU de Manfred Weber règne en maître depuis 1957.

« Cela permet de mettre un terme à cette approche attentiste et au report de décisions difficiles », assure Pieter de Pous. « Ils doivent maintenant faire face à des choix difficiles », a-t-il ajouté faisant référence à la commission allemande pour le climat mise en place par Angela Merkel en début d’année pour élaborer la nouvelle loi sur la protection du climat.

Selon l’expert, les grèves des jeunes pour le climat en Allemagne expliquent aussi grandement le revirement soudain de la chancelière sur la politique climatique. La semaine dernière, la chancelière allemande a de manière surprenante apporté son soutien à la proposition de l’UE pour une neutralité carbone en 2050. Jusqu’à présent, elle avait refusé de s’engager sur une date précise.

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L’Allemagne pourrait rejoindre une alliance européenne visant la neutralité carbone d’ici 2050. Jusqu’ici, le gouvernement d’Angela Merkel s’était montré plus que frileux à ce sujet. Un article d’Euractiv Allemagne.

Autre événement qui a changé la donne, selon Pieter de Pous, une pétition parue en février et intitulée « sauvons les abeilles » qui a récolté 1,75 million de signatures en Bavière. Le gouvernement de CSU en Bavière a été obligé de suivre la pétition historique et d’adopter immédiatement une loi à ce sujet.

La CSU a donc réalisé que l’environnement était « une question qu’ils ne pouvaient plus ignorer », souligne Pieter de Pous, rappelant que jusqu’à présent, le parti de Manfred Weber « n’y avait jamais vraiment prêté attention ».

Foi chrétienne dans l’environnementalisme

L’intérêt tardif de la CSU pour l’environnement pourrait faire paraitre Manfred Weber comme un novice sur les questions environnementales. Il peut toutefois revendiquer une certaine expertise sur la question.

Dans son interview avec Euractiv, Manfred Weber indique qu’il « est devenu conscient des questions liées à l’écologie à un très jeune âge », lorsqu’il était membre de l’organisation des jeunes de l’Église catholique. En tant que jeune étudiant en ingénierie mécanique, il s’est spécialisé dans les technologies environnementales et a plus tard monté un bureau de conseil spécialisé dans ce domaine après ses études.

« Les questions environnementales étaient l’un de mes domaines d’expertise, également à la Junge Union, l’organisation de jeunesse de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne », explique-t-il, soulignant que ce n’était pas commun à cette époque.

Manfred Weber a déclaré qu’il était « fortement impressionné » par la deuxième encyclique du Pape François, Laudato Si, qui appelle les humains à prendre mieux soin de la planète et réclame une « action mondiale unie et rapide » contre le changement climatique.

Le pape dévoile son encyclique sur le climat en amont de la COP 21

Le pape François espère que son encyclique sur l’environnement sera accueillie avec « ouverture d’esprit ». Selon lui, cette injonction écologique inédite doit être considérée comme un appel à la responsabilité.

Selon le Spitzenkandidat, les chrétiens « ont la responsabilité d’aider à préserver notre environnement et tous les êtres vivants de notre planète. C’est au cœur de ma conception de la démocratie chrétienne : organiser, de manière démocratique et en intégrant tous les membres de la société, un avenir durable pour notre planète. »

Manfred Weber devrait au moins hériter d’un poste clé dans l’exécutif européen ou au Parlement européen. Ses références en termes d’environnement seront examinées de près après les élections. Au Parlement, son parti CSU a déjà fait l’objet de critiques lorsque l’ONG Réseau Action Climat Europe a publié une analyse des votes au Parlement européen.

À la loupe

L’Institut pour une politique européenne de l’environnement (IEEP) a récemment effectué une analyse des programmes politiques des principaux partis européens. Même si le projet en 12 points de Manfred Weber et le manifeste du PPE font tous deux de la mise en œuvre de l’accord de Paris une priorité, le IEEP soutient que leur politique climatique n’est pas à la hauteur.

« Leurs propositions risquent de ne pas nous faire atteindre le but que nous nous sommes fixé en termes d’émissions », a déclaré la directrice de l’Institut, Céline Charveriat. « Ce que nous avons maintenant du PPE n’est pas suffisant. »

De par sa formation d’ingénieur, Manfred Weber a foi en la recherche et la technologie, explique-t-elle. En effet, dans son interview, il appelle à « plus d’argent dédié à la recherche tournée vers l’avenir » et soutient que « seules les innovations et les technologies propres résoudront la crise climatique ».

Même si Céline Charveriat confirme que l’innovation est essentielle, elle estime qu’il n’est pas possible de dépendre uniquement de cela et que ce ne sera pas suffisant pour combler le manque d’ambition de l’UE en matière de changement climatique. « D’autres partis ont fait des propositions concrètes en disant que l’Europe devait aller au-delà de l’ETS [échange de quotas d’émissions] et se pencher sur une réforme fiscale par exemple. »

« Sur ce point, le manifeste du PPE ne mentionne que l’ETS, qui n’a pas encore donné un prix du carbone suffisamment élevé pour déclencher l’action nécessaire », conclut-elle.

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Au lieu de poursuivre de véritables plans de décarbonation, les industries énergivores européennes ont réussi à transformer la pollution en profit. Le Réseau Action Climat dénonce le marché du carbone, les aides fiscales et des soutiens divers.

 

 

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