Région alpine : « Impliquer les citoyens peut être un moteur de la transition énergétique »

Ici, les Alpes vues au loin derrière le sommet du « Grosser Arber » dans la forêt bavaroise. Selon Etienne Viénot, les stations de ski situées en moyenne montagne « sont en train de se réinventer vers un tourisme de quatre saisons. Se reposer sur le seul tourisme blanc n’est plus possible, il n’y a pas assez de neige ». [ARMIN WEIGEL/EPA]

La région alpine est particulièrement vulnérable au réchauffement climatique, contraignant les collectivités locales et régionales à adopter leurs propres stratégies d’adaptation. Pour Etienne Viénot, les énergies renouvelables s’inscrivent pleinement dans cette stratégie, en prenant garde toutefois d’impliquer les citoyens.

Etienne Viénot est chargé de mission Europe et International à l‘agence Auvergne-Rhône-Alpes Énergie Environnement (AURA-EE). Co-leader du groupe d’action 9 (énergie) de la SUERA, il participe à l’élaboration de projets européens.

Quel est l’impact du réchauffement climatique dans la région alpine ?

Les Alpes sont plus touchées par le réchauffement climatique qu’ailleurs. En montagne, l’altitude de la limite pluie/neige a tendance à remonter et le manteau neigeux  hivernal  diminue  en-dessous  d’environ  1  700 m, surtout en début et fin de saison. En plaine, les jours de  forte  chaleur  sont  en  constante  augmentation.  Le  réchauffement a également comme impact une diminution du nombre de jours de gel par an et les gelées de début de printemps sont moins fréquentes. Par ailleurs, les risques naturels comme les éboulis, les avalanches ou encore les chutes de glacier augmentent, comme on a pu le voir récemment dans le nord de l’Italie. L’impact du réchauffement climatique se fait également particulièrement ressentir sur les forêts. Il y a une centaine d’années, on a planté des forêts de protection contre les risques naturels justement, or elles sont en train de disparaitre, il faut planter d’autres espèces d’arbre.

Comment ce territoire réagit à cette situation ?

En fait, il ne s’agit pas seulement de lutter contre le réchauffement climatique mais également de s’adapter à cette nouvelle donne. Ainsi, les stations de ski situées en moyenne montagne sont en train de se réinventer vers un tourisme de quatre saisons. Se reposer sur le seul tourisme blanc n’est plus possible, il n’y a pas assez de neige. L’enjeu consiste donc pour les régions alpines de développer des stratégies locales de résilience, afin de mieux intégrer la gestion des risques dans leurs planifications territoriales, ce qui suppose d’adapter les outils de prévention.

Miser sur les énergies renouvelables fait-il partie de cette stratégie d’adaptation ?  

Certainement, et il faut souligner ici que la consommation électrique combinée des 48 régions est déjà couverte à 40 % par les énergies renouvelables, essentiellement par l’hydroélectricité. C’est un territoire avec de grands fleuves, comme le Rhône, une caractéristique qui a permis d’attirer le secteur industriel. On peut également citer le bois, le solaire thermique et photovoltaïque, ainsi que les unités de méthanisation comme source d’énergies renouvelables, l’éolien offre un potentiel moindre. Pour améliorer l’adoption des énergies renouvelables dans les territoires alpins, le projet ALPGRID a mis en place l’année dernière et  doit durer jusqu’en 2022. Il s’agit d’accroître l’autonomie énergétique en facilitant les transactions énergétiques locales et d’améliorer la performance des réseaux électriques qui sont encore sujets à des coupures électriques.

Quid de l’hydrogène vert ?

L’hydrogène vert est un secteur prometteur pour le territoire SUERA. De fait, la région est plutôt riche, avec de grandes villes dynamiques dont la structure économique permet d’envisager l’utilisation de l’hydrogène vert pour la promotion d’une mobilité douce et moins polluante. On peut par exemple imaginer une stratégie de coopération transeuropéenne dans la région pour investir dans les bus interurbain, le secteur ferroviaire comme c’est déjà le cas en Autriche, ou encore dans les dameuses pour les pistes de ski ou les bennes à ordure. Les réflexions sont menées et les projets sont en train d’être montés.

Les experts hydrogène et les représentants des régions alpines se rencontreront en congrès ce mercredi pour étudier le développement de la production et consommation de l’hydrogène vert. Cette rencontre permettra aussi d’établir une feuille de route pour un large développement de l’hydrogène et d’initier des projets de coopération dans le territoire de la SUERA.

Hydrogène vert. Comment Paris et Berlin entendent faire la pluie et le beau temps

Paris et Berlin souhaitent devenir les maitres incontestés de l’hydrogène vert. Comment ? Les deux nations prévoient de construire une usine de production commune, qui sera percevra des aides financières publiques. Toutefois, l’énergie atomique demeure source de désaccord.

Qu’en est-il de l’acceptation des nouvelles énergies auprès des habitants de la région ?

Sur ce point, on peut constater qu’impliquer les citoyens dans les projets centrés sur les énergies renouvelables peut être un moteur de la transition énergétique. Je citerai l’exemple des Centrales villageoises photovoltaïque qui fonctionnent de manière ascendante et qui ont adopté une gouvernance citoyenne. Elles développent des outils en commun, partagent leurs services, diffusent leurs retours d’expériences, ou développent de nouveaux modèles juridiques et financiers.

Comment toutes ces initiatives s’inscrivent-elles dans le Green Deal pour l’Europe ?

Il n’existe pas encore de d’objectifs chiffrés pour l’ensemble de la SUERA. Le groupe d’action 9 auquel j’appartiens a mené une enquête sur l’énergie entre 2017 et 2019 sur le territoire, elle servira de base aux participants du congrès pour les définir. Elle permettra par ailleurs de poser les bases d’un observatoire alpin de l’énergie afin d’effectuer un suivi et stimuler la transition énergétique dans la région alpine.

Le tourisme de montagne fait sa transition   

Face au changement climatique et à l’aspiration grandissante de préserver le patrimoine naturel et culturel, le tourisme de montagne se réinvente. Plusieurs projets soutenus dans la cadre de la Stratégie de l’Union européenne pour la région alpine (SUERA) s’attellent à cette transformation des territoires.

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