« Pas de produits liés à la déforestation » dans l’UE, assure le commissaire européen à l’Environnement

La tendance à la déforestation dans l'Amazonie brésilienne, qui abrite 60% de la plus grande forêt tropicale du monde, est toujours à la hausse avec un nouveau record enregistré au premier trimestre. [Rich Carey/Shutterstock]

L’Union européenne n’autorisera pas l’importation d’Amérique du sud de produits issus de la déforestation, l’une des pierres d’achoppement invoquée par certains membres de l’UE pour ne pas ratifier l’accord commercial du Mercosur, a affirmé le commissaire européen à l’Environnement, Virginijus Sinkevicius, dans une interview accordée à l’AFP.

« Les produits qui sont liés à la déforestation ne seront pas autorisés à débarquer sur le marché de l’UE. De cette façon, nous nous assurerons que nos modes de consommation croissants n’augmentent pas les disparitions de forêts dans d’autres régions », a déclaré M. Sinkevicius à Montevideo, où le commissaire lituanien a clôturé mercredi (4 mai) une tournée de dix jours dans plusieurs pays d’Amérique du sud.

Plusieurs Etats membres, France en tête, s’opposent à la ratification de l’accord commercial entre l’UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), le jugeant incompatible avec l’agenda climatique européen notamment en raison de la déforestation massive en Amazonie.

M. Sinkevicius s’est dit « optimiste » pour sa ratification prochaine tout en respectant le « green deal » de l’UE, l’accord européen qui vise à réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre d’au moins 55% d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990.

« Le changement climatique est quelque chose que l’on ne peut combattre seul (…) C’est pourquoi il s’agit d’une partie importante de l’accord Mercosur et je pense que nous pouvons trouver une solution ensemble », a dit le commissaire européen.

Selon les données rendues publiques en novembre par un programme de surveillance de l’agence spatiale brésilienne INPE, utilisé depuis 1988, quelque 13 235 km2 de forêt amazonienne ont été déboisés sur la période de référence d’août 2020 à juillet 2021, du jamais vu en 15 ans.

Pourtant, la tendance à la déforestation dans l’Amazonie brésilienne, qui abrite 60% de la plus grande forêt tropicale du monde, est toujours à la hausse avec un nouveau record enregistré au premier trimestre.

Les chercheurs qui ont analysé 25 années de données satellitaires pour évaluer la résilience de la plus grande forêt tropicale au monde à des traumatismes comme les incendies ou les sécheresses, estiment que l’Amazonie approche plus rapidement que prévu d’un « point de bascule » qui pourrait transformer en savane ce puits de carbone vital pour l’équilibre de la planète.

450 ONG appellent à un abandon de l'accord UE-Mercosur

Pour le collectif, l’accord entre l’Union européenne et l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay réunis au sein du Mercosur « appartient à une lignée d’accords commerciaux obsolètes qui datent du 20e siècle et qui ont détruit la planète« .

« Irremplaçable »

Au cours de son voyage en Colombie, au Brésil, en Argentine et en Uruguay, M. Sinkevicius dit avoir également préparé la prochaine réunion de la Convention de l’ONU sur la diversité biologique (COP-16) qui tentera de parvenir à un cadre mondial pour la conservation de la biodiversité.

« Nous ne pouvons pas oublier les services fournis par les écosystèmes, car l’absorption du dioxyde de carbone par les forêts de l’Amazonie, ou les océans, est irremplaçable par n’importe quelle technologie », a déclaré le commissaire européen.

Et à cet égard, l’Amérique latine est cruciale « car elle abrite un riche écosystème et sa biodiversité est, bien sûr, extrêmement riche ».

Autre sujet de préoccupation soulevé : l’exploitation minière illégale.

Pour le commissaire, le respect des peuples autochtones de la région est fondamental pour la conservation de l’environnement, et il a prévenu que l’Europe n’ouvrira les portes de son marché qu’aux « minerais qui sont exploités après une évaluation minutieuse de l’impact et sans interférence avec les droits de l’homme des peuples autochtones ».

Confronté à un manque d’engrais dû à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le président brésilien Jair Bolsonaro, déjà critiqué pour son manque de mesures de protection de la forêt amazonienne, a préconisé l’extraction de potassium dans des terres indigènes en Amazonie.

Le président d’extrême droite est candidat à sa réélection en octobre prochain.

Les Brésiliens « choisissent qui peut le mieux représenter leur pays, qui peut faire le meilleur travail pour eux, et je leur souhaite le meilleur choix possible », mais l’Europe fonde « l’accord commercial sur nos valeurs fondamentales qui ne changent pas avec les élections dans un pays ou un autre », a souligné M. Sinkevicius.

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