Le Malawi prend des mesures controversées contre la sécheresse

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Avec des sécheresses de plus en plus longues qui menacent d’aggraver les pénuries d’eau, le Malawi s’oriente vers un renforcement de l’approvisionnement en eau dans les villes du pays. Des mesures qui sont loin de faire l’unanimité.

Un projet d’approvisionnement de Blantyre, la capitale économique du Malawi et deuxième ville du pays, en eau de la réserve forestière du mont Mulanje a suscité une vague de protestations parmi la population de la région qui déclare avoir besoin de cette eau. Les habitants n’auraient pas été suffisamment consultés sur la mise en place de ce plan.

En février 2018, 24 manifestants ont été arrêtés et traduits en justice pour avoir manifesté, bloqué l’accès au site du projet d’approvisionnement ou, dans certains cas, pour avoir essayé de libérer les personnes arrêtées par la police locale. Ils ont tous été libérés sous caution.

Oscar Kachika-Phiri, un porte-parole du groupe de manifestants, a déclaré que la décision de Blantyre d’exploiter l’eau de la région « va priver la communauté d’une ressource dont les niveaux sont déjà très bas à cause du changement climatique ».

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La déforestation dans le bassin versant du mont Mulanje a entrainé une diminution des précipitations et de la capacité de la région à stocker l’eau, a déclaré le porte-parole.

Selon Oscar Kachika-Phiri, sa communauté doit déjà rationner les réserves d’eau pendant les sécheresses et les familles craignent que la situation se dégrade encore plus si l’eau est détournée vers Blantyre. « Nous ne pouvons pas approvisionner Blantyre avant notre communauté », a-t-il déclaré après une audience du tribunal de Mulanje.

Selon les médias locaux, les habitants ont interrompu une visite prévue par le ministre de l’Eau dans la région de Mulanje l’année dernière.

En janvier, l’Office des eaux de Blantyre a signé un protocole d’accord avec le conseil du district de Mulanje et d’autres acteurs pour approuver le projet, à condition que le conseil plante des arbres dans le bassin versant déboisé de la rivière Likhubula, condition qui a été posée grâce aux manifestants.

Oscar Kachika-Phiri a cependant déclaré que certains habitants croyaient que le projet de détournement d’eau, financé par un prêt de l’Exim Bank d’Inde, ne commencerait pas avant que les arbres ne soient plantés « pour assurer un approvisionnement stable en eau ».

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De nombreux défis

Priscilla Mateyu, une porte-parole de l’Office des eaux de Blantyre, a déclaré que le projet du mont Mulanje ne répondait que partiellement aux problèmes d’eau à Blantyre, notamment des villes qui sont privés régulièrement d’eau plusieurs heures par jour.

L’Office envisage également d’exploiter l’eau de la rivière Shire pour répondre à plus long terme au problème et souhaite draguer des réservoirs d’eau ensablées pour augmenter leur capacité, a-t-elle ajouté.

« L’office continue à faire face à de nombreux défis. » Par exemple, pour trouver une solution temporaire aux pénuries d’eau, il dépense environ un demi-milliard de kwachas (560 000 euros) chaque mois en énergie pour pomper l’eau de la région de Walkers Ferry pour approvisionner Blantyre.

L’exploitation de l’eau du mont Mulanje « permettra d’acheminer de l’eau grâce à la gravité, réduisant ainsi les coûts énergétiques », a-t-elle déclaré. Le projet, qui devrait prendre fin en avril 2019, assurera un approvisionnement stable en eau aux habitants de Blantyre et des environs, a-t-elle ajouté. « Cet approvisionnement sera durable et améliorera la santé des habitants car ils ne devront plus consommer l’eau insalubre provenant de sources dangereuses. »

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La porte-parole affirme que le conseil avait « largement consulté » le conseil du district de Mulanje sur le projet d’exploitation d’eau de la région et « était parvenu à un accord en signant un protocole d’accord avec le conseil, les citoyens concernés et les chefs traditionnels de la zone concernée.

« Ce que tout le monde devrait savoir c’est que c’est un projet très important qui améliorera la qualité de vie des habitants de Blantyre et des environs. »

Blantyre n’est pas la seule grande ville malawienne à chercher de nouvelles sources pour s’approvisionner en eau. Alors que les sécheresses en Afrique australe sont de plus en plus régulières, la capitale du Malawi, Lilongwe, prévoit également de pomper de l’eau du lac Malawi pour faire face aux conséquences du changement climatique.

Joseph Magoya, un agent régional de Water for People, une organisation de bienfaisance basée aux États-Unis, a déclaré à la fondation Thomas Reuters que l’eau commence à manquer progressivement dans les villes du Malawi en raison de l’urbanisation croissante.

Il y a actuellement 730 000 personnes à Blantyre, dont environ 70 % vivent dans des logements de fortune où l’accès à l’eau est de plus en plus difficile, selon les chiffres de Water for People.

Ironie du sort, les fortes précipitations et les inondations, également dues au changement climatique, aggravent les problèmes de pénurie d’eau, a déclaré Joseph Magoya, en emportant l’eau des réseaux d’approvisionnement et en alternant les périodes de sécheresse et d’inondation dans les rivières qui alimentent la ville en eau.

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