Sept portraits d’une jeunesse mondiale en grève pour la planète

Ce vendredi 15 mars, combien de jeunes suivront la grève mondiale de l'école, lancée par Greta Thunberg, ici à la Cop24, à Katowice, en Pologne? Ci-dessous, quelques meneurs...

Ce vendredi 15 mars, des centaines de milliers de jeunes suivent le mouvement de « grève scolaire », lancée par la Suédoise Greta Thunberg. Plus de 1 700 villes dans 112 pays sont mobilisées. Qui sont-ils ? Ouest-France a fait une sélection d’activistes du climat.

La jeunesse du monde entier est appelée à défiler, vendredi 15 mars, pour réclamer aux adultes des actions fortes pour le climat. Un test pour une mobilisation inédite inspirée par l’adolescente suédoise Greta Thunberg.

Alors que des élus norvégiens ont proposé la nomination de Greta Thunberg pour le prochain Nobel de la Paix, son action pour le climat essaime partout dans le monde. Aux États-Unis, en Afrique, au Portugal… des jeunes se mobilisent pour réclamer une politique plus volontariste. Galerie de sept portraits…

  1. Madeleine Tew aux États-Unis

« Attendez que nous soyons en âge de voter »

À 16 ans, cette jeune Américaine a cofondé Zero Hour, une organisation d’adolescents qui veulent réveiller les consciences des adultes sur l’urgence climatique.

Jeunes pour le climat: Madelaine Tew a levé 100 000 dollars pour les actions de l’ONG Zero Hour, qu’elle a cofondée. | YONA HELAOUA

Madelaine Tew s’est engagée pour l’environnement, il y a deux ans. La lycéenne est toujours déterminée. À la tête de son organisation écolo, elle interpelle les adultes sur l’urgence d’agir pour les générations futures. « Soit nous prenons des mesures maintenant, soit les jeunes devront sacrifier leur niveau de vie pour réparer les dégâts causés par les industries fossiles et les générations précédentes. »

Comme Madelaine, dont le père est noir et la mère est blanche, la plupart des dirigeantes de Zero Hour sont des filles issues des minorités ethniques. Des communautés en première ligne face au dérèglement climatique. Les ravages des ouragans Sandy et Irene en 2011 et 2012, dont Madelaine a été témoin, lui ont ouvert les yeux. En 2017, elle devient activiste, après avoir rencontré d’autres ados aussi révoltées qu’elle lors d’une université d’été. Zero Hour est né, et la première Marche de la jeunesse pour le climat démarre en juillet 2018.

L’organisation est aussi impliquée dans le procès intenté par des enfants contre l’État fédéral, accusé de violer leurs droits constitutionnels en émettant trop de gaz à effet de serre. Une fierté pour Madelaine qui, en tant que directrice financière de la structure, a réussi à lever 100 000 dollars.

La jeune Américaine a l’habitude de ne pas être prise au sérieux par les adultes. Quand le rapport spécial sur le 1,5 °C de réchauffement climatique, elle a pleuré. « Il me reste deux ans avant d’aller à la fac, six ans avant de trouver un travail et 11 ans avant que la planète subisse les effets irréversibles du changement climatique. » Mais elle ne s’autorise pas à perdre espoir : « Il n’y a plus grand-chose à dire aux leaders politiques complaisants à part : attendez que nous soyons en âge de voter. »

  1. Ellyanne Wanjiku Chlystun au Kenya

« Je suis les pas de mon idole, la biologiste Wangari »

Et voici la benjamine championne du changement climatique : Ellyanne Wanjiku Chylstun, 8 ans ! Cette « éco-guerrière » kényane vient de recevoir le prix Eco-Warrior de tourisme écologique au Kenya. Du haut de ses huit années, elle a déjà planté 469 arbres !

Jeunes pour le climat: Ellyanne Wanjiku Chlystun, la benjamine, 8 ans!, du Kenya. | KENYACOLLECTIVE/CHILDREN WITH NATURE

À l’âge de 4 ans, alors qu’elle était à la maternelle, Ellyanne a été inspirée par l’histoire de Wangari Maathai, décédée en 2011. Cette célèbre biologiste, premier doctorat de l’Afrique de l’Est, est connue pour avoir lancé, en 1977, le mouvement de la ceinture verte – Green Belt Movement – pour encourager les femmes dans le Kenya rural à planter des arbres afin d’améliorer leurs conditions de vies : protection des sols, accès à l’eau, isolation de la chaleur…

Ministre adjointe de l’Environnement et des Ressources naturelles, Wangari a remporté le Nobel de la Paix, en 2004, pour sa contribution au développement durable, à la démocratie et à la paix. La petite Ellyanne empreinte le même chemin. Elle plante des arbres, seule ou avec ses amis des 56 écoles du comté de Nairobi, impliquées dans un programme de plantations d’arbres et de protection de l’environnement.

