Un bon élève aux mauvais résultats : le paradoxe français sur le climat

Le Haut Conseil pour le climat a été crée après la crise des Gilets Jaunes EPA-EFE/IAN LANGSDON

Le Haut conseil sur le climat souligne la pertinence de l’objectif de neutralité carbone de la France mais le juge éloigné de la réalité concrète puisque les émissions de CO2 progressent.

Alors qu’Emmanuel Macron tapait du poing sur la table, au Japon, ce 26 juin, indiquant que la France ne signerait pas de conclusions du G20 sans message fort sur le climat, le Haut Conseil pour le climat est venu confirmer le hiatus de la France entre les paroles et les actes.

Une trajectoire d’émissions de gaz à effet de serre incompatible avec les engagements internationaux, des efforts insuffisants : dans son premier rapport annuel, la structure témoigne de l’indépendance de ses membres en réclamant un changement radical de la politique climat de la France.

La France empêtrée dans ses contradictions sur le climat

Si le président Macron agit pour la diplomatie climatique, l’action du gouvernement Philippe défend surtout les intérêts industriels.

 

 

« Le rythme de la transformation de l’économie est actuellement insuffisant, car les politiques de transition, d’efficacité et de sobriété énergétique ne sont pas au cœur de l’action publique » se désolent les experts mandatés, qui formulent une série de recommandations pour remettre la France dans le droit chemin : celui d’un monde neutre en carbone, l’objectif que le pays s’est lui-même fixé pour 2050.

Problème : le droit et l’économie française tels qu’ils sont actuellement n’organisent pas du tout cette transition que les politiques appellent de leurs vœux. La France a explosé son premier budget carbone officiel entre 2015 et 2018, malgré une « stratégie bas carbone » qui montre ses limites. Faute d’être contraignante, cette stratégie n’est tout simplement pas appliquée.

La France ne réduit ses émissions qu’au rythme de -1,1 % par an, et non -1,9 % par an comme prévu.

Le Haut conseil recommande donc d’inscrire dans la loi un certain nombre de mesures concrètes qui permettrait d’éviter ces dérapages permanents.

Le grand écart sur le climat de la France se confirme

Les grandes ambitions sur le long terme et à Bruxelles contrastent avec les renoncements du gouvernement français, concrétisés dans la loi climat énergie actuellement en discussion.

Un bon élève qui travaille mal

Car sur le fond, la France fait pourtant partie des bons élèves, comme le souligne le Conseil. Ainsi, sur la dizaine de pays ayant annoncé leur objectif de neutralité carbone pour 2050, la France est un des rares à projeter d’ interdire totalement le recours aux crédits carbone internationaux, dont la crédibilité est souvent douteuse, et l’objectif porte sur tous les gaz à effet de serre, alors que la Nouvelle-Zélande a par exemple exclu le méthane émis par les animaux. La Norvège autorise de son côté le recours aux crédits internationaux, mais vise la neutralité carbone pour 2030.

Mais beaucoup d’éléments devraient encore être précisés dans la loi énergie climat 2019. La révision à la baisse du budget carbone 2019-2023, l’inclusion des émissions du transport international, des produits importés…

Les Français ont en effet vu leur empreinte carbone progresser de 20 % entre 1995 et 2015, en raison du recours aux importations : les émissions importées représentent 11 tonnes de CO2 par habitant, contre 6,6 tonnes pour les émissions nationales.

Le Haut conseil préconise aussi de prendre en compte en priorité la précarité énergétique, mais aussi les inégalités réelles des territoires, et à soutenir les entreprises dans leurs efforts de transition énergétique.

Taxe carbone, le retour

C’est donc surtout l’action publique qui peut faire évoluer la situation. En commençant par les lois hors climat, qui concernent pourtant directement le climat. C’est le cas de la loi d’orientation des mobilités. 19 % des émissions françaises sont issues du transport, et pourtant la question du CO2 n’a quasiment aucun poids de l’élaboration du projet de loi en cours.

Le Haut conseil propose aussi de réévaluer l’articulation des différentes politiques climatiques, dont les taxes environnementales ou le marché des quotas, et en se penchant sur les secteurs restés hors taxe carbone comme les énergéticiens, qui sont soumis au marché des quotas, l’agriculture et les puits de carbone. Et de clarifier des politiques concrètes : le plan Forêt prévoit d’utiliser de plus en plus la forêt, alors que l’objectif 2050 nécessite de l’utiliser en tant que puits de carbone. Les deux ne sont pas compatibles.

Et enfin, préconise de travailler sérieusement sur la question de la taxe carbone, un « outil économique puissant ». Mais le conseil constate que « le soutien de la société est essentiel pour que la taxe soit maintenue et augmentée sur le long terme », qui suppose une explication, une revue des conditions de transparence et de l’utilisation des recettes.

 

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