Pays pauvres ou développés, « tous doivent garder à l’esprit l’urgence climatique »

« Les PMA sont les pays les moins émetteurs de GES – soit en tout et pour tout 3 % des émissions mondiales. C'est désormais aux gros émetteurs de faire des efforts », soutien le président des PMA aux négociations de l'ONU sur le climat. [shutterstock]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Vers une trajectoire 1,5 °C ?.

Aux difficultés économiques s’ajoutent des conséquences climatiques. Les pays les plus pauvres vivent dans leurs chairs le réchauffement planétaire. Cinq ans après l’Accord de Paris, un an avant la COP26, ils sont activement engagés dans les négociations climat.

Sonam Phuntsho Wangdi est président du LDC Group (en français groupe des pays les moins avancé [PMA]) aux négociations de l’ONU sur le climat.

Quel sentiment domine cinq ans après la signature de l’Accord de Paris au sein du groupe des PMA ?   

L’Accord de Paris a été un grand succès en 2015. Mais après cinq ans, je peux dire que je suis un peu déçu. Tout particulièrement en tant que membre des PMA qui sont particulièrement affectés par le changement climatique. 2020 devait marquer le passage vers une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre. Or si l’on observe les CND, les objectifs n’ont pas été atteints [ndlr : tous les pays engagés dans l’accord de Paris, ont promis d’établir leurs objectifs climatiques via les contributions nationales déterminés (CND)]. Au sein du groupe des PMA, nous avons rempli notre part du contrat, et même très largement. L’année dernière, nous nous sommes engagés à revoir tous nos CND à la hausse d’ici 2030, et même à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

En ce qui concerne les négociations, des progrès sont à noter ces cinq dernières années. À Katowice, nous nous sommes mis d’accord sur près de 85 % du rulebook [le guide commun d’application de l’accord de Paris, ndlr]. À Madrid, les différends étaient plus nombreux. Sur l’article 6, les questions de transparence, le financement des pertes et dommages, nous espérons que la prochaine COP à Glasgow permettra de répondre à ces questions.

Les prochaines années seront cruciales dans la lutte contre le réchauffement climatiques. Quels défis attendent les PMA ?

La réduction des émissions carbones est essentielle. De notre côté, nous avons fait notre part. Après tout, les PMA sont les pays les moins émetteurs de GES – soit en tout et pour tout 3 % des émissions mondiales. C’est désormais aux gros émetteurs de faire des efforts.

Par ailleurs, nous avons pris des engagements pour le climat. Mais nous avons besoin de financements pour les mettre en œuvre. Les aides actuelles ne sont tout simplement pas suffisantes. On nous avait promis 100 milliards de dollars par an. Non seulement cette somme n’a jamais été atteinte, mais nous aurions besoin de davantage de financements. Pour remplir nos anciens CDN, 93 milliards de dollars par an étaient nécessaires selon nos calculs. Avec nos nouveaux objectifs climatiques, les financements doivent être revus à la hausse.

À ce propos, le Royaume-Uni a annoncé vouloir réduire d’un tiers ses aides au développement, face à l’impact de la pandémie sur les finances publiques britanniques. Cette nouvelle vous inquiète-t-elle ?

Beaucoup. La pandémie affecte tous les pays. Pour autant nous ne pouvons pas oublier l’urgence climatique. Tous les États doivent garder à l’esprit cet enjeu et veiller à maintenir, si ce n’est à augmenter, leurs aides.

Cette décision de la part du Royaume-Uni est d’autant plus préoccupante que le pays accueillera la COP26 en novembre prochain. Ne pas tenir ses engagements maintenant, alors que les dix prochaines années seront décisives, c’est envoyer un mauvais signal aux autres pays. Bien que cette décision soit temporaire, les PMA ont clairement fait savoir leur désapprobation.

Hormis ces financements, qu’attendez-vous de la part des grandes puissances industrielles (UE, Chine, États-Unis) dans la lutte contre le changement climatique ?

Il est temps qu’ils prennent leurs responsabilités et revoient leurs objectifs. Ces derniers mois, des annonces importantes ont été faites : de la part de l’UE, de la Chine, du Royaume-Uni… Certains ont dit vouloir atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, d’autres en 2060. Ce sont des annonces encourageantes, mais encore insuffisantes. En termes de réduction des émissions de GES et de financements, il est primordial d’aboutir à de nouveaux accords.

Entre les PMA et les pays développés, des inégalités techniques demeurent, surtout en cette période de pandémie où les négociations se déroulent en ligne. Ces disparités affectent-elles les négociations sur le climat ?

En effet, et j’espère que les réunions en direct pourront bientôt reprendre. La plupart des PMA sont lésés par les négociations virtuelles, en particulier nos collègues en Afrique. Négocier en ligne est très compliqué : nous ne pouvons pas toujours réunir tout le monde sur la plateforme. Et même quand nous y parvenons, la moitié du temps, des obstacles techniques subsistent.

Les problèmes de connectivité représentent une partie du problème. L’autre concerne le timing. Le décalage horaire entre nos pays et les États-Unis ou l’Europe est très important. La plupart d’entre nous doivent travailler la nuit. C’est gênant à la longue.

Quel impact a le changement climatique sur votre pays, le Bhoutan ?

Je le dis très humblement, en termes de respect de l’environnement, personne n’en fait autant que nous. Le Bhoutan présente un bilan carbone négatif.  Les sanctuaires d’animaux et d’oiseaux, les parcs animaliers, les corridors biologiques représentent 52 % de la surface du pays. Malgré ces efforts, nous ressentons déjà les effets du changement climatique.

Le Bhoutan est un pays très montagneux, au cœur de l’Himalaya. Nous avons 700 glaciers qui s’élèvent à plus 5 500 mètres au-dessus du niveau de la mer. La fonte de ces glaciers représente une grande menace : les crues et inondations peuvent engloutir nos vallées où se trouvent l’essentiel des infrastructures et des habitations.

Ces trente dernières années, près d’un tiers de la surface des glaciers a fondu. Par ailleurs, les moussons s’intensifient, le niveau des cours d’eau est en baisse. C’est un vrai problème alors que 60 à 70 % de la population dépend de l’agriculture. Que ce soit pour la fonte des glaciers ou les pluies diluviennes, les aides aux développements sont essentielles, notamment pour construire des structures hydrauliques.

De manière plus générale, que pensez-vous des COP pour le climat ? Sont-elles vraiment utiles ?

Oui, je le pense. Nous sommes dans une situation d’urgence climatique, et le seul endroit où nous pouvons nous réunir, c’est lors de ces COP. Mais il est vrai qu’au bout du compte, c’est l’action climatique qui importe, la mise en œuvre des objectifs. Nous pouvons avoir de bonnes négociations, de bonnes réunions, mais plus que des objectifs, il faut des mesures concrètes. Et celles-ci ne dépendent plus des COP, mais des États. De toute façon nous n’avons plus le choix, et les scientifiques nous le rappellent tous les jours : si nous ne faisons rien dans les dix prochaines années, nous n’atteindrons pas l’objectif de limiter à 1,5° le réchauffement climatique.

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