Montée du niveau de la mer : s’adapter ou subir

Le niveau de la mer s'est élevé, en moyenne, de 1,7 millimètre par an durant le XXème siècle. [( Crédit : ribeiroantonio / Shutterstock.com)]

Mal connue, la montée du niveau de la mer est pourtant une réalité qui s’affirmera dans les prochaines décennies. Certaines régions commencent à s’y préparer.

Faisons vite, ça monte! Tel est le constat des scientifiques qui, ce mercredi 25 mars, ont présenté les dernières projections d’élévation du niveau des mers. «Ces données complètent celles que nous avions publiées en septembre dernier, en y intégrant les résultats du 5e rapport du Giec, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, explique Nicolas Blériot, secrétaire général de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique.

Doublement du rythme

L’ampleur du problème est parfaitement décrite par Anny Cazenave. Mesuré par les marégraphes, le niveau de la mer s’est élevé, en moyenne, de 1,7 millimètre par an durant l’essentiel du XXe siècle. «Ce rythme a quasiment doublé à partir des années 1990», souligne la chercheure de l’Observatoire d’études en géophysique et océanographie spatiale (Observatoire Midi-Pyrénées, Cnes, CNRS). Deux facteurs conduisent cette accélération: la dilatation thermique des mers (soumises à réchauffement) et la fonte des glaces continentales, glaciers et autres calottes polaires.

Des phénomènes qui, quelle que soit notre efficacité à réduire nos émissions de gaz à effet de serre, sont appelés à durer. D’ici la fin du siècle, l’océan grimpera de 50 centimètres à 1 mètre. «Dans tous les cas de figure, la montée du niveau de la mer sera plus rapide qu’au cours du siècle dernier», souligne Anny Cazenave.

Les élus dans le déni

L’urgence semble être de mise. Cela se vérifie-t-il sur le terrain? «Quand nous avons commencé à évoquer les questions de montée des eaux, beaucoup d’élus étaient dans le déni», concède Muriel Jozeau-Marigne, conseillère régionale (PRG) de Basse-Normandie. Et ce ne sont pas les maigres prospectives données par les scientifiques qui vont les décider.

En raison d’une multiplicité de facteurs globaux (l’évolution des courants ou de la salinité) ou régionaux (le transport de sédiments ou la mise en place de remblais), il ne leur est pas possible d’affiner leurs projections au niveau régional. «Pour le moment, il n’est pas possible d’établir que l’élévation du niveau de la mer a un effet mesurable sur le trait de côte», reconnaît Anny Cazenave. C’est tout juste si l’on sait que la mer montera moins vite en Méditerranée et en Atlantique Nord qu’en mer du Nord.

Gonéri Le Cozannet rappelle un élément fondamental: «Il faudra anticiper un redimensionnement et un renforcement des ouvrages de défense, et pourquoi pas une préparation au repli», avance le chef de projet Changement climatique et vulnérabilité au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Le Giec aquitain

Le message commence à être perçu par certaines collectivités territoriales. Durant l’été 2013, le conseil régional d’Aquitaine publie un volumineux et passionnant rapport intitulé « Prévoir pour agir, la région Aquitaine anticipe le changement climatique » sur les effets régionaux du changement climatique. Coordonnée par le climatologue Hervé Le Treut, l’étude donne toutes les clés possibles aux élus et aux aménageurs pour leur éviter de commettre des erreurs à la mode de la Faute-sur-Mer

Priorité à l’action

En Basse-Normandie, priorité est donnée à l’action. Tout commence avec la publication d’une simulation des conséquences d’une élévation d’un mètre du niveau de la Manche: «Rien que dans le Calvados et la Manche, 12.700 bâtiments seraient les pieds dans l’eau et 2.000 kilomètres de routes. Cela coûterait 12 milliards d’euros pour tout déménager, synthétise Muriel Jozeau-Marigne, en charge du dossier au conseil régional. Cela nous a fait réfléchir. Et d’une défense contre la mer, nous sommes passés à une gestion durable de la bande côtière.»

Avec le conservatoire du littoral et la Haute-Normandie, la région crée le Syndicat mixte du littoral normand, afin d’acquérir des terrains menacés. En quelques années, 2.000 hectares sont ainsi sauvés de l’urbanisation et des … inondations.

En octobre 2012, le conseil régional initie une politique plus globale. «L’idée était tout à la fois de mettre à disposition de tous le maximum de connaissances scientifiques, de former les élus et de mobiliser les collectivités locales», poursuit l’élue cherbourgeoise. En partenariat avec les régions Picardie et Haute-Normandie, Caen lance le Réseau d’observation du littoral normand et picard (ROLNP). Au menu de son site internet: études, cartographies, guides de bonnes pratiques.

Sous la houlette de l’Institut régional du développement durable (IRD2), un programme de formation des élus est engagé. En trois jours, les 130 volontaires doivent ingurgiter toutes les problématiques liées à l’élévation du niveau de la mer et aux moyens de s’en prémunir. «Désormais, ils réfléchiront à 10 fois avant de lotir la bande littorale», veut croire Muriel Jozeau-Marigne.

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