Les 28 louvoient encore sur l’efficacité énergétique

La rénovation des bâtiments énergivores est essentielle pour le parc immobilier vieillissant en Europe. [Nagy-Bagoly Arpad/Shutterstock]

Les États membres veulent réduire les objectifs d’efficacité énergétique de l’UE pour 2030. Un bras de fer est entamé au Parlement }européen, où les élus plaident pour plus d’ambition.

Dévoilé en novembre dernier par la Commission, le « paquet climat » poursuit son chemin. La proposition de loi de la Commission européenne sera modifiée aussi bien par le Conseil et le Parlement. Les deux parties doivent se mettre d’accord sur le texte avant que celui-ci ne devienne une loi.

Malte exerce actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE. Selon des documents préparés par le pays, les États membres devraient accepter la proposition de l’exécutif d’augmenter l’efficacité énergétique de 30 % par rapport aux niveaux de 1990.

Les 28 s’opposent toutefois à ce que les objectifs pour 2030 soient contraignants, comme le demande la Commission, préférant qu’ils soient simplement donnés à titre « indicatif ».

En octobre 2014, les dirigeants européens soutenaient un objectif d’efficacité énergétique de 27 % pour 2030. Ils s’étaient ainsi quelque peu éloignés de l’option préférée par l’exécutif d’un objectif contraignant de 30 %. La Commission, qui s’est engagée à placer « l’énergie avant tout » dans sa politique énergétique, a affirmé que l’accord de Paris de 2015 sur le climat justifiait un retour à l’objectif de 30 %.

L’efficacité énergétique permet de prévenir les émissions nuisibles à l’environnement et sera essentielle à la bonne exécution de la feuille de route pour une économie à faible intensité de carbone. Celle-ci encourage une réduction de 80 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990, d’ici à 2050.

>> Lire : L’accord de la COP21, un texte qui ne résout rien

Le Parlement européen a soutenu des résolutions exigeant un objectif contraignant de 40 % d’efficacité énergétique, et demandera probablement un objectif encore plus ambitieux dans le projet de loi. « Les États membres devraient augmenter leur objectif à 40 %, tel que demandé par le Parlement européen, au lieu de d’ores et déjà chercher des solutions à leurs mauvaises performances futures », a déclaré Roland Joebstl du Bureau européen de l’environnement.

Le compromis de Malte vise à contenter aussi bien les États membres qui souhaitent mettre en place des objectifs plus élevés que ceux qui rejettent les politiques imposées par Bruxelles. La présidence souhaite obtenir l’accord des États membres sur la directive en matière d’efficacité énergétique avant la fin de son mandat en juin. Le document, rédigé le 9 mars, pourra être modifié en vertu des discussions à venir.

« Le compromis proposé par Malte n’offre aucune certitude en matière d’efficacité énergétique », a cependant déploré Marion Santini de la Coalition pour les économies d’énergie, un groupe d’entreprises, de syndicats, d’autorités et d’organisations de la société civile. « Si l’UE veut agir de manière convaincante en matière d’efficacité énergétique et que sa politique ait des effets bénéfiques pour les citoyens, elle devra appliquer aussi bien un objectif contraignant de 40 % pour 2030 qu’une perspective annuelle d’économie d’énergie pour 2050. »

« Il est temps de faire preuve de courage politique. L’industrie a besoin d’un signal fort pour continuer à investir dans l’innovation énergétique, et la nature contraignante de l’objectif d’efficacité énergétique en est un », a indiqué Alix Chambris, responsable des affaires publiques européennes chez Danfoss, producteur de produits énergétiquement efficaces.

>> Lire : Les dirigeants de l’UE adoptent des objectifs énergie-climat « flexibles » pour 2030

Efficacité énergétique des bâtiments

Pour les décideurs politiques, la rénovation des bâtiments énergivores en Europe serait un moyen de relancer l’efficacité énergétique et l’économie. Plus de 75 % du parc immobilier européen est en effet inefficace, et seul 1 % des habitations font l’objet d’une rénovation chaque année.

« Cette proposition va dans la mauvaise direction », a regretté Jernej Vernik de l’entreprise Velux, spécialiste danois de la construction de fenêtres. « Les objectifs d’efficacité énergétique devraient être à la fois ambitieux et contraignants, et si nous voulons réellement lancer un programme de rénovation, ces objectifs devraient être associés à des paramètres tels que l’amélioration du confort et du climat intérieurs. Ces deux caractéristiques sont en effet déterminantes dans la décision des citoyens à investir et rénover leurs logements. »

En vertu d’un amendement négocié par Malte, l’obligation pour les États membres de mettre en place des stratégies visant à relancer la rénovation ne tomberait plus sous le coup de la directive sur l’efficacité énergétique, mais dépendrait de la directive sur la performance énergétique des bâtiments, qui doit également être révisée.

>> Lire : La faible motivation des citoyens entrave la rénovation énergétique

 

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