Les 28 s’accordent sur un objectif climatique sans ambition

Les groupes de défense de l'environnement appellent la Commission et le Parlement à s'opposer au Conseil.

Les 28 ministres de l’environnement réunis à Luxembourg ont convenu d’un mode de répartition de l’effort pour réduire les émissions de CO2 de 30 % d’ici 2030. Les pays les plus pauvres auront accès à des fonds issus d’une « réserve de sécurité », s’ils montrent patte blanche.

Les Etats européens ont trouvé un compromis, vendredi 13 octobre, pour parvenir à l’objectif de réduction des leurs gaz à effet de serre de 30 % d’ici 2030. Un objectif qui manque d’ambition par rapport à l’Accord de Paris, qui vise à limiter la hausse des températures à +2° voire +1,5 °.

Et encore, pour inciter les pays les plus récalcitrants comme Malte à rejoindre le mouvement, l’UE a mis en place un dispositif de soutien financier, la « réserve de sécurité carbone »,  censée aider les États plus pauvres à réduire leurs émissions de CO2 dans les transports, le bâtiment et l’agriculture. Elle ne sera toutefois accessible qu’aux pays qui atteignent tôt leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’UE espère ainsi motiver les troupes.

Le mécanisme, qui sera mis à disposition des États membres les moins aisés, a été au centre des discussions entre les 28 ministres de l’Environnement européens, qui se sont réunis à Luxembourg le 13 octobre.

Elle réunira 115 millions de tonnes d’équivalents CO2 et sera accessible pour les États qui ont déjà utilisé les autres « mesures de flexibilité » de la réglementation relative à la répartition de l’effort pour la réduction des émissions, selon un communiqué du Conseil européen.

Les ministres étaient attendus sur la question du budget carbone des secteurs du transport, du bâtiment et de l’agriculture pour 2030, étant donné que ces domaines ne sont pas couverts par le système d’échange de quotas d’émissions (ETS), principal instrument européen de lutte contre le changement climatique.

Les États membres étaient en désaccord sur le point de départ des calculs de réduction des émissions. La proposition de la Commission suggérait d’utiliser les valeurs 2016-2018, mais avait été critiquée par des groupes de défense de l’environnement, qui estimaient que cette démarche n’aurait en réalité que peu d’impact. Berlin a donc proposé que les calculs soient basés sur les objectifs pour 2020, afin de rendre la mesure plus ambitieuse.

Cette proposition a finalement été rejetée par le Conseil. Jochen Flasbarth, du ministère allemand de l’Environnement, ne s’avoue cependant pas vaincu et assure que l’Allemagne lutterait « pour obtenir plus » de concessions sur ce point.

Wendel Trio, directeur du Réseau action climat (CAN) Europe, n’est pas satisfait du texte adopté par le Conseil. « Toutes les fanfaronnades de l’Europe sur l’accord de Paris sonnent faux », estime-t-il. « En présentant une proposition aussi faible, les gouvernements européens tournent le dos à l’accord. »

L’UE accusée de jouer un double jeu sur le climat

La répartition de l’effort de  réduction des émissions de CO2 en passe d’être votée par les États membres ne permettra pas d’atteindre l’objectif européen de 30% d’ici 2030, dénoncent les ONG.

L’ONG Transport & Environment a pour sa part averti que l’affaiblissement de la proposition aurait comme impact une augmentation de 38 mégatonnes des émissions de CO2 et appellent eurodéputés et Commission à peser de tout leur poids sur les négociations en trilogue qui débutent.

L’Estonie, à la présidence tournante du Conseil, se montre plus optimiste, assurant « la réserve de sécurité ne pourra être utilisée que si l’UE parvient à ses objectifs pour 2030, ce qui garantit le maintien de l’ambition de la politique climatique européenne ». « Les États membres éligibles devront respecter des conditions strictes », comme avoir fait appel à toutes les autres mesures de flexibilité disponibles, ajoute la présidence.

Après des campagnes de lobbying intenses, la Lettonie et Malte ont obtenu d’allonger de 2 millions de tonnes leurs allocations carbone, à cause de « circonstances exceptionnelles ».

Cet accord doit désormais faire l’objet d’une discussion avec le Parlement européen, qui promet d’être animée. Plus engagés contre le changement climatique que le conseil, les eurodéputés ne manqueront pas de réclamer une révision à la hausse de l’ambition.

 

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