Raconter le climat, un projet fidjien qui laisse l’UE de marbre

Les îles Fiji doivent déménager certains villages victimes du changement climatique [Sinead Friel/Flickr]

Les îles Fidji tentent de convaincre de la nécessité d’un nouveau type de débat climatique par le biais du récit, sous la forme du dialogue de Talanoa. Le projet n’emballe pas l’Europe.

La bureaucratie européenne a visiblement du mal à appréhender la poésie des îles du Pacifique. Du moins quand il s’agit de climat. Alors que 2018 s’annonce comme une année cruciale pour l’accord de Paris, puisque les parties prenantes doivent présenter cette année leur feuille de route concrète permettant de limiter la hausse des températures, le débat sur la méthodologie proposée par le pays du Pacifique amène à s’interroger.

Pourtant côté fidjien, l’idée du dialogue de Talanoa, présentée lors de la COP24, se structure doucement, et devrait  notamment se déployer en mai lors d’une semaine de négociation durant laquelle une journée entière sera consacrée à cette discussion.

Il s’agit d’un cadre de discussion extérieur aux négociations classiques, géré par un modérateur fidjien garantissant le respect de chacun, et selon une tradition locale de négociation qui permet à chaque intervenant de raconter une histoire. « Chacun doit venir avec des histoires, positives et négatives, et avec un but précis » prévient Nazhat Shameem Khan, ambassadrice et négociatrice climatique pour les îles Fidji. La méthode vise à alerter les chefs d’Etat, et faire bouger les lignes face à l’urgence absolue que représente l’échéance 2018.

«Quand nous avons présenté l’idée, tout le monde a adoré, mais l’Union européenne a souhaité savoir quelle était la méthodologie du processus ». Le bloc « ne comprend pas encore le mécanisme, mais c’est notre responsabilité est de mieux l’expliquer dans les mois qui viennent » remarque Nazhat Shameem Khan .

Par rapport aux méandres complexes des négociations climatiques onusiennes, la plate-forme du dialogue de Talanoa a l’avantage de la simplicité. Lancée fin janvier, le portail internet du projet se propose, sur le fond, de recueillir le contenu de tous, soit les États mais aussi la société civile, sous trois rubriques : où en sommes nous, où allons nous, et par quels moyens.

Mais c’est sur la forme que l’UE manifeste quelques réticences, sobrement qualifiées de « culturelles » par les Fidjiens.

Car plutôt que des discours juridiques alambiqués agrémentés d’alinéas multiples et de « considérants » interminables, le dialogue de Talanao veut recueillir des récits.  Des histoires destinées à faire partager l’urgence et les défis de la lutte contre le changement climatique, mais aussi ses atouts.

Les îles Fiji ont ainsi prévu de mettre en avant les enjeux critiques qu’elles rencontrent face à la nécessité de déménager des villages entiers en raison de la montée des hauts, d’inciter des pêcheurs à devenir des agriculteurs en les convainquant de quitter la terre où sont enterrés leurs ancêtres. « Nous avons appris que cela fonctionne si le mécanisme est participatif. Si on déménage une école, il faut demander aux enfants leur points de vue, les impliquer » assure la diplomate.

Côté européen, la Commission européenne assure toutefois accueillir avec enthousiasme le dialogue de Talanoa. « Nous sommes impliqués dans le dialogue de Talanoa, et nous allons bientôt en organiser un au niveau européen avec les institutions et la société civile», assure une porte-parole de la Commission, en précisant que le but sera de «mettre en avant des expériences réussies». Dans les négociations climatiques, le bloc du Nord a toujours craint la dramatisation des discours, qui risque de ramener la discussion autour de la responsabilité du Nord envers le Sud et faire capoter les négociations.

Le sommet climat français veut faire bouger les lignes de la lutte contre le changement climatique

Changer les règles plutôt que de promettre des millions : deux ans après l’Accord de Paris, le combat contre le changement climatique a changé d’armes. Ses nouvelles cibles sont la finance et le droit.

Et la Pologne dans tout ça ?

Point d’orgue de cette année, la COP24 se tiendra en décembre à Katowice en Pologne. Le pays accro au charbon donne déjà du fil à retordre aux Européens pour leur politique climat, mais accueille pour la 3ième fois en 10 ans la rencontre annuelle sur le climat. « La Pologne pèsera évidemment dans les conclusions de la COP24. Nous développons un partenariat intéressant avec eux, comme avec les pays européens », assure l’ambassadrice fidjienne. Reste que le dialogue de Talanoa pourrait bien aussi jouer les bouées de sauvetage : en cas d’échec des négociations classiques menées par la Pologne, la plate-forme moins formelle  et menée par les îles Fidji, pourra avancer sur ses propres propositions.

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