L’UE veut cartographier les risques liés au réchauffement climatique

L’UE est actuellement en train de mettre à jour son mécanisme de protection civile. [EU Civil Protection and Humanitarian Aid Operations department (DG ECHO) / Flickr]

Alors que les événements météorologiques extrêmes se multiplient, la Commission européenne s’apprête à lancer une « base de données des risques », afin de recenser les pertes et dommages liés aux catastrophes naturelles.

Une plateforme collectant les informations sur les pertes et dommages liés aux sécheresses, inondations, tempêtes, tremblements de terre et autres catastrophes naturelles est en préparation à la Commission européenne. « Elle sera lancée vers la fin de l’année », a indiqué Nacira Boulehouat, qui dirige l’unité de réduction des risques de catastrophe au sein de la direction générale de l’aide humanitaire et de la protection civile (DG ECHO).

« Nous avons commencé avec les données sur les pertes et dommages. Et nous avons réalisé que nous devions ratisser plus large et mettre en place un outil européen de gestion des risques de catastrophe », a-t-elle expliqué.

La base de données listera les conséquences des catastrophes en tous genres, ainsi que des données historiques, afin de permettre une cartographie précise des risques, a précisé Nacira Boulehouat lors d’un événement Euractiv sponsorisé par la compagnie d’assurance Zurich.

Jusqu’ici, la DG ECHO s’est surtout occupée de catastrophes naturelles hors de l’UE, mais ce nouvel outil inclura les territoires européens. « Nous voulons rassembler les efforts de réduction des risques de catastrophe et l’adaptation climatique », assure la représentante européenne.

L’UE est actuellement en train de mettre à jour son mécanisme de protection civile, dont les limites se sont fait sentir lors des feux de forêts, tempêtes et inondations de 2017. La proposition législative prévoit la mise en place d’une réserve de canadairs, pompes de grande capacité, hôpitaux de campagne et équipes médicales d’urgences, qui pourront être mobilisés dans différents scénarios.

Les récentes tempêtes fatales en Italie et inondations subites dans le sud de la France sont un triste rappel de la multiplication des événements météorologiques extrêmes en Europe. Si le lien causal avec le changement climatique n’est pas encore officiellement ni irréfutablement établi, la tendance générale correspond aux prédictions des climatologues.

« Un événement particulier ou une année statistique de pertes est difficilement attribuable au changement climatique en soi. Mais si on regarde les tendances à plus long terme, on voit clairement l’écart entre la perte économique totale et les pertes assurées se creuser », déclare Michael Szönyi, qui dirige le programme de résistance aux inondations. « C’est ce que nous appelons l’écart de protection aux dangers naturels. »

Étant donné l’exposition en hausse et la vulnérabilité face au risque climatique, la mauvaise nouvelle est que l’assurance contre les dangers naturels « deviendra économiquement presque impossible », déplore-t-il. Par contre, cela mènera logiquement le secteur des assurances à baisser les pertes économiques totales en soutenant des programmes de prévention et de résilience.

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À la recherche de la rentabilité

Zurich a calculé que chaque euro alloué à la résilience contre le changement climatique permettait d’économiser cinq euros de dépenses post-catastrophes, nettoyage et reconstruction. Pour l’instant, seuls 13 % des dépenses vont à la résilience, alors que le reste sert au dédommagement après un événement extrême.

Pour les assureurs, il est en effet difficile de récompenser ces investissements dont les bénéfices ne sont pas immédiatement tangibles. « Où sont les incitatifs ? Très souvent nous ne parvenons pas à prouver que nous avons évité des pertes. Le dommage n’a pas eu lieu, donc il est invisible », regrette Michael Szönyi, qui précise que l’investissement dans la prévention des catastrophes doit être réparti sur toute la société, et pas seulement sur les gouvernements ou les assurances.

« Nous devons trouver un terrain d’entente pour que tout le monde profite de la prévention », assure-t-il.

Zurich estime que les événements météorologiques extrêmes ont couté plus de 266 milliards d’euros en 2017, alors que la moyenne sur dix ans avant cette date était de 165 milliards.

Nacira Boulehouat partage l’idée que les programmes de résilience et de prévention contre les catastrophes causées par le changement climatique doivent être encouragés. Elle souligne par ailleurs que les assurances devraient contribuer à la base de données européenne en communiquant les pertes et dommages dont elles s’occupent.

« Ce n’est pas un projet facile, parce que les données ne sont pas entre les mains de la Commission », précise-t-elle. Les informations sont jusqu’à présent fournies par les autorités nationales et régionales, mais elles devraient être complétées par le secteur privé.

« Je suis tout à fait pour », répond Michael Szönyi, qui estime qu’il existe un large consensus entre les assurances européennes sur le fait que « davantage de données sur les risques devraient être disponibles, et que ces données devraient être transparentes, publiques et gratuites d’accès ».

« Je pense que nous devrions avoir un inventaire des risques, et pas seulement un inventaire des pertes », que tout le monde puisse utiliser pour réaliser des évaluations. Pour lui, les sociétés d’assurance ne gagnent plus d’argent grâce à leur accès à l’information, mais grâce à leur capacité à la comprendre.

« Cacher et garder pour soi l’information, cela n’aide personne », conclut-il.

Les images satellite à la rescousse

La préparation aux catastrophes et les opérations de secours s’appuient également sur l’imagerie satellitaire de pointe fournie par le programme Copernicus de l’UE, commente Françoise Villette, responsable du service Copernicus pour la gestion des urgences à la Commission européenne.

« Mieux vaut prévenir que guérir » selon elle. En ce sens, tous les pays de l’UE ont accès gratuitement aux données Copernicus pour l’évaluation des risques. Ils peuvent également demander une cartographie des zones sinistrées pour aider les équipes de secours présentes sur le terrain, que ce soit en Europe ou à l’étranger.

« Nous couvrons toute la planète et fournissons des cartes très faciles à lire », se réjouit Françoise Villette, soulignant que les satellites recueillent « d’énormes quantité de données » qui peuvent également aider les régions sujettes aux catastrophes naturelles à mieux se préparer.

« On fait vraiment dans le ‘big data’ ici ! » plaisante-t-elle.

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