Montée de la mer: un péril sous-estimé

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L’élévation du niveau de la mer aura des impacts dramatiques : selon une étude parue dans Nature Communications, 300 millions de personnes seront soumises aux inondations côtières en 2050. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

L’océan monte, et de plus en plus vite : selon un rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publié en septembre, consacré aux océans et à la cryosphère, son niveau monte de 3,6 mm/an depuis 2006, contre une moyenne globale de 1,4 mm/an depuis le début du 20e siècle.

Où cela s’arrêtera-t-il ? Nul n’en sait rien : dans son rapport, le Giec évoque une hausse comprise entre 40 et 80 centimètres selon que l’humanité suive un scénario RCP2.6 (optimiste) ou un scénario RCP8.5 (pessimiste). Toutefois, il subsiste de fortes incertitudes sur les effets du réchauffement sur les calottes polaires (Groenland et Antarctique). Dans le cas le plus défavorable, une hausse de 2 mètres du niveau de la mer n’est plus à exclure pour la fin du siècle.

Hausse du niveau de la mer: 187 millions de déplacés

À cause de la fonte des glaces liée au dérèglement climatique, l’élévation du niveau des océans pourrait atteindre 2,40 mètres d’ici 2100 et entraîner le déplacement de 187 millions de personnes. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Des données satellitaires corrigées

Dans leur étude, Scott Kulp et Benjamin Strauss, de l’organisation Climate Central (Princeton, New Jersey), essayent d’affiner les conséquences humaines de ce phénomène, en termes de population vivant dans des zones soit situées en dessous du niveau de la mer, soit fréquemment inondées. Leurs résultats, portant sur 135 pays, révèlent une situation pire que celle envisagée jusqu’alors.

Les précédentes études reposaient sur le modèle satellitaire SRTM, qui analyse l’élévation d’une surface par rapport au niveau marin. Faille majeure, il ne distingue pas le sol des arbres ou des immeubles, ce qui peut fausser la mesure dans les zones à végétation dense ou très peuplées, avec des erreurs pouvant atteindre plusieurs mètres.

Les auteurs de la nouvelle étude ont quant à eux corrigé ce système SRTM par des données au sol. Ils ont ensuite confronté ce modèle, dénommé CoastDEM, à divers scénarios climatiques (RCP2.6, RCP4.5 et RCP8.5), eux-mêmes analysés en fonction de l’instabilité des glaciers antarctiques. Ce qui équivaut, par rapport à 2000, à une gamme allant de +23 à + 31 centimètres en 2050, de +49 cm à + 1,46 m en 2100.

Un bilan trois fois pire

Résultat, les chiffres obtenus avec CoastalDEM sont 3 fois plus élevés que ceux obtenus avec le modèle SRTM — une différence qui excède les variations entre scénarios climatiques. Quel que soit le scénario, 150 millions de personnes vivront en dessous du niveau de la mer en 2050, contre 110 millions de nos jours, et 300 millions seront confrontées à une inondation côtière une fois par an —contre 250 millions actuellement.

Les choses se corsent en 2100 : le nombre de personnes vivant sous le niveau de la mer varie de 190 millions (scénario RCP2.6, faible instabilité des glaciers) à 360 millions (scénario RCP8.5, forte instabilité). Quant aux inondations côtières, elles devraient toucher entre 340 et 480 millions de personnes par an —avec une marge d’incertitude qui s’élève jusqu’à 630 millions.

La Méditerranée à l’avant-poste du réchauffement climatique

Le bassin méditerranéen  se réchauffe 20% plus rapidement que la moyenne mondiale, selon le rapport présenté le 10 octobre à Barcelone par le réseau Medecc[1], le Giec de la Méditerranée. Un article de notre partenaire le Journal de l’environnement.

L’Asie frappée de plein fouet

Près des trois quarts de la population qui sera affectée par la montée du niveau marin vit dans seulement huit pays asiatiques : la Chine, le Bangladesh, l’Inde, le Vietnam, l’Indonésie, la Thaïlande, les Philippines et le Japon. Pour les six premiers, le bilan s’élève à 237 millions de personnes touchées par des inondations côtières en 2050 : 183 millions de plus que les évaluations précédentes !

Particulièrement exposés, le Bangladesh, le Vietnam et la Thaïlande pourraient voir un quart de la population vivre au-dessous du niveau de la mer en 2050, même dans un scénario climatique optimiste. Au-delà de ces trois pays asiatiques, 20 autres pays auront le triste privilège d’avoir au moins 10 % de leur population vivre en dessous du niveau de la mer. Excepté Djibouti, le Guyana et les Émirats arabes unis, tous sont des États insulaires.

« Si nos données sont correctes, les communautés littorales doivent se préparer à un avenir plus difficile qu’on ne le pensait. Même aux États-Unis, la montée du niveau marin devrait entraîner des migrations, qui redistribueront la population dans le pays, et accroîtront la pression sur l’intérieur des terres. S’il est difficile d’extrapoler de telles projections aux pays en développement, les migrations à grande échelle ont, historiquement, posé de sérieux problèmes pour la stabilité politique, engendrant des conflits », concluent les chercheurs.

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