Frans Timmermans survole son oral parlementaire

Frans Timmermans. [Photo: European Parliament]

Le candidat néerlandais a passé son oral avec brio le 9 octobre. Le jour suivant, les eurodéputés ont confirmé qu’il deviendrait le prochain commissaire chargé de l’action pour le climat.

Frans Timmermans a été interrogé durant presque trois heures sur tous les aspects liés à ses futures obligations sur le climat et le « Green deal » par la commission de l’environnement du Parlement européen. Des élus de la commission de l’énergie et de celle des transports étaient également présents.

Après l’audition, le président de la commission, Pascal Canfin, a salué l’approche adoptée par le Néerlandais sur diverses questions et le Parlement a confirmé le 10 octobre qu’il approuvait sa candidature.

La décision a été annoncée à l’issue d’une réunion des coordinateurs des groupes politiques du Parlement. Selon eux, Frans Timmermans est « l’homme de la situation ».

Le Parti populaire européen (PPE, centre-droit), les Socialistes et Démocrates (S&D), Renew Europe (centre) et les Verts ont tous voté en faveur du candidat, selon le porte-parole de la commission.

À l’inverse, les Conservateurs et Réformistes européens (ECR), le groupe de gauche GUE/NGL et le groupe d’extrême droite ID, ont rejeté sa candidature.

Lorsqu’elle a été désignée en juillet dernier par le Conseil européen pour présider la nouvelle Commission européenne, Ursula von der Leyen a pris un certain nombre d’engagements en matière de protection de l’environnement afin de s’assurer le soutien des Verts. Et Frans Timmermans s’est vu confier la mise en œuvre d’un nombre significatif de ces promesses.

50 ou 55 %

L’une d’elles consiste à revoir à la hausse l’objectif de l’UE en matière de réduction des émissions de carbone pour 2030. Actuellement fixé à 40 %, Ursula von der Leyen a évoqué une augmentation à 50 %, voire 55 %, si possible.

Cette approche en deux étapes a également été mentionnée dans la lettre de mission qu’elle a envoyée à Frans Timmermans. Les eurodéputés ont demandé plusieurs fois au candidat pourquoi la Commission allait commencer par 50 %.

« Nos arguments seront plus convaincants si nous pouvons les étayer par des recherches et des faits », a-t-il déclaré en réponse à l’eurodéputée Jytte Guteland (S&D). « Je serais extrêmement surpris si cette information et cette analyse conduisaient à toute autre conclusion que 55 % », a-t-il ajouté.

D’autres eurodéputés, dont le Vert Bas Eickhout et Peter Liese du PPE, ont insisté sur cette question, mais Frans Timmermans est resté sur sa position, martelant que la Commission devrait procéder à une analyse approfondie de l’objectif avant d’y adhérer.

« Je reconnais que nous n’aurons pas le temps de mener de front deux approches », a-t-il souligné, suggérant que le processus devrait être achevé avant le sommet des Nations unies sur le climat de l’année prochaine à Glasgow. Un calendrier qui laissera peu de temps à l’UE pour se mettre d’accord sur une position, ont averti les groupes environnementaux.

Les ministres de l’Environnement de l’UE se sont mis d’accord la semaine dernière pour « mettre à jour » en 2020 la contribution dite « nationale » en matière de réduction des émissions. Ce qui a provoqué la colère des ONG et de certains États membres, qui réclamaient un engagement en faveur d’une augmentation de cette contribution.

Biodiversité

« Un million d’espèces sur environ 8 millions sont menacées d’extinction », a averti Frans Timmermans, qui s’est engagé à plancher, dès le début de son mandat, sur une vaste stratégie pour la biodiversité pour 2030. Il a déclaré aux eurodéputés que le document serait prêt avant ou après le sommet des Nations unies en octobre de l’année prochaine.

Le Néerlandais a toutefois ajouté que la biodiversité était un sujet plus complexe à aborder que la réduction des émissions de carbone, plus simples à mesurer et à quantifier. Il a précisé qu’une recherche approfondie serait effectuée en vue de la publication de la stratégie.

Mais ses projets dans ce domaine ont été qualifiés de « vagues » par le WWF Europe. Selon l’organisation de défense de l’environnement, bien que Frans Timmermans reconnaisse l’ampleur du problème, il ne dispose toujours d’aucune politique spécifique pour y remédier.

« La biodiversité a été reléguée au second plan par rapport au climat lors de l’audition, mais nous ne pouvons pas protéger l’un sans agir sur l’autre. Il est temps d’agir contre la déperdition dramatique de la faune sauvage dans l’UE, de prendre des engagements stricts et contraignants et de pénaliser les pays qui ne les respectent pas », a déclaré Andreas Baumüller, du WWF.

