Quand l’aviation européenne fait des économies sur le dos du climat

Les compagnies aériennes européennes font souvent décoller leurs avions avec le plein de carburant. Cela réduit les coûts opérationnels, au détriment du climat. Un article de notre partenaire le Journal de l’environnement.

Publiée la semaine passée, une étude de l’organisation Eurocontrol (organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne) met à l’index une pratique adoptée par certaines compagnies aériennes européennes : le fuel tanking.

Lorsque le prix du kérosène est plus cher à l’arrivée que dans les stations de l’aéroport de départ, certaines compagnies aériennes font décoller leurs avions avec les réservoirs pleins. Cette surcharge en carburant permet aux équipages de faire l’aller et le retour sans refaire le plein.

16,5 % des vols en Europe

« L’aviation est un marché très concurrentiel et chaque compagnie doit réduire ses coûts opérationnels pour garder le prix de ses billets le plus compétitif possible », reconnaît Eurocontrol. L’organisation rappelle que le coût du kérosène représente entre 17 et 25 % des dépenses opérationnelles d’une compagnie. Le fuel tanking permettrait d’économiser 265 millions d’euros par an. Astuce économique, mais pas écologique.

Pourquoi n’existe-t-il pas de taxe sur le kérosène ?

Mis à part les Pays-Bas, qui n’ont pratiquement pas de vols intérieurs, aucun pays européen ne s’est attelé à la création d’une taxe sur le kérosène.

Surchargé en carburant l’appareil consomme plus, notamment au décollage. Ce qui accroît ses émissions de CO2. Selon Eurocontrol, 16,5 % des vols européens décolleraient à plein pour faire des économies à la pompe. De quoi réduire de 126 euros le coût en carburant de chaque vol. Mais aussi d’accroître de 901 000 tonnes les rejets carbonés du secteur aérien communautaire.

Une pratique courante

Interpellée par la BBC, British Airways a reconnu avoir parfois recours au fuel tanking lorsque les différences de prix sont importantes ou en cas de grève dans un aéroport. Pour cette raison, le transporteur britannique a accru de 18 000 tonnes ses émissions de gaz carbonique entre 2017 et 2018. Mauvais point pour une compagnie qui veut diviser par deux ses émissions de CO2 d’ici à 2050.

À la Lufthansa et chez Air France, on fait aussi le plein. La compagnie française l’applique sur quelques routes et pour des raisons « économiques et opérationnelles ». Et se justifie en arguant que cette pratique « s’étend à l’ensemble du secteur ».

Pour y mettre fin, Eurocontrol suggère de fixer un prix unique du carburant dans les aéroports ou d’augmenter significativement le coût des quotas d’émission. Autant d’arguments qui devraient trouver oreilles attentives en Europe, où la taxation du transport aérien a le vent en poupe.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.