Rotterdam et Manchester tentent de prendre de l’avance sur la décarbonisation

Le port de Rotterdam et ses environs immédiats génèrent 20% des émissions de carbone des Pays-Bas. [Shuterstock]

La capture et le stockage du CO2 gagnent en rentabilité avec la valorisation de l’hydrogène imaginée dans le nord de l’Angleterre. Au Pays-Bas, un gazoduc pourrait acheminer le CO2 vers les anciens gisements de gaz naturel qui ont fait la fortune du pays.

Initialement vantée comme une innovation géniale au début du siècle, la  technique de capture et stockage du CO2 (CSC) a subi un revers sérieux avec l’arrêt des financements, dus à des coûts trop élevés. Lorsque une nouvelle initiative de CSC voit le jour, elle reste confrontée à un certain scepticisme.

Game over pour le captage et stockage du carbone

Le technologie de captage et de stockage du carbone perd de son intérêt après l’effondrement des prix des énergies renouvelables.

Port de Rotterdam

Récemment, Chris Davies, ancien eurodéputé et grand défenseur du CSC au niveau européen, présentait une table ronde sur des réseaux de gazoducs autour du port de Rotterdam et de la région de Manchester. Pour certains observateurs, il s’agit là de l’avenir de la technologie, en Europe et dans le monde.

« Ces deux projets sont tout simplement les plus excitants d’Europe ! », assure-t-il.

Mark Driessen, de l’Autorité portuaire de Rotterdam, assure que le port a exploré plusieurs façons de réduire ses émissions, principalement générées par le raffinage du pétrole et la production d’électricité et de substances pétrochimiques. Tous ces scénarios reposent sur le CSC.

« 20 % des émissions du pays tout entier proviennent de notre port », précise-t-il, ajoutant que l’initiative de Rotterdam s’intègre dans une stratégie plus large du gouvernement néerlandais pour réduire les émissions de CO2 de 49 % d’ici 2030. Le CSC devrait permettre de réduire de 20 mégatonnes les émissions.

Le projet, qui pourrait être lancé dès 2020, est de créer une plateforme de transport du CO2 impliquant des installations industrielles du pays, au départ. Le carbone collecté dans ces installations polluantes serait acheminé via un réseau de gazoducs et injecté dans des gisements de gaz et de pétrole épuisés en mer du Nord.

Le réseau pourrait à terme être étendu aux industries en Belgique, en Allemagne et au Royaume-Uni.

« Nous ne sommes pas des fanatiques du CSC, nous somme des fanatiques de la décarbonation », assure Mark Driessen, qui souligne que la situation du port de Rotterdam, au cœur de la région industrielle du nord de l’Europe, est idéale pour son projet.

Le captage de CO2 fait son come-back

Considéré comme mort et enterré il y a quelques années, le captage et stockage du CO2 jouit d’un regain de popularité après une expérience originale en Norvège.

Implication du gouvernement

La mise en place de ce réseau de carbone n’est cependant pas évidente. Le projet serait viable avec un prix du CO2 à 30 euros la tonne, selon les informations d’Euractiv. Or, la tonne de CO2 se situe actuellement autour de seulement 14 euros sur le marché européen. Une intervention gouvernementale serait donc nécessaire pour rendre le projet rentable.

« Si le gouvernement ne trouve pas les bonnes mesures de financement ou de budget, ce que nous faisons ne sert à rien », convient Mark Driessen. « Soyons clairs, c’est en grande partie leur problème. »

Il estime tout de même que le projet est assez prometteur pour devenir un modèle européen parce qu’il permet la décarbonation d’industrie comme celle de la pétrochimie, pour lesquelles il n’existe pas de bonnes alternatives à faibles émissions.

À ce jour, malgré les promesses du gouvernement néerlandais et l’inscription de l’initiative sur la liste des projets d’intérêt commun admissibles pour des financements européens, « pas un euro n’a été mis à disposition pour le CSC ».

