Alerte rouge sur le changement climatique, selon Fabius

[Claire Stam]

La communauté internationale doit « tripler ses efforts » pour réduire les émissions. Et l’Europe doit prendre les devants, estime Laurent Fabius, président de la COP21 à quelques mois d’une conférence onusienne cruciale.

« Les chiffres ne sont pas bons, les signaux sont au rouge. Les stratégies actuelles d’atténuation ne sont pas suffisantes, le monde doit tripler ses efforts et l’Europe doit montrer l’exemple. Nous avons besoin d’une stratégie à long terme et nous devons informer sur nos décisions à court terme », a déclaré Laurent Fabius, lors de la session de clôture d’un événement organisé par la Commission européenne à Bruxelles les 10 et 11 juillet.

L’accord de Paris a été adopté par consensus le 12 décembre 2015, lors de la 21ème Conférence des parties – ou COP21 – de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, à Paris (UNFCCC).

L’objectif de l’Accord est de maintenir la hausse de température mondiale bien en-dessous des 2 °C, par rapport aux niveaux préindustriels, voire de viser 1,5 °C, mais aussi d’accroître la capacité à s’adapter et à transférer les investissements des combustibles fossiles vers les technologies à faibles émissions de carbone.

Les derniers chiffres montrent que le réchauffement climatique est sur la bonne voie pour dépasser l’objectif le plus strict fixé dans l’Accord de Paris d’ici 2040, selon une fuite du projet final du Résumé à l’intention des décideurs politiques (SPM) du prochain rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Cependant, les gouvernements peuvent encore plafonner les températures en dessous de la limite de 1,5 °C convenue en 2015, selon la première version du SPM, mais seulement avec des transitions « rapides et profondes » dans l’économie mondiale.

« La contribution de l’UE à l’Accord de Paris est obsolète et peu ambitieuse »

L’Union européenne doit « considérablement améliorer l’ensemble de sa politique pour 2030 pour s’aligner à la trajectoire de l’Accord de Paris », estime le scientifique Jean-Pascal van Ypersele, ex membre du GIEC.

 

« Lutter contre le changement climatique est une nécessité, mais aussi une opportunité pour nous tous, pour les générations présentes et futures. Nous avons besoin d’une discussion transparente pour évaluer honnêtement les risques et les opportunités de la transition énergétique », a ajouté Laurent Fabius.

Mauro Petriccione, directeur général de l’action pour le climat à la Commission européenne, a déclaré que durant l’événement de deux jours, « nous avons parlé des actions à court et à long terme. L’UE a redoublé d’efforts avec par exemple les règlements sur le partage des efforts et sur les énergies propres, mais nous devons désormais transposer ces mesures à court terme dans une perspective à long terme. »

Pour le commissaire européen en charge du climat, Miguel Arias Cañete, l’Europe est prête à faire face au défi. « Nous avons écouté et nous continuerons d’écouter à mesure que nous préparons la stratégie », a-t-il assuré, ajoutant que la stratégie de l’Europe à long terme pour 2050 ne sera pas seulement un exercice de modélisation pour répondre à l’Accord de Paris, mais établira une vision globale pour la transition vers une économie et une société européennes sans carbone.

Le monde s’éloigne de l’Accord de Paris

En 2017, les émissions de CO2 énergétiques mondiales, européennes et françaises sont reparties à la hausse. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

À la recherche de la neutralité carbone

Dans son discours, Laurent Fabius a souligné la nécessité de clarifier la définition et l’interprétation de « net zéro » d’ici à 2050. La neutralité est en effet incluse dans l’article 4, paragraphe 1 de l’Accord de Paris.

« L’Accord de Paris est volontairement ambigu sur la neutralité carbone, mais il faut désormais clarifier ce que cela veut dire », a-t-il affirmé.

L’article 4.1 fait référence à l’objectif d’atténuation et stipule que les parties doivent « parvenir au plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais, étant entendu que le plafonnement prendra davantage de temps pour les pays en développement, et à opérer des réductions rapidement par la suite […] de façon à parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle. »

Dix maires européens appellent à la neutralité carbone pour 2050

Les maires de dix grandes villes européennes – dont Paris, Londres, Milan et Barcelone – ont publié une déclaration conjointe pour demander à l’UE d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, comme l’énonce l’accord de Paris.

Cet équilibre entre les sources et les puits a remplacé l’expression de « neutralité carbone » ou de « net zéro », toutes deux trop controversées au niveau politique pour être incluses.

Même si les pays en développement ont réussi à inclure que l’objectif devrait être atteint « sur la base de l’équité, et dans le contexte du développement durable et de la lutte contre la pauvreté », reste encore à savoir comment cette disposition sera mise en pratique.

Le vert est or

La commissaire européenne au marché interne, à l’industrie, à l’entrepreneuriat et aux PME, Elżbieta Bieńkowska, a souligné la nécessité pour le secteur industriel d’atteindre la neutralité carbone.

« La vieille lutte entre compétitivité et climat doit être dépassée. Nous avons besoin d’une vision à long terme qui aide notre industrie à s’adapter et à diriger une transition intelligente, propre et compétitive », a-t-elle déclaré.

Entreprises et ONG appellent au respect de l'Accord de Paris

Une coalition d’acteurs représentant 21 000 milliards d’euros d’actifs exhorte les dirigeants européens à accélérer la transition vers une économie sans carbone.

La commissaire a salué les initiatives dans le secteur de la construction sur l’innovation et la numérisation pour réduire les émissions.

Laurent Fabius a pour sa part confirmé que la communauté des entreprises était désormais réellement investie.

« La plupart des PDG comprennent que l’action pour le climat n’est pas seulement une question sociale, morale et économique, mais que c’est aussi bien pour leurs affaires. Je rentre tout juste de Chine, où ils disent que ‘le vert c’est de l’or’, a-t-il souligné. Cette grande transition a des conséquences, « nous devons prendre en compte les aspects sociaux. »

 

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