L’Arabie saoudite continue de rejeter le rapport du GIEC

L'ouragan Sandy

Des négociations climatiques houleuses se sont tenues à Bonn, en Allemagne. L’Arabie saoudite remet toujours en cause la valeur scientifique du dernier rapport du GIEC.

Après 10 jours de négociations lors desquelles l’Arabie saoudite a refusé de mentionner spécifiquement les conclusions du dernier rapport du GIEC sur les niveaux d’émission, les négociateurs ont fini par accoucher d’un document mettant fin au débat.

Le texte exprime son « appréciation  et sa gratitude envers le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, un organe de l’ONU) et la communauté scientifique pour avoir fourni un rapport qui « reflète les meilleures preuves scientifiques disponibles. »

Le texte prend note des vues exprimées sur la manière de renforcer les connaissances scientifiques sur le réchauffement planétaire de 1,5 °C et convient que « ses travaux à ce sujet sont terminés ».

Dans son rapport historique publié en octobre de l’année dernière, le GIEC avait clairement indiqué que pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, les émissions mondiales devaient diminuer d’ici à 2020et être réduites de près de moitié d’ici à 2030. Or, cela ne peut se faire que par une transformation majeure de nos économies, souligne le document.

Le rapport du GIEC a été compilé par plus de 90 des plus grands climatologues du monde et s’appuie sur plus de 6 000 références scientifiques.

Le GIEC lance l’alerte de la dernière chance sur le climat

Un réchauffement de plus de 1,5°C aurait des conséquences tragiques. Seule une transformation immédiate à l’échelle planétaire permettra d’éviter le pire, selon les experts du GIEC. Un article de notre partenaire, Climate Home News.

« La science n’est pas négociable »

Déjà à la COP24 à Katowice, en Pologne, en décembre dernier, l’Arabie saoudite, les États-Unis, le Koweït et la Russie avaient refusé de saluer les conclusions du GIEC.

Ses profondes répercussions sur les activités économiques basées sur les combustibles fossiles, ainsi que la légitimité de ses conclusions auprès des négociateurs climatiques, expliquent ce refus de reconnaître sa valeur scientifique.

« La science est essentielle pour le fonctionnement du processus de négociation » mis en place par le Secrétariat des Nations unies sur le climat (CCNUCC), a expliