Washington fait du zèle pour peser à la COP24

Des activistes d'Oxfam ont représenté les dirigeants du G7, dont Donald Trump face à une Terre en feu. [EPA-EFE/TANNEN MAURY]

Malgré les déclarations de Donald Trump, les États-Unis sont toujours bien dans l’accord de Paris, et donnent avec zèle le ton des négociations climatiques mondiales. Un article de notre partenaire, Climate Home News.

Donald Trump, le président américain, a toujours assuré qu’il sortirait son pays de l’accord de Paris sur le climat. Si la Maison-Blanche ne s’est pas gênée pour vanter son industrie des carburants fossiles en marge de la conférence de l’ONU sur le climat, à Katowice, ses représentants n’en sont pas moins très engagés dans les discussions sur l’avenir de l’accord.

Selon les négociateurs d’autres pays, l’objectif des Américains serait de soutenir de tout leur poids des règles que cette administration, et les suivantes, pourront accepter… Au cas où Washington décide finalement de ne pas quitter l’accord, ou d’y revenir un jour.

Une négociatrice non américaine a expliqué avoir entendu d’anciens et actuels diplomates du département d’État américain dire qu’ils « font en sorte que les règles soient aussi strictes que possible et [ne fassent pas de différence entre pays développés et en développement] », ce qui permettrait à un futur gouvernement américain de décider de rester dans l’accord ou de le rejoindre.

Un autre représentant national « pense que [ses homologues américains] veulent s’assurer que les accords soient acceptables pour les prochains gouvernements », pas nécessairement celui de Donald Trump.

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Les diplomates étasuniens présents à la COP24 soutiennent un ensemble de règles solide et universel, sur les mêmes grandes lignes que l’Union européenne. L’un des enjeux de cette conférence est en effet de définir une série de règles pour appliquer les objectifs de l’accord de Paris.

Selon un porte-parole du département d’État, « en tant qu’équipe de négociation, nous nous concentrons sur la protection des intérêts américains ». « Comme nous restons parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, nous avons intérêt à faire en sorte que les règles de l’accord de Paris évoluent pour être équitables et efficaces », ont-ils indiqué.

« Je pense que [les négociateurs américains] font du bon travail », a pour sa part jugé Todd Stern, l’envoyé spécial de Barack Obama pour le changement climatique lors de la COP de Paris en 2015. « Et je pense qu’ils sont appréciés pour leur sérieux, leurs connaissances, leur efficacité et leur cordialité. »

« Malgré la transition d’un gouvernement à l’autre, nous négocions toujours avec les mêmes experts et ces experts sont impliqués dans le processus depuis très, très longtemps », confirmait un négociateur d’un pays développé.

En dehors des salles de négociation, les États-Unis sont beaucoup plus combatifs. Les responsables de la Maison-Blanche continuent de critiquer publiquement l’accord et toute politique climatique qui, selon eux, nuisent à l’économie américaine.

La semaine dernière, Donald Trump attaquait Paris, qui ne parvient pas à maîtriser les gilets jaunes, et blâmait la France pour l’accord de Paris. Washington s’est publiquement rangé du côté de l’Arabie saoudite, de la Russie et du Koweït pour bloquer une note saluant une étude scientifique sur les effets d’une hausse de 1,5°C des températures mondiales. En marge des pourparlers de l’ONU, des responsables de la Maison-Blanche ont aussi organisé une manifestation de promotion du charbon, du gaz naturel et de l’énergie nucléaire.

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Ce n’est cependant pas si facile de s’extraire d’un accord onusien qu’on a signé. Les parties à l’accord ne peuvent partir que quatre ans après l’entrée en vigueur de l’accord. Washington ne pourrait donc sortir du pacte que le 4 novembre 2020 au plus tôt. Coïncidence : les prochaines élections présidentielles américaines auront lieu la veille, le 3 novembre 2020.

Le gouvernement n’entend cependant pas laisser cette réalité mitiger son message. Pour la deuxième année consécutive, il a organisé une table ronde en marge de la conférence, où ont été vantées les sources d’énergies fossiles, chères à l’administration Trump, qui a aussi confirmé que la création d’emplois américains primait sur la protection de l’environnement.

« Le gouvernement ne voit pas l’avantage de faire partie d’un accord qui entrave la croissance économique américaine et nuit à la compétitivité de l’industrie manufacturière américaine alors qu’il permet aux mêmes usines d’opérer en Chine avec des niveaux plus élevés d’émissions », a déclaré Wells Griffith, conseiller énergétique de Donald Trump. « Nous croyons fermement qu’aucun pays ne devrait sacrifier sa prospérité économique ou sa sécurité énergétique au nom de la durabilité environnementale. »

Sue Biniaz, avocate responsable des questions climatiques au sein des administrations Obama, Clinton et Bush, a déclaré que la plupart des positions de négociation adoptées par les États-Unis avaient été définies avant l’élection du président actuel. Elle estime cependant que si le pays avait un gouvernement différent, il chercherait à hausser les engagements de réduction des émissions.

« S’il y avait une administration démocrate, les États-Unis essaieraient de faire en sorte que l’accord soit aussi ambitieux que possible… mais bien sûr, vous n’allez pas voir cela de la part de l’administration actuelle », regrette-t-elle.

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