Manger, cultiver, pêcher: l’impasse des 2°C

Le changement climatique menace la survie dans de nombreuse régions. [Shutterstock]

Mal engagées à 1,5°C, les activités humaines ancestrales comme la pêche et l’agriculture auront à souffrir de façon encore plus dramatique avec un réchauffement de 2°C. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Même en matière climatique, l’humanité n’est pas à égalité sur une planète à 1,5°C de plus, car les dérèglements en cours ne sont pas un phénomène homogène. Et à 2°C de plus, la situation empire encore.

En jeu, le sort de millions de personnes, dont les conditions de subsistance vont connaître des modifications substantielles, comme le décrit notamment le chapitre 3 du rapport publié ce 8 octobre, consacré aux effets du dérèglement climatique sur les systèmes humains et naturels.

Prises de poissons en déclin

Ainsi de la nourriture issue des océans, qui n’en peuvent mais à force d’absorption du CO2 anthropique, avec des changements dans leur composition chimique «sans précédent depuis 65 millions d’années». Des pertes «irréversibles» d’écosystèmes marins et côtiers sont annoncées, avec au premier chef les fertiles récifs coralliens, qui disparaîtront entre 70 et 95% à 1,5°C et complètement à 2°C.

Autant de nurseries de poissons en moins. La productivité de la pêche en général, et de l’aquaculture en particulier, va chuter drastiquement –même à 1,5°C–, du fait des effets du dérèglement climatique sur la physiologie, les habitats, la reproduction, l’incidence des maladies et les risques causés par les espèces invasives. Les prises marines devrait chuter de 1,5 million de tonnes par an à 1,5°C, et de 3 Mt/an à +2°C par rapport à 2010.

Le GIEC lance l’alerte de la dernière chance sur le climat

Un réchauffement de plus de 1,5°C aurait des conséquences tragiques. Seule une transformation immédiate à l’échelle planétaire permettra d’éviter le pire, selon les experts du GIEC. Un article de notre partenaire, Climate Home News.

Qualités nutritionnelles

Dans les champs, la situation va se tendre également. Plus longue et parfois plus abondante, la production de fourrage risque d’être de moins bonne qualité. La salinisation des zones côtières est également un enjeu majeur. Les récoltes de maïs, riz, blé et, éventuellement, d’autres cultures céréalières seront moins abondantes encore à 2°C, en particulier en Afrique saharienne, Asie du Sud-Est, et Amérique centrale et du Sud.

La qualité nutritionnelle du riz et du blé est particulièrement en jeu au Sahel, en Afrique australe, en Méditerranée, en Europe centrale et en Amazonie. La hausse des températures devrait avoir des effets néfastes sur le bétail, en fonction de l’ampleur des changements survenus dans la qualité des aliments pour animaux, de la propagation des maladies et de la disponibilité des ressources en eau.

Concurrences d’usage

Et c’est sans compter avec la concurrence entre production alimentaire et d’autres usages des terres. Armes majeures du stockage du carbone, la production forestière et la bioénergie devraient bouleverser nos paysages. La production de suffisamment de végétaux destinés à alimenter des centrales thermiques pourrait conduire à la conversion de 8 millions de kilomètres carrés de pâturages et 5 Mkm2 de terres agricoles destinées à l’alimentation humaine.

Dans le même ordre, les surfaces forestières, stockeuses de carbone, pourraient conquérir 10 Mkm2 entre 2010 et 2050.

Les sols, laissés pour compte de la stratégie de l’UE pour le climat

Le changement climatique provoque des dégâts sur l’agriculture, et l’utilisation des terres contribue au réchauffement de la planète. Pourtant, les sols attirent peu l’attention des décideurs politiques dans leur stratégie sur le climat.

 

Le végétarisme comme solution

Le Giec esquisse quelques pistes: l’intensification durable des pratiques d’utilisation des terres, la restauration des écosystèmes et l’adoption de régimes alimentaires utilisant moins de ressources. En clair: le végétarisme.

Autant de solutions qui impliquent de «surmonter les obstacles socio-économiques, institutionnels, technologiques, financiers et environnementaux différents d’une région à l’autre».

La faune mal partie

La faune n’est pas mieux lotie, puisque sur les 105.000 espèces étudiées, 9,6% des insectes, 8% des plantes et 4% des vertébrés devraient perdre plus de la moitié de leur habitat dans l’hypothèse d’une augmentation moyenne des températures de 1,5 °C, contre 18% des insectes, 16% des plantes et 8% de vertébrés pour un réchauffement planétaire à 2 °C.

Ces réductions de biotopes pourraient être amplifiées par les incendies de forêt et la propagation d’espèces envahissantes, en augmentation encore plus forte avec un réchauffement planétaire à 2°C.

Subscribe to our newsletters

Subscribe