Un nouveau pipeline d’hydrogène entre Liverpool et Manchester

Le deuxième projet consiste en la construction d’un nouveau pipeline d’hydrogène entre le comté du Grand Manchester et Liverpool. Selon ses partisans, le projet inaugurerait une nouvelle ère de véhicules alimentés à l’hydrogène.

Ce projet permettrait de décarboner le secteur industriel de la région, estime Tony Smith, un conseiller du groupe Peel, qui a contribué à sa conception.

Le pipeline d’hydrogène alimenterait de grandes industries, notamment une raffinerie du géant du pétrole Shell et une fabrique de voitures Peugeot, grands consommateurs d’énergie et émetteurs de CO2. Le projet prévoit de remplacer les chaudières à méthane des usines en chaudières à hydrogène, qui n’émettent pas de dioxyde de carbone au moment de la combustion.

De plus, une partie de l’hydrogène pourrait être réinjectée dans le réseau gazier existant pour chauffer les maisons de la région, a indiqué Tony Smith, précisant que jusqu’à 20 % d’hydrogène peut être injecté en toute sécurité dans les gazoducs existants, sans pour autant modifier les habitudes des consommateurs. Le reste permettrait d’alimenter de nombreuses voitures à hydrogène.

« L’hydrogène doit provenir de différentes sources », a déclaré Tony Smith en réponse aux craintes des écologistes qui déclarent que l’hydrogène est seulement vert lorsque sa source l’est. « Il est produit à partir d’une série de technologies, notamment le nucléaire et l’éolien. »

« Mais soyons réalistes, toute l’énergie éolienne ne peut pas être excédentaire », nuance-t-il, soulignant la possibilité de produire de l’énergie bon marché à partir de sources renouvelables qui peut être utilisée pour produire de l’hydrogène par électrolyse. « L’électrolyse est importante et fait partie du mélange. Cependant, la majeure partie de l’hydrogène doit provenir de la transformation du méthane pour renforcer le stockage du carbone », a-t-il souligné.

Une partie essentielle du plan consiste à expédier le CO2 résultant de la production d’hydrogène dans le gisement de gaz épuisé d’Hamilton situé dans la mer d’Irlande.

« La capture et le stockage du carbone (CSC) sont complexes. C’est inutile de développer un projet de pipeline d’hydrogène sans envisager la capture et le stockage du carbone », a déclaré le conseiller du groupe Peel.

Cependant, encore une fois, l’aide du gouvernement sera essentielle pour la mise en place de ce projet.

« Je ne peux pas imaginer la mise en place de ce projet sans l’aide du gouvernement », a révélé Tony Smith. « Pourquoi imposeriez-vous des coûts à vos clients sur un marché international sans aucune forme de soutien ? »

Grand retour du CSC ?

La technologie du captage et du stockage de CO2 semble faire un grand retour ces derniers mois, depuis que des scientifiques l’ont présentée comme essentielle à la décarbonation des industries polluantes.

Le maintien du réchauffement climatique en deçà de 2°C – l’objectif principal de l’Accord de Paris – sera « plus difficile, beaucoup plus cher et beaucoup plus lent » sans le CSC, prévient le professeur Mike Norton, du Conseil consultatif scientifique des académies européennes (EASAC), qui a récemment publié une étude sur les « technologies à émissions négatives ».

Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a dernièrement qualifié le CSC de « technologie critique » dans la lutte contre le changement climatique, soutenant la technologie comme un moyen essentiel de décarboner le secteur du gaz.

« L’électrification n’est pas la réponse pour l’avenir énergétique d’Europe », souligne Tony Smith, affirmant qu’il « faut du gaz » pour décarboner l’énergie, simplement parce que le réseau de gaz au Royaume-Uni est actuellement cinq fois plus grand que le réseau électrique et constitue une source d’énergie majeure à la fois pour les foyers et les industries.

Les scientifiques défendent le captage du carbone

Des scientifiques appellent au redémarrage du captage et de stockage du carbone, qui permettraient de contrer les émissions de l’industrie.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.