Méthane, les émissions ignorées des accidents de puits

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Aux États-Unis, l’explosion d’un puits de gaz de schiste dans l’Ohio, mi-février 2018, a dégagé de gigantesques quantités de méthane, comme le révèle Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas). Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Responsables d’environ un quart du réchauffement actuel, les émissions de méthane ne cessent d’augmenter. Parmi les coupables, l’exploitation d’énergies fossiles, dont l’extraction et le transport peuvent engendrer d’importantes fuites de ce gaz, au potentiel de réchauffement global (PRG) 28 fois plus élevé que le CO2.

Au-delà de ces fuites constantes, dont les États-Unis s’apprêtent à délaisser le contrôle, il en est d’encore plus mal connues : celles qui découlent d’une explosion des puits, du fait de la difficulté de mesurer les émissions en temps réel. La plus importante d’entre elles est survenue en 2004 dans le Texas : 115 000 tonnes de gaz naturel, principalement du méthane. Deuxième en titre, celle d’Aliso Canyon (Californie) en 2015, très médiatisée, a dégagé un total de 97 000 tonnes de méthane en trois mois et demi.

Un accident largement ignoré

Une troisième, survenue le 15 février 2018 dans le comté de Belmont (Ohio), est passée quasi-inaperçue. À tort, révèle l’équipe d’Ilse Aben, de l’Institut de recherche spatiale des Pays-Bas (Utrecht) : grâce à l’analyse des données du Tropospheric Monitoring Instrument, installé à bord du satellite Sentinel-5P (lancé en octobre 2017), les chercheurs révèlent que, le 27 février, ce puits laissait fuir 120 tonnes de méthane par heure, un taux deux fois plus élevé que celui d’Aliso Canyon.

En prenant cette valeur comme moyenne sur les 20 jours qui se sont écoulés entre l’accident et la réparation du puits le 7 mars, la fuite s’élèverait à 60 000 tonnes de méthane. Ce qui est loin d’être anecdotique : ce chiffre équivaut au quart des émissions annuelles de méthane émis par le secteur des énergies fossiles dans l’Ohio.

Des émissions importantes, mais négligées

Selon les chercheurs, ces fuites dépassent même les émissions annuelles du secteur gazier et pétrolier de la plupart des pays européens. Seuls trois d’entre eux émettent plus de 60 000 tonnes de méthane par an, à savoir le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie, qui se situent autour de 200 000 tonnes annuelles de méthane. Pire, l’explosion de l’Ohio a émis en 20 jours autant de méthane que les Pays-Bas, tous secteurs d’activité confondus, en un an.

Alors que l’accord de Paris repose sur des inventaires d’émissions dressés chaque année par les États, de tels accidents, non pris en compte, ajoutent une incertitude majeure, engendrant une importante sous-estimation des émissions réelles. D’où l’intérêt d’une surveillance satellitaire, seul outil capable de mesurer ces émissions non prédictibles, concluent les chercheurs.

L’UE cible les émissions de méthane pour lutter contre le réchauffement climatique

La Commission européenne œuvre actuellement à la mise en place d’une stratégie inédite sur le méthane qui pourrait jouer un rôle majeur afin de permettre au bloc de revoir à la hausse ses ambitions climatiques à l’horizon 2030.

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