May fixe un objectif zéro émission pour le Royaume-Uni

La Première ministre sortante a annoncé le vote le veille au soir. [Number 10 / Flickr]

C’est l’un de ses derniers actes en tant que Première ministre : Theresa May a confirmé l’objectif contraignant zéro carbone d’ici 2050. Un article de notre partenaire, edie.net.

Theresa May a annoncé le 11 juin que la loi de 2008 sur le changement climatique serait amendée, afin de créer l’objectif d’élimination des émissions de carbone d’ici 2050.

« Il est temps d’aller plus vite, plus loin, pour protéger l’environnement et nos enfants. Ce pays a été à la pointe de l’innovation mondiale pendant la résolution industrielle. Aujourd’hui, nous devons être à la pointe d’une croissance plus propre, plus verte », a estimé la Première ministre. « L’objectif de zéro émission nette d’ici 2050 est ambitieux, mais il est essentiel pour assurer la protection de la planète pour les générations futures. »

Il y a un mois, la commission sur le changement climatique publiait ses recommandations législatives au gouvernement pour une économie neutre en carbone. Cet organe préconise l’avancement à 2035 de l’interdiction de vente des voitures neuves au diesel ou à essence ; la multiplication par quatre de la capacité de génération d’énergie renouvelable du pays ; l’amélioration de la biodiversité sur 20 000 hectares chaque année et le déploiement des technologies de capture et de stockage du carbone à grande échelle.

La commission estime que l’objectif zéro carbone pour 2050 est atteignable si on lui alloue entre 1 et 2 % du PIB. C’est le même volume de financement que pour l’application de la loi sur le changement climatique.

Le diable est dans le détail

Le Royaume-Uni devra cependant détailler comment il compte atteindre son nouvel objectif. Philip Hammond, le chancelier de l’Échiquier, assure qu’il faudra tailler dans les fonds destinés aux écoles, aux hôpitaux et aux forces de police pour financer la décarbonation totale de l’économie britannique, soit 1 000 milliards de livres sterling.

À sa demande, le gouvernement a accepté de transférer 88 millions de tonnes d’émissions du budget carbone de 2013 à 2017, afin que le pays ait un peu d’avance, selon les informations du Financial Times. La commission sur le changement climatique avait pourtant précisément demandé aux ministres de ne pas faire usage de ce mécanisme.

La législation actuelle prévoit une réduction de 80 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, par rapport au niveau de 1990. Elle ne prend cependant en compte les émissions de l’aviation et du fret que sur une base territoriale. La nouvelle stratégie proposée s’appliquerait quant à elle à tous les secteurs.

Autre déviation des recommandations : l’utilisation des crédits carbone. Le gouvernement britannique a confirmé vouloir garder la possibilité d’utiliser ces crédits pour compenser les émissions, dans le cadre d’un système de suivi et de surveillance approprié.

Il semblerait également que Londres veuille s’en tenir à la date prévue pour l’élimination des véhicules à essence et diesel. Un choix qui n’est pas très cohérent avec la volonté britannique d’accueillir la COP26.

Le gouvernement entend profiter du mouvement des grèves des jeunes pour le climat. Un Groupe de pilotage jeunesse sera mis en place pour conseiller l’exécutif sur les priorités en termes de changement climatique, de gestion des déchets et du recyclage, ainsi que de perte de biodiversité. Ses travaux commenceront en juillet.

La nouvelle législation fait du Royaume-Uni le premier pays du G7 à inscrire l’objectif zéro émission nette dans son droit. Des évaluations seront mises en place tous les cinq ans afin d’assurer que les industries britanniques ne soient pas confrontées à une concurrence internationale déloyale. Le but est aussi d’encourager d’autres pays à suivre le mouvement.

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Les ministres de dix États européens ont demandé à la Commission de mettre en place une stratégie « crédible et détaillée » pour une Europe zéro émission d’ici 2050.

La décision survient après des mois d’appels explicites des élus, mais aussi des entreprises pour fixer un objectif zéro émission. Les grèves des jeunes pour le climat et les manifestations de l’organisation Extinction Rebellion ont aussi fait monter la pression sur le monde politique.