Elle est l’égérie de Children With Nature, rare ONG dirigée avec des enfants militants de l’action climatique. On commence à voir sa frimousse, lors des sommets comme l’actuel One Planet summit, à Nairobi, siège de l’ONU pour l’Environnement.

  1. Louise Perret-Michaux en France (Nantes)

« Ça va être une catastrophe ; les gouvernements doivent agir »

En jean et basket, cheveux longs lâchés, Louise Perret-Michaux est une jeune fille comme les autres. Lycéenne à Jules-Verne, à Nantes, aime sortir de son quartier chic et paisible, pour aller écouter de la musique. Depuis l’enfance, elle se passionne pour les animaux, qu’elle ne supporte pas de retrouver dans son assiette.

Jeunes pour le climat: Louise Perret-Michaux, lycéenne et cofondatrice du Collectif jeunesse nantaise pour le climat. | STÉPHANIE LAMBERT

De ses parents avocats, elle a hérité le goût de la lecture. À la maison, il n’y a pas de télé pour elle, deuxième de la fratrie, ni pour ses trois frères et sœurs. Une frustration qu’elle qualifie de chance avec le recul. Elle se fiche aujourd’hui de coller, ou non, à la norme.

Portable à la main, Louise est plutôt mûre et très informée. Elle perçoit ce qui est en train d’arriver. Sur Internet, dans les journaux, l’ado est témoin « de toutes les horreurs qui arrivent tous les jours », même à l’autre bout du monde.

Elle voit surtout l’inaction qui met en péril son futur. Les glaciers qui fondent, les espèces qui disparaissent. Migrations. Surpopulation. « Ça va être une catastrophe ». Louise le sait. Son regard devient noir ; sa peau rougit de colère. Elle dit ressentir dans ses tripes, cette urgence climatique qui la plonge dans l’inconnu. À tel point qu’elle envisage de ne jamais avoir d’enfants, dans ses conditions. « Sans l’implication des gouvernements, on ne pourra rien faire pour les changer, c’est triste. »

Dans son lycée, elle s’aperçoit qu’elle n’est pas seule. Avec Nina Bureau, 15 ans, et Ambre Blanco, 16 ans, aussi en filières scientifique et économique et social, elle met en place le Collectif jeunesse nantaise pour le climat. Sur ce coup-là, les Nantais ont une longueur d’avance sur les Parisiens…

  1. Luisa Neubauer en Allemagne

« Faire du scrutin européen une élection sur le climat ! »

Depuis quelques mois, Luisa Neubauer n’arrête pas : organisation des manifestations #FridaysforFuture à Berlin, mise en réseau des différents groupes, beaucoup d’interviews pour la presse mais aussi de rencontres avec les dirigeants politiques, dont Emmanuel Macron en février. La jeune Hambourgeoise de 22 ans a donc dû mettre provisoirement de côté ses études de géographie à Göttingen.

Jeunes pour le climat: Luisa Neubauer, l’organisatrice des FridayForFuture, en Allemagne. | MARLIN HELENE

« Engagée depuis longtemps » sur les questions climatiques, elle ne veut pas mettre en avant un vrai moment déclic pour son militantisme car « le sujet est tellement existentiel ! ». Le grand objectif concret de Luisa et des manifestants allemands, c’est d’abord la sortie du charbon au plus vite. Le gouvernement d’Angela Merkel a certes décidé de se passer du charbon d’ici à 2038, mais c’est un objectif bien trop faible pour Luisa Neubauer « L’Allemagne est très loin d’être pionnière en matière de politique climatique », s’indigne-t-elle.

Heureuse de voir le retentissement du mouvement des jeunes pour le climat, elle reste toutefois inquiète : « Politiquement, c’est positif. Mais pour l’instant, cela ne change rien pour la planète ». Elle compte donc bien faire avec ses camarades « du scrutin européen une élection sur le climat ! Chaque parti doit expliquer quelles sont ses solutions pour pouvoir résoudre ce qui est la plus grande crise de l’humanité ».

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