Selon le vice-chancelier, l’Allemagne risque de « manquer ses objectifs climatiques de 2022 et 2023 »

Le ministre allemand de l’Economie et de la Protection du climat, Robert Habeck, présente les émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne lors d’une conférence de presse à Berlin, en Allemagne, le 11 janvier 2022. [EPA-EFE/FILIP SINGER]

L’Allemagne n’a pas atteint ses objectifs climatiques pour 2021 et risque de les manquer à nouveau cette année et l’année prochaine, selon le vice-chancelier Robert Habeck qui a déclaré que le pays « doit tripler le rythme de réduction des émissions » pour atteindre ses objectifs pour 2030.

2021 a été une mauvaise année pour les ambitions climatiques de l’Allemagne. La production d’électricité renouvelable a atteint son niveau le plus bas depuis deux ans en raison de vents exceptionnellement faibles et les émissions de carbone ont repris après une brève baisse causée par les restrictions sanitaires.

En conséquence, le pays n’a pas atteint ses objectifs climatiques pour 2021.

« Nous partons avec un retard considérable », a admis le vice-chancelier Robert Habeck lors de la présentation du compte climatique de l’Allemagne pour 2021, mardi 11 janvier à Berlin.

Selon les projections du statu quo, l’Allemagne ne parviendrait qu’à réduire ses émissions de 50 % d’ici à 2030, a expliqué M. Habeck. « Cela reviendrait à émettre 200 millions de tonnes de CO2 de plus » que l’objectif du pays, a-t-il ajouté.

« Les mesures de protection du climat prises jusqu’à présent sont insuffisantes dans tous les secteurs », a-t-il ajouté, précisant que l’Allemagne allait probablement « manquer ses objectifs climatiques de 2022 et 2023. »

En décembre, la coalition feu tricolore  composée du SPD socialiste, des Verts et du parti libéral FDP a pris ses fonctions à Berlin après 16 ans de règne conservateur d’Angela Merkel.

L’Allemagne a réduit ses émissions de 40 % par rapport à 1990, selon les chiffres officiels publiés en décembre. Le pays devrait maintenant réduire ses émissions de 25 % supplémentaires pour atteindre ses objectifs pour 2030, a observé M. Habeck.

« Pour y parvenir, nous devons tripler le rythme de nos réductions d’émissions et faire beaucoup plus en moins de temps », a-t-il souligné.

Avec les Verts à la tête d’un super-ministère responsable de l’Economie, de l’Energie et du Climat, les attentes sont grandes quant à la capacité du nouveau gouvernement à redresser la situation.

À cette fin, M. Habeck a déclaré qu’il présenterait son premier paquet de mesures de protection du climat en avril, suivi d’une deuxième série de propositions au cours de l’été.

Le prochain gouvernement allemand vise l’abandon du charbon en 2030

Le nouveau gouvernement allemand a accepté d’avancer la sortie du charbon du pays, «  idéalement  » de 2038 à 2030, et d’accélérer rapidement le déploiement des énergies renouvelables, rapporte CLEW.

Le « paquet de Pâques » à venir

Afin de mener à bien ce que M. Habeck appelle une tâche « gigantesque », le gouvernement prépare un paquet législatif qui sera publié aux alentours de Pâques. Le vice-chancelier a présenté sept mesures prioritaires qui, espère-t-il, seront adoptées d’ici l’été :

  • Un paquet d’accélération des programmes d’énergie solaire, qui comprendra une augmentation des appels d’offres de capacité et la mise à disposition d’espaces ouverts supplémentaires pour les installations solaires, rendant l’énergie solaire obligatoire pour les nouveaux bâtiments commerciaux et courante pour les maisons privées, conformément au traité de coalition.
  • De l’espace supplémentaire pour l’énergie éolienne terrestre. M. Habeck veut accélérer l’extension du parc éolien avec une loi « éolienne terrestre » et réduire les distances minimales aux infrastructures militaires pour obtenir de l’espace supplémentaire le plus rapidement possible. Environ 7 à 9 GW pourraient être obtenus en se rapprochant de la navigation et des installations militaires, a confirmé son ministère.
  • Maîtriser la flambée des prix de l’électricité. À partir de 2023, M. Habeck souhaite que la surtaxe sur les énergies renouvelables soit supprimée des prix à la consommation et transférée au budget de l’État.
  • Instauration de contrats carbone pour la différence (CCfD), pour accélérer la décarbonation industrielle. Les CCfD sont un outil financier visant à combler l’écart entre les prix du carbone sur le marché européen et les technologies à faible émission de carbone, qui nécessitent un coût plus élevé du CO2.
  • Produire 50 % de chaleur climatiquement neutre d’ici à 2030. La décarbonation du chauffage résidentiel doit fonctionner en tandem avec l’efficacité énergétique, a déclaré le ministère du climat. À cette fin, l’Allemagne augmentera le financement des réseaux de chauffage efficaces sur le plan énergétique dès que la Commission aura donné son feu vert à l’aide d’État.
  • Une révision de la loi sur l’énergie des bâtiments. L’objectif est de donner aux investisseurs une certaine sécurité, renforcée par la nouvelle règle selon laquelle les unités de chauffage nouvellement installées devront fonctionner avec 65 % d’énergie renouvelable à partir de 2025 afin d’éviter les investissements échoués. Pour stimuler les rénovations, les bâtiments économes en énergie seront « rapidement adaptés en parallèle » et, compte tenu des prix élevés des matériaux de construction, M. Habeck a déclaré que les aides publiques seraient « adaptées aux prix».
  • Doubler la production d’hydrogène vert. La production nationale d’hydrogène fabriqué à partir d’électricité renouvelable sera fortement augmentée, tandis que les importations d’hydrogène vert continueront à jouer un rôle important, a déclaré Patrick Graichen, secrétaire d’État au climat.

Réactions

L’influente association industrielle allemande BDI a salué la franche analyse faite par M. Habeck.

« Le bilan réaliste et sans complaisance dressé par le ministre fédéral de l’Economie correspond aux calculs de l’industrie », a déclaré Siegfried Russwurm, président de la BDI.

« L’industrie est prête à être un partenaire constructif dans cet énorme défi », a-t-il ajouté, notant toutefois qu’une expansion massive des centrales à gaz serait nécessaire pour atteindre la date de sortie du charbon fixée par le pays à 2030.

« La question du financement des nouvelles centrales à gaz n’a pas encore été résolue », a-t-il déclaré, dans un clin d’œil aux débats en cours à Bruxelles sur l’octroi au gaz fossile d’un label d’investissement vert « transitoire ».

Les groupes industriels ont déclaré qu’ils attendaient maintenant de voir comment les intentions de M. Habeck se traduiraient en termes concrets. « Une protection climatique réussie nécessite une stratégie réalisable et des mesures concrètes », a expliqué Ingbert Liebing, chef de l’association des services publics VKU.

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