Nzambi Matee, ingénieure engagée contre la pollution plastique

Nzambi Matee, forte d’une formation en physique et en génie des matériaux, a imaginé une stratégie pour offrir une seconde vie à des déchets plastiques. [Foxys Graphic_Shutterstock]

À l’occasion de la Journée internationale des femmes et filles de science, retour sur le parcours d’une entrepreneuse Kenyane aussi inspirée qu’inspirante. Avec sa startup Gjenge Makers, la jeune femme originaire de Nairobi a trouvé une solution pour reconvertir les déchets plastiques en matériel de construction.

Elle a le sourire facile. Que ce soit sur son compte twitter ou sur les vidéos d’elle postées par le programme des Nations Unies pour l’environnement (Unep), toujours cette joie qui transparaît. Cette nature optimiste lui a permis de lancer en 2018 sa propre entreprise spécialisée dans le recyclage des déchets plastiques, Gjenge Makers. « Nous avons tout d’abord tenter de créer une société de collecte qui trierait et vendrait les déchets plastiques à d’autres firmes de recyclage », peut-on lire sur le site de la startup. Mais rapidement la petite entreprise croule sous les déchets, « ayant collecté plus de plastiques que les centres de recyclage ne peuvent absorber ». Nzambi Matee, forte d’une formation en science des matériaux et ancienne ingénieure dans l’industrie pétrolière, imagine alors une stratégie pour offrir une seconde vie à ces déchets plastiques.

L’idée prend rapidement forme. En 2018, la jeune Kenyane lance sa startup qui non seulement collecte les déchets ménager et rebuts industriels en plastiques, mais surtout les reconvertit en pavés durables, résistants et légers. « Nous possédons trois machines », explique l’ingénieure dans une vidéo de présentation de l’Unep. « L’extrudeuse mélange les déchets plastiques avec du sable à très haute température. Par la suite, la presse les comprime. Le plastique est fibreux par nature, ce qui offre à nos briques une très grande résistance », énumère-t-elle avant de jeter avec force une brique au sol, qui ressort de l’expérience indemne.

Lauréate d’un prix onusien

Cette innovation a été saluée à travers le globe, notamment depuis que Nzambi Matee a remporté le prix 2020 « Jeunes champions de la terre » de l’Unep. Aux côtés de sept autres lauréats, elle s’est vue offrir la  somme de 7000 euros ainsi qu’une formation pour l’aider à développer son idée. « Remporter ce prix nous encourage à aller de l’avant, en tant qu’équipe », souligne l’ingénieure.

Son chemin est tout tracé. Continuer à développer Gjenge Makers, car si actuellement ils parviennent à produire près de 1000 briques chaque jour, en recyclant au passage plus de 500 kilogrammes de déchets plastiques quotidiennement, la demande va croissant. « Notre plus grand défi est notre faible capacité de production », souligne la jeune Kenyane à l’Unep. Les entrepreneurs prévoient par ailleurs de lancer une nouvelle production, non plus de pavés à mettre au sol, mais de véritables briques de construction.

Pollution exponentielle

En seulement quelques années, les déchets plastiques ont envahi la planète. Un chiffre pour montrer l’étendue du problème : chaque minute, l’équivalant d’un camion poubelle remplit de plastique finit déversé dans les océans. Tandis que la production de plastique ne cesse d’augmenter – une tendance que la crise du Covid a amplifié -, la question du recyclage reste hautement problématique, comme l’ont prouvé les débuts de l’entreprise de Nzambi Matee. « Ici, à Nairobi, nous produisons environ 500 tonnes de déchets plastiques par jour, et seule une fraction de ces déchets est recyclée », note la jeune ingénieure, qui rappelle que « les déchets plastiques ne sont pas un problème kenyan mais mondial ».

À travers le prix, Nzambi Matee espère inspirer d’autres jeunes, comme elle l’a rappelé lors d’une rencontre avec le Prince William. Pas intimidée pour un sou, elle a raconté au duc de Cambridge de quelle manière sa propre grand-mère a embrassé l’écologie. « Si on arrive à convaincre ma grand-mère de ne pas utiliser de sac en plastique, on peut faire n’importe quoi », rapporte-t-elle entre deux rires.

« Les femmes doivent reprendre leur place dans le langage et dans la rue »

Les violences contre les femmes ont explosé dans le monde durant l’épidémie de Covid-19, tout comme les inégalités économiques et sociales. Mais en 2019, le nombre de féminicides étaient déjà en hausse et selon une enquête menée l’année dernière, une étudiante sur 10 a déjà été victime d’agression sexuelle. Interview de la militante féministe Marguerite Stern.

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