Les capitales encore très divisées sur un prix plancher du carbone

La sidérurgie fait partie des secteurs très énergivores, et donc très polluants. [Shutterstock]

Si la France cherche des alliés pour instaurer un prix plancher du carbone en Europe, la Pologne préférerait concentrer la politique climatique sur le développement des technologies de stockage de l’énergie.

« De nombreux pays européens, tels que le Portugal, le Danemark et l’Italie, projettent d’abandonner le charbon. Nous pensons être en mesure de former une coalition avec d’autres États membres pour introduire un prix plancher du carbone au niveau européen », a déclaré Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot. Elle a pris la parole lors de la quatrième édition du Dialogue de Berlin sur la transition énergétique, le 17 avril.

« Le système européen d’échange des quotas d’émission, le marché ETS, est une bonne idée, mais il n’est pas assez efficace », a-t-elle souligné, ajoutant qu’un prix plancher du carbone permettrait de hausser les ambitions de la politique climatique.

Les revenus additionnels générés par l’ETS pourraient ensuite être utilisés pour financer des programmes sociaux dans des régions encore économiquement dépendant des énergies fossiles, afin d’assurer une transition énergétique « juste ».

« Opposer croissance économique et environnement est devenu obsolète », a-t-elle insisté face à Michal Kurtyka, secrétaire d’État polonais à l’Énergie, qui participait également au débat.

Dernière étape pour la réforme du marché du carbone

Le Conseil de l’UE a apposé le sceau final à la mise à jour du système européen d’échange de quotas d’émission (ETS), censée aider le bloc à réduire les émissions de 40 % d’ici 2030.

 

Prix plancher du nucléaire

« J’ai grandi à Cracovie. Quand j’étais enfant, nous devions garder les fenêtres fermées à cause de la pollution de l’air. Vous n’avez pas besoin de me convaincre de l’importance des questions environnementales », a répliqué le Polonais, qui souligne que « pour la France, il est facile de parler d’un prix plancher du carbone. Pour la Pologne, il serait aussi facile d’introduire un prix plancher pour le nucléaire », énergie dont la France dépend largement.

S’il n’a pas ouvertement critiqué l’idée d’un prix plancher du CO2, Michal Kurtyka s’est pour sa part concentré sur l’impact positif du progrès technologique sur le climat, en particulier en ce qui concerne le stockage de l’énergie.

« La vision polonaise est de promouvoir les technologies de stockage et d’en faire un élément clé d’une politique climatique efficace », a-t-il déclaré. « Il faut éviter les surcharges administratives et se concentrer sur les changements technologiques. »

Le secrétaire d’État a fait remarquer que le seul moment durant lequel l’UE est parvenue à réduire ses émissions de CO2 était justement lors d’une récession économique.

Les énergies renouvelables sont « certainement importantes », a pour sa part convenu le ministre roumain de l’Énergie, Anton Anton, mais la dépendance au charbon d’un pays comme le sien rend très difficile la transition à des énergies moins polluantes. « Le charbon constitue une solution de secours pour encore de nombreuses années », a-t-il assuré.

Changer la donne

En ce qui concerne l’opposition entre croissance économique et action climatique, les États membres devraient sans doute regarder du côté de la Suède. « En 27 ans, notre RNB a augmenté de 75 % et nos émissions de CO2 ont diminué de 27 % », a expliqué Leif Jakobsson, secrétaire d’État suédois aux Finances.

Pour lui, l’introduction d’un prix plancher n’est rien d’autre qu’un choix politique. « C’est un instrument très facile, qui fonctionne vraiment », assure-t-il. « C’est un instrument fiscal qui donne du pouvoir à l’État et lui permet de financer la transition à une économie à faible carbone. »

Nicolette Bartlett, directrice en charge du changement climatique au sein du groupe de réflexion CDP, partage cet avis. Elle cite l’exemple britannique. « La clarté et la stabilité sont deux éléments clés pour les stratégies des secteurs industriel et bancaire. Au Royaume-Uni, ces éléments ont été assurés grâce au prix plancher du carbone. »

Pour l’économiste britannique, les groupes allemands E.on et RWE sont un exemple type d’industrie qui ne tient pas assez compte du risque climatique. « L’introduction d’un prix plancher au Royaume-Uni a vraiment changé la donne. Nous voyons de plus en plus d’entreprises incluant le risque climatique dans leurs stratégies, et cela change la manière dont nous envisageons la tarification du carbone. »

Le cas allemand

Dans son discours d’ouverture de l’événement, le ministre allemand à l’Économie et à l’Énergie, Peter Altmaier, a confirmé les objectifs climatiques allemands : une réduction de 60 % des émissions de CO2 d’ici 2030.

Il n’a toutefois donné aucune indication sur l’introduction d’un prix plancher du carbone et n’a pas mentionné une possible collaboration avec Paris sur ce dossier, malgré les appels répétés de la France.

Pour Wolfgang Steiger, secrétaire général du Conseil économique la CDU, le parti de Peter Altmaier, le meilleur moyen de consolider le système énergétique allemand est de cesser de subventionner les renouvelables.

« Il y a une question clé : comment rendre le système énergétique plus flexible et plus innovant ? De nombreuses technologies existent déjà, mais ne peuvent se développer parce que l’énergie est trop chère. Le gouvernement devrait baisser considérablement les subventions aux renouvelables », a-t-il décrété.

« De notre point de vue, les facteurs importants sont un système d’échange de quotas renforcé, une feuille de route pour revenir sur la loi sur l’énergie renouvelable et une accélération du développement du réseau, qui doit être synchronisé avec l’expansion des énergies renouvelables », ajoute-t-il.

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