Sortie du charbon : la finance française au milieu du chemin ?

Bruno Le Maire [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

Il y a un an, Bruno Le Maire, avait enjoint aux banques, assureurs et gérants d’actifs de cesser de financer toute mine ou centrale de charbon. Qu’en est-il de la situation aujourd’hui ? Un article de notre partenaire, la Tribune.

« Arrêter définitivement de financer les centrales et les mines à charbon » : il y a un an, fin novembre 2018, au Palais Brongniart, au Climate Finance Day, Bruno Le Maire avait demandé aux banques, assureurs et gérants d’actifs de prendre de nouveaux engagements en matière de « financement des activités plus polluantes, en particulier le charbon ». Six mois plus tard, le 2 juillet, le ministre de l’Économie et des Finances avait réuni les acteurs de la place, fédérations professionnelles et régulateurs, pour lancer « une nouvelle étape pour verdir le système financier », et dévoilé une série d’initiatives, notamment la création d’un observatoire de place et d’un dispositif de suivi des engagements par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR, adossée à la Banque de France).

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Les réglementations environnementales et les énergies renouvelables nuisent à la rentabilité des centrales à charbon. D’après le think thank britannique, Carbon Tracker, celles-ci perdraient plusieurs milliards d’euros par an. Une information contestée par les sociétés énergétiques.

« Au plus tard à la mi-2020, les acteurs de la place financière de Paris se doteront d’une stratégie charbon [et] définiront un calendrier de sortie globale du financement des activités charbon », avait-il été annoncé à cette occasion.

À deux semaines du Climate Finance Day, qui se tiendra le 29 novembre à l’ex-siège de la Bourse de Paris, les ONG Les Amis de la Terre et BankTrack publient une note dressant un état des lieux en demi-teinte des engagements et poussent les acteurs à aller plus loin. Lucie Pinson, coordinatrice de la campagne Unfriend Coal et référente du secteur finance privée aux Amis de la Terre, pointe du doigt les « risques de greenwashing énormes » et le cas de BNP Paribas et Axa qui, jusqu’à présent « considérés leaders en matière climatique », continuent de « financer ou d’assurer des entreprises qui développent de nouveaux projets charbon. »

 « Incohérence ou hypocrisie »

Selon des données financières de l’ONG néerlandaise Profundo, « BNP Paribas est le plus gros financeur français des entreprises qui développent de nouvelles centrales à charbon, avec pas moins de 2,2 milliards de financements accordés à ces entreprises rien qu’en 2019 », affirme cette note. Si la banque de la rue d’Antin ne finance plus en direct les projets de nouvelles centrales, l’ONG Les Amis de la Terre, qui avait applaudi ses engagements sur les gaz et pétrole de schiste fin 2017, lui reproche par exemple son soutien à l’entreprise publique indonésienne PLN Persero, qui prévoit d’augmenter ses capacités de production à partir du charbon, et l’absence de mise à jour de sa politique depuis quatre ans.

Idem avec Axa, dont le patron, Thomas Buberl, avait martelé « No New Coal » (pas de nouveau charbon) au One Planet Summit de 2017. Une « ambition avortée » selon la note qui affirme que « d’après des sources issues du secteur de l’assurance », Axa a comme client Adani Mining, filiale australienne du conglomérat indien Adani, qui a eu le feu vert pour le gigantesque projet de mine Carmichael, controversé pour son impact environnemental. « Un signe d’incohérence ou d’hypocrisie » selon l’association.

L’ONG BankTrack enjoint aux acteurs « a minima de refuser de financer ou d’assurer les 417 entreprises qui prévoient le développement de nouvelles mines, centrales, et infrastructures charbon », issues de la base de données Global Coal Exit List, et d’exiger des entreprises clientes des plans de fermeture (et non de cession) des actifs dans le charbon thermique. Les deux associations prônent « une tolérance zéro vis-à-vis des expansionnistes du charbon ».

Au-delà de la classique distinction entre un projet de centrale et l’entreprise développant ce projet, le désaccord porte aussi sur les seuils : les acteurs financiers excluent les entreprises générant un certain pourcentage de leur chiffre d’affaires dans le charbon (plus de 50% pour Société Générale, plus de 25% pour Natixis, plus de 10% pour la Caisse des Dépôts et BNP Paribas Asset Management), et non de leur production. Or le groupe d’énergie allemand RWE, qui va progressivement fermer ou reconvertir ses centrales et vise la neutralité carbone en 2040, ne tirerait que 2% de ses revenus du charbon mais encore près de la moitié de son électricité.

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Crédit Agricole félicité

La note distribue tout de même quelques bons points. Au Crédit Agricole notamment, qui a dévoilé début juin, en même temps que son plan moyen terme 2022, « une stratégie climat ambitieuse », alignée sur l’Accord de Paris.

« Crédit Agricole est devenu le premier grand acteur financier à demander à ses clients des plans détaillés de retrait du charbon », applaudissent les ONG dans cette note, tout en s’inquiétant de l’application concrète, dans tous les métiers, « y compris les émissions d’actions et d’obligations côté CACIB et la gestion passive côté Amundi ».

Pourtant, la stratégie présentée en juin par le Crédit Agricole, numéro un ou deux mondial des arrangeurs de « green bonds » (obligations vertes) selon les trimestres, indique explicitement que « le groupe s’engage à ne plus travailler avec les entreprises développant ou projetant de développer de nouvelles capacités charbon thermique sur l’ensemble de la chaîne de valeur (producteurs, extracteurs, centrales, infrastructures de transport). »

Jouant son rôle d’aiguillon, Les Amis de la Terre appelle les banques, assureurs et investisseurs français à « se saisir de l’opportunité du Climate Finance Day et de la COP25 », organisée à Madrid à partir du 2 décembre, pour rehausser le niveau de leurs engagements.

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