La FAO inquiète pour la biodiversité

La FAO sonne l’alarme sur l’état de la biodiversité, condition sine qua non de la sécurité alimentaire mondiale, dans le premier rapport qu’elle publie sur le sujet. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

 

Durant l’audition, l’eurodéputé Bas Eickhout a tweeté que Frans Timmermans répondait « à la plupart des questions sans regarder ses notes. Il maîtrise déjà de nombreux sujets qui relèvent de son portefeuille ».

Les eurodéputés ont en effet interrogé Frans Timmermans sur les points fondamentaux de la politique climatique et le candidat a été en mesure de répondre de manière approfondie à toutes les questions, même si certains parlementaires n’ont pas apprécié le contenu de ses réponses.

Prix plancher du carbone

L’un des aspects les plus techniques du portefeuille est la notion d’un prix plancher du carbone pour le système d’échange de quotas d’émission de l’UE. Actuellement, le prix fluctue en fonction du marché, mais certains États membres, comme la France, font pression pour qu’une valeur minimale soit instaurée.

Frans Timmermans a révélé qu’il n’était pas très favorable à cette idée. « Je ne vois pas l’intérêt d’introduire un prix plancher pour le carbone », a-t-il répondu à l’eurodéputé vert Michael Bloss. « Le prix évolue de manière satisfaisante et je suis sûr que cela va continuer. »

Le prix du carbone a en effet augmenté au cours des 18 derniers mois et se situe actuellement autour de 25 euros. Mais les experts climatiques insistent sur le fait qu’il doit atteindre au moins 45, voire 50 euros, pour commencer à mettre véritablement hors course les sources d’énergie polluantes.

Frans Timmermans a également reconnu qu’il devra travailler main dans la main avec d’autres commissaires sur une taxe frontalière sur le carbone, qui portera sur les importations en provenance de pays tiers qui ne respectent pas les normes environnementales européennes.

Les commissaires Paul Hogan (commerce) et Paolo Gentiloni (économie) seront chargés de veiller à ce que la nouvelle taxe ne soit pas contraire aux règles de l’Organisation mondiale du commerce. « Nous devrons nous assurer qu’elle ne soit pas pénalisée pour avoir fait ce qu’il fallait », a-t-il souligné.

Les quotas inutilisés pèsent sur le marché européen du carbone

Alors que les centrales à charbon ferment à travers toute l’Europe, des quotas carbone inutilisés s’accumulent peu à peu sur le marché européen d’échange des droits d’émission, créant une « bulle du charbon » qui pourrait faire s’effondrer les prix du CO2. Un article d’Euractiv.com

Convaincre le reste du monde

L’actuel commissaire au climat, Miguel Arias Cañete, a passé une grande partie de son temps à voyager pour tenter de convaincre d’autres pays de se rallier aux ambitions vertes de l’Europe.

Cette mission se prolongera vraisemblablement sous la férule de Frans Timmermans. Il a en effet déclaré aux députés européens qu’une grande partie de son travail consisterait « à essayer de convaincre les autres ».

« C’est un énorme défi », a-t-il reconnu, ajoutant cependant que la Chine est intéressée par l’approche de l’Europe et qu’« un accord pourrait être conclu » avec elle. En ce qui concerne les États-Unis, il a déclaré qu’il fallait faire une distinction entre ce qu’il se passe au niveau fédéral et au niveau des États en matière de politique climatique.

Le président américain Donald Trump a notifié à l’ONU son intention de retirer son pays le plus tôt possible (novembre prochain), mais plusieurs États, notamment la Californie, ont promis de respecter les objectifs de l’accord sur le climat.

Neutralité climatique

Ursula von der Leyen a chargé Frans Timmermans de proposer une « loi sur le climat » dans les cents jours suivant l’entrée en fonction de sa Commission européenne. Le Néerlandais aura donc jusqu’au début février pour accomplir sa mission.

Les eurodéputés l’ont interrogé sans relâche sur ce qui figurera réellement dans la loi et il est clair que celle-ci portera sur que l’engagement de l’UE en faveur de la neutralité climatique d’ici à 2050.

Cet objectif de la Commission est soutenu par 25 États membres, mais la République tchèque, la Hongrie et la Pologne ne sont pas encore convaincues. Comme il y a peu de marge de manœuvre d’ici au sommet d’octobre, le sommet de décembre constituera une échéance cruciale.

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