Marché carbone/UE : les 27 inquiets du coût social, Bruxelles se défend

Pour réduire de 55 % d'ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre de l'UE par rapport à 1990, la Commission européenne a proposé mi-juillet d'étendre au transport routier et au chauffage des bâtiments le marché carbone. [19 STUDIO / Shutterstock]

Les ministres européens de l’Environnement ont affiché, lundi 20 décembre, leurs divergences et inquiétudes persistantes sur le coût social du projet d’extension du marché carbone aux carburants et au fioul de chauffage, que Bruxelles va détailler cette semaine.

Pour réduire de 55 % d’ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre de l’UE par rapport à 1990, la Commission européenne a proposé mi-juillet d’étendre au transport routier et au chauffage des bâtiments le marché carbone, actuellement imposé aux seuls industriels, et présentera mercredi sa proposition législative.

Il s’agirait d’un second marché spécifique où, à partir de 2025, les fournisseurs de carburants et fioul domestique devraient acheter des quotas d’émissions de CO2… au risque de répercuter ce surcoût sur les consommateurs. Bruxelles a néanmoins promis « un fonds de solidarité » pour atténuer l’impact sur les plus vulnérables.

Les ministres, réunis à Bruxelles, ont demandé à l’exécutif européen de tenir compte de l’impact social, mais la plupart modéraient leurs critiques des mois précédents en ne s’opposant plus à cette extension.

« Nous allons surveiller de près l’impact social (…) et continuer à travailler dur pour contrer les conséquences non désirées (…) Pour le marché carbone, en terme de gouvernance et de fonctionnement, il y a encore du travail », notamment pour garantir « une prévisibilité » dans l’évolution des prix, a simplement observé la ministre espagnole Teresa Ribera Rodriguez.

Au vu des objectifs climatiques, « nous soutenons l’extension du marché carbone, avec un prix minimal de la tonne de CO2, c’est crucial pour se détacher du charbon et réduire efficacement les émissions » liées au chauffage, « mais nous avons besoin d’une transition équitable socialement », a abondé la nouvelle ministre allemande de l’Environnement Steffi Lemke.

De son côté, son homologue française Barbara Pompili a appelé à ne pas détricoter le plan climat de la Commission : si on ne réduit pas les émissions dans un secteur donné, « il faudra compenser ailleurs », a-t-elle averti, tout en brandissant elle-aussi « une exigence de justice » de sorte à convaincre citoyens et entreprises.

Mais signe de divergences persistantes, d’autres Etats restent inflexibles : « Il faut améliorer le marché carbone actuel pour empêcher la spéculation et les flambées de prix. On ne peut pas étendre ce système dysfonctionnel à d’autres secteurs, c’est inacceptable », a martelé la ministre polonaise Anna Moskwa.

Assurant « prendre note des divergences des Etats », le vice-président de la Commission Frans Timmermans a de nouveau longuement défendu son projet : « Le marché carbone est l’un des meilleurs outils pour influencer le comportements, c’est un mécanisme familier aux industriels (…) Nous sommes ouverts aux alternatives, mais à condition de réduire suffisamment les émissions de ces secteurs pour atteindre nos objectifs 2030 et 2050 », a-t-il prévenu.

« Fit For 55 » : la France sceptique sur l’extension du marché carbone aux bâtiments et aux transports

La Commission européenne a dévoilé hier (14 juillet) son plan d’action pour le climat intitulé « Fit for 55 », dont l’objectif est d’aider l’UE à atteindre son nouvel objectif de réduire de 55% ses émissions de CO2 d’ici 2030.

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