Frans Timmermans assure que l’objectif de neutralité carbone est « faisable »

Frans Timmermans, vice-président de la Commission responsable du pacte vert pour l’Europe. [audiovisual.ec.europa.eu/en/phot…]

La Commission européenne a lancé le débat public sur la future « loi climat » de l’UE. Son objectif : rendre l’objectif de neutralité climatique juridiquement contraignant.

L’Europe fait face à une urgence climatique, et d’après Frans Timmermans, le vice-président de la Commission responsable du pacte vert pour l’Europe, « nous n’avons pas de temps à perdre ».

« Ce que je tiens à souligner, c’est que c’est faisable. Nous avons la science, la technologie, et nous pouvons sans aucun doute trouver les fonds », a assuré l’ex- ministre des Affaires étrangères néerlandais lors d’une conférence à Bruxelles, destinée à ouvrir le débat public sur la future « loi climat » européenne.

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a promis de présenter un projet de loi sur le climat au cours de ses cent premiers jours de mandat et d’introduire à terme l’objectif de neutralité climatique à l’horizon 2050 dans la législation européenne.

Selon la Commission, cette nouvelle loi « déterminera la marche à suivre en matière d’action climatique, confèrera davantage de prédictibilité aux investisseurs et établira solidement la transition écologique ».

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Le but premier de cette loi sur le climat est de « discipliner tout le monde, en particulier du côté politique, afin de tenir cette promesse » de neutralité climatique d’ici à 2050, a souligné Frans Timmermans à la conférence bruxelloise. D’après lui, les questions clé qui doivent encore être résolues incluent la portée normative de la loi, ses limites, et ceux qui devront être tenus pour responsable si les objectifs climatiques ne sont pas atteints.

Le commissaire européen a ajouté que la révolution verte aurait lieu au niveau mondial, que les Européens le veuillent ou non.

« Je peux vous assurer que si l’on s’y prend bien, nous allons susciter un intérêt mondial », a-t-il continué, en affirmant que l’objectif de neutralité climatique à l’horizon 2050 représentait « une opportunité unique d’assumer un rôle de leader » en matière de technologies vertes qui redéfiniront l’économie mondiale, « non seulement en Europe, mais dans le monde entier ».

Un agenda chargé

L’événement a été organisé pour recueillir les réactions de toutes les parties concernées avant que la Commission ne publie sa proposition de loi européenne  sur le climat, attendue pour le mois de mars.

Cela signifie qu’un agenda chargé attend les législateurs européens avant le sommet sur le climat des Nations unies à Glasgow en novembre. Pascal Canfin, le député centriste français présidant la commission de l’environnement au Parlement européen, a rappelé que  l’UE devrait  y présenter une mise à jour de son objectif de réduction des émissions de carbone pour 2030.

Si une proposition de loi sur le climat était déposée d’ici le mois de mars, la commission de l’environnement du Parlement pourrait la voter en juin avant une session plénière en juillet, a-t-il expliqué

Mais d’après le député français, le véritable problème dans ce débat porte sur l’objectif climatique pour 2030. Il conseille aux législateurs de s’accorder sur une loi « simple et rapide », afin de respecter le programme chargé.

Pascal Canfin a déclaré que la vaste majorité des députés était favorable à une diminution de 55 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux taux de 1990. Ce pourcentage représente la  proposition la plus ambitieuse d’Ursula von der Leyen, qui a assuré que la Commission proposerait une diminution de 50 % d’ici 2030 et serait prête à relever ce seuil à 55 % sous réserve d’une étude de rentabilité à remettre « pour cet été ». Le commissaire européen a insisté sur le fait que « l’été commençait en juin », et que l’analyse devait donc être effectuée à temps pour « réussir à parvenir à un accord à la COP26 de Glasgow ». « Si l’on ne respecte pas cette échéance, on peut pratiquement oublier toute tentative d’accord avant Glasgow », a-t-il averti.

« Pas de cadeau »

Pascal Canfin a également mis en garde les législateurs, qui risquent de crouler sous les demandes de traitement de faveur émises par les différents secteurs industriels, concernant la loi sur le climat. Il leur recommande de ne pas céder et de faire en sorte que la loi soit aussi simple que possible.

« Simple, ça veut dire “pas de cadeau” » pour les secteurs industriels comme ceux de la sidérurgie ou de la chimie, a précisé Pascal Canfin, pour qui de telles demandes doivent être traitées séparément, comme c’était le cas lors de la réforme du régime d’échange de droits d’émission de CO2.

Les ONG environnementales, pour leur part, insistent pour que la loi sur le climat reste inscrite dans un cadre scientifique. Wendel Trio, le directeur de Climate Action Network (CAN) Europe, a appelé à un processus d’évaluation régulier, avec « un organe scientifique et un groupe d’experts chargés de revoir la loi, afin que l’objectif de neutralité climatique puisse être atteint avant 2050 ».

Toutes les politiques de l’UE « devraient être évaluées par rapport à l’objectif de neutralité climatique », a ajouté Wendel Trio, en appelant à un mécanisme permettant d’assurer la cohérence des politiques dans tous les domaines, y compris la politique agricole et le budget.

Mais même si le débat sur 2050 est important, il existe des objectifs plus urgents pour 2030, qui doivent être traités en priorité, a déclaré le directeur de CAN Europe, exhortant les dirigeants européens à se mettre d’accord sur l’objectif 2030 « avant le sommet UE-Chine » de septembre.

Les jeunes militants pour le climat sont d’accord. « Écoutez les experts », a affirmé Alexander Canal, membre de l’organisation de jeunes Generation Climate Europe.

La neutralité climatique « doit être un processus et pas simplement un objectif final », et être régulièrement revue, a-t-il dit.  Le jeune activiste invite la Commission à s’assurer que les autres politiques concordent avec les objectifs du pacte vert européen et de la neutralité climatique.

Le groupe de réflexion «  E3G » sur le climat a qualifié le sommet UE-Chine de septembre de potentiel « point d’inflexion » dans les négociations mondiales sur le climat, en amont du sommet des Nations unies à Glasgow. En l’absence de leadership américain en matière de diplomatie climatique internationale, « tous les yeux sont tournés vers l’Europe et sa capacité à entraîner dans son sillage la Chine, responsable de la majorité des émissions de CO2 dans le monde », a déclaré E3G dans une note d’information l’année dernière.

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