Le conseiller climat de Trump hué à Bruxelles

Myron Ebell

Le conseiller pour le climat de Donald Trump a été interrompu lors de son discours devant les conservateurs à Bruxelles le 1er février.

Myron Ebell, qui a supervisé la transition entre les administrations Obama et Trump en ce qui concerne l’Agence de protection environnementale américaine, a fait un discours lors d’un sommet sur l’environnement organisé par l’Alliance des conservateurs et réformistes européens (CRE).

Le conseiller américain y était attendu par une soixantaine de manifestants, postés à l’extérieure de la bibliothèque Solvay, au parc Léopold, où se déroulait l’événement. Son discours a été interrompu par des militants de Greenpeace. Des activistes que l’eurodéputé britannique Daniel Hannan décrit comme « échevelés et en dreadlocks ».

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Les manifestants dont les choix capillaires ont tellement choqué Daniel Hannan, devant la bibliothèque Solvay. [Matt Tempest/Flickr]

Myron Ebell, qui se défini sur Twitter comme « l’ennemi numéro 1 de l’alarmisme climatique », n’avait pas commencé depuis une minute quand un homme en costume portant une bannière « Resist » l’a apostrophé, l’accusant de « nier des faits scientifiques fondamentaux ». L’activiste a été escorté hors de la salle par le service de sécurité.

Durant ses 15 minutes d’intervention, l’Américain a notamment déclaré « quand vous entendez ‘spécialiste de l’environnement’, pensez ‘impérialiste urbain’ ». Le conseiller n’a pas parlé directement du changement climatique, et encore moins de l’accord de Paris, que Donald Trump veut quitter. Il s’est par contre lancé dans une longue explication sur le fait que les capitalistes étaient des défenseurs de l’environnement et a vivement attaqué le mouvement écologique.

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Myron Ebell a assuré que le monde était confronté à un « complexe climato-industriel », une variation des avertissements sur le « complexe de l’industrie militaire » de Dwight Eisenhower dans les années 1960.

« Le pouvoir, l’argent et l’influence sont du côté du mouvement écologiste », a-t-il insisté. « Nous sommes aujourd’hui confrontés à un conglomérat d’intentions et d’intérêts entre ceux qui croient en la crise du changement climatique et ceux qui ont compris comment s’enrichir grâce à la promotion de ces idées. »

« Ce [mouvement] se vante d’être moral, mais à son cœur [on trouve] la promotion des intérêts spéciaux  de ceux qui ont compris qu’ils pouvaient se remplir les poches en s’assurant que les pays pauvres restaient pauvres pour toujours », a-t-il continué, avant de mentionner son enfance dans un ranch du Mid-West : « les élites pensent qu’elles en savent plus long sur la protection de l’environnement que les gens qui ont vraiment vécu à la campagne. Les ‘spécialistes’ ont des connaissances théoriques, mais pas pratiques. »

Les militants « échevelés » ont forcément tort

« Les écologistes vous disent que pour protéger les terres, le gouvernement doit les posséder ou les protéger. En réalité, cela mène à une catastrophe après l’autre », a poursuivi Myron Ebell. « L’Union soviétique était un cauchemar environnemental, avec des produits chimiques toxiques dans l’eau et la terre. Si vous voulez que quelque chose ne fonctionne pas, vous la confiez au gouvernement. »

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C’est le conservateur britannique Daniel Hannan qui a présenté le conseiller américain avant son discours. L’eurodéputé semble avoir une manière simple de juger du sérieux des propos tenus par Myron Ebell : son code vestimentaire. Il a en effet insisté sur la différence entre militants écologistes et participant à l’événement sur cette base, les « gens à l’aspect respectable et portant une cravate » dedans, les « manifestants échevelés à dreadlocks » dehors.

La « tragédie des communs »

Le Britannique a également estimé plus tard que le discours était un « soutien décisif à la gestion et aux droits patrimoniaux ».

Myron Ebell a expliqué que sa philosophie était de s’opposer à la « tragédie des biens communs », « un argument clé des écologistes », selon lequel les gens prennent davantage soin des biens qui sont la propriété d’individus ou de petits groupes que de ceux qui sont communs. « Les propriétaires de ranchs ou de forêts et les agriculteurs, s’ils ne prennent pas soin [de leurs biens], ils en perdent la valeur », a-t-il souligné, se contredisant ainsi immédiatement. « Quand quelque chose est une propriété commune, nous sommes tous encouragés à prendre avant que quelqu’un d’autre ne se serve – et ça, c’est l’histoire du  mouvement écologiste. Et c’est complètement faux. L’Histoire de l’humanité, depuis des milliards d’années, contredit ce qu’avance le mouvement écologiste. Les citoyens des villes ont perdu leur connexion avec la gérance. »

La veille du sommet des CRE, le représentant américain s’est rendu à Downing Street. On ne sait néanmoins pas qui il y a rencontré.

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Trump ne peut échapper au changement climatique

Précédemment, Maroš Šefčovič, le commissaire européen à l’Union de l’énergie, avait pour sa part déclaré à EURACTIV qu’il était très important que Washington ne fasse pas marche arrière sur l’accord de Paris, ratifié sous Barack Obama. « En ce qui concerne la politique climatique européenne, nous attendons toujours la concrétisation de ce qui a été dit pendant la campagne, et la position du candidat a évolué à plusieurs reprises », a-t-il souligné. « Pour nous, le respect d’un traité contraignant international, approuvé et ratifié par presque tous les pays du monde, y compris les États-Unis, est très important. »

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« Nous sommes convaincus que ce que nous avons réalisé à Paris est positif, non seulement pour l’humanité et la planète, mais aussi en termes économiques », a-t-il poursuivi. « Et si l’administration [Trump] décide de changer de cap à ce sujet, tôt ou tard ils se rendront compte que le changement climatique est en cours, que nous, humains, en sommes la cause, et que les États-Unis sont un pays qui en subit des conséquences dramatiques. »

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