L’annonce du gouvernement suit aussi de quelques heures la proposition de loi introduite par la députée Rachel Reeves, présidente de la commission sur la stratégie commerciale, énergétique et industrielle, sur un objectif zéro émission. Cette proposition suit les recommandations de la commission sur le changement climatique et a été accueillie positivement à la Chambre.

Vers le zéro net

Le gouvernement avait au départ demandé à la commission sur le changement climatique de livrer ses préconisations sur une économie zéro carbone l’automne dernier, après la publication du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC.

Ce rapport soulignait les énormes différences sociales, économiques et écologiques entre un réchauffement à 1,5°C, comme le prévoit l’accord de Paris, et un réchauffement à 2°C. Un écart d’un demi degré qui aggraverait considérablement les risques de sécheresse, d’inondations, de vagues de chaleur et de pauvreté pour des centaines de millions de personnes.

Pour limiter le réchauffement à 1,5°C, il faudrait réduire les émissions de 45 % d’ici 2030, puis à 100 % net en 2050, selon le GIEC.

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Un réchauffement de plus de 1,5°C aurait des conséquences tragiques. Seule une transformation immédiate à l’échelle planétaire permettra d’éviter le pire, selon les experts du GIEC. Un article de notre partenaire, Climate Home News.

L’Écosse a déjà prévu d’atteindre zéro émission nette d’ici 2045, alors que le pays de Galles vise une réduction de 95 % à cette même date. Au niveau mondial, les mesures mises en place ont déjà permis de revoir à la baisse le réchauffement prévu pour la fin du siècle, qui est ainsi passé de 4°C à 3°C, mais cela pourrait ne pas suffire.

L’engagement des entreprises

Plusieurs des plus grandes entreprises britanniques ont déjà fixé leurs propres objectifs pour des émissions nettes nulles ou un réchauffement maximal de 1,5°C suite au rapport du GIEC. C’est notamment le cas de BT, Skanska UK, Ecotricity ou ALDI UK and Ireland.

Cette tendance s’étend à tout le globe. Ainsi, des géants comme le fabricant de revêtement de sol Interface, l’électronicien Bosch et le logisticien Maersk font partie de la cohorte mondiale des « zéronautes ».

Des entreprises de tous les secteurs et de toutes tailles font également de leur mieux pour porter cette bonne parole et font pression sur le gouvernement pour adopter les mesures nécessaires.

Le mois dernier, une coalition de 128 entreprises, réseau industriels et investisseurs basés au Royaume-Uni ont écrit aux ministres pour leur demander d’adopter un objectif zéro carbone pour 2050 « immédiatement ». Le gouvernement leur a répondu que ces décisions seraient prises « dans un cadre temporel reflétant l’urgence de la situation ».

Quand des PDG soutiennent l'objectif zéro émission pour 2050

Plusieurs dirigeants d’industrie soutiennent l’idée d’une économie zéro émission d’ici 2050. Un projet qui supposerait de rehausser l’ambition climatique pour respecter l’accord de Paris.

« Nous voulons maintenir notre leadership mondial et c’est pour cela que nous introduisons un objectif contraignant pour des émissions zéro nettes afin de mettre un terme une bonne fois pour toutes à la contribution du Royaume-Uni au réchauffement climatique d’ici à 2050 », a commenté le secrétaire d’État en charge des entreprises, de l’énergie et de la stratégie industrielle, Greg Clark.

« Le rapport que nous avons commandité à la commission sur le changement climatique indique clairement que nous avons jeté les bases d’une économie à zéro émission, et que cela est nécessaire et faisable. »

« Environ 400 000 personnes sont déjà employées dans le secteur à faibles émissions de carbone et dans ses chaines d’approvisionnement à travers le pays. Grâce à notre stratégie industrielle moderne, nous investissons dans une croissance propre pour nous assurer que nous récolterons les fruits de cet investissement et créeront deux millions d’emplois de très grande qualité d’ici à 2030. »

 

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