Tous les fleuves européens sont contaminés par des microplastiques

L’expédition de Tara Océan dans neuf grands fleuves européens montre que chacun des 2 700 prélèvements contient des microplastiques. Aussi bien en amont qu’à l’embouchure des fleuves. Un article de notre partenaire le Journal de l’environnement.

Après avoir sillonné, pendant six mois, les neuf plus grands fleuves d’Europe, la goélette Tara a retrouvé, le 23 novembre, son anneau au port de Lorient. Avec à son bord, 2 700 précieux prélèvements d’eau et de microplastiques (dont la taille est inférieure à 5 millimètres) effectués en mer, dans l’estuaire, près d’une grande ville et dans deux points variables de chaque fleuve. Si les 46 scientifiques associés à la mission vont désormais les analyser, les premières conclusions sautent aux yeux.

« Tous les points de prélèvements affichent des microplastiques, y compris les sites les plus proches des grandes villes. Ce qui montre que la fragmentation des macro-déchets en microplastiques n’est pas réservée à la mer, sous l’effet des vagues et des ultra-violets, mais se produit aussi dans les fleuves », explique au JDLE Leila Meistertzheim, biologiste marin. Reste à mieux comprendre le processus de fragmentation à l’œuvre, avec des résultats attendus au cours des deux prochaines années.

Des refuges pour les polluants

Deuxième conclusion : les plastiques agissent comme de véritables aimants à contaminants… « Ces polluants n’aiment pas l’eau, c’est pourquoi ils sont attirés par les particules de plastique, à la façon de deux gouttes d’huile placées dans l’eau », observe la scientifique. « Nous allons désormais caractériser tous ces polluants, mais il s’agit généralement de pesticides, d’hydrocarbures et de métaux lourds », poursuit-elle.

Les microplastiques voyagent aussi dans les airs

Présents dans tous les océans du monde, les microplastiques peuvent aussi atteindre des zones isolées par voie aérienne, selon une étude publiée le 15 avril dans Nature Geoscience. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Le séquençage de l’ADN des organismes logés sur les particules va être réalisé par le Génoscope-CEA. Il devrait préciser les bactéries pathogènes et/ou les micro-organismes participant à la biodégradation des plastiques ainsi que leur toxicité et leurs effets sur l’environnement et la santé.

Des solutions à terre

Enfin, la mission confirme que les solutions à cette pollution se trouvent à terre. Alors qu’une étude avait déjà montré, en 2016, que 80 % de tous les déchets plastiques sont issus d’activités terrestres, le directeur général de la Fondation Tara Océan insiste sur les mesures politiques qui s’imposent de toute urgence. « Cette vaste proportion de microplastiques déjà impossible à collecter en mer et charriée aussi par nos bassins versants et nos fleuves, rend impossible le nettoyage des fleuves. Les solutions contre cette hémorragie sont définitivement à terre », affirme Romain Troublé.

Au programme : améliorer « considérablement » la collecte et le recyclage des emballages, limiter drastiquement les produits à usage unique, réduire le nombre de résines utilisées et la complexité des additifs…

Exceptions nationales

Ces solutions diffèrent selon les pays. « Les analyses devront le préciser, mais il semble que les déchets plastiques marins soient sensiblement différents selon les pays d’origine. Nous avons par exemple trouvé davantage de macro-déchets sur les berges du Tibre italien et de la Seine française que sur celles de l’Elbe en Allemagne », note Leila Meistertzheim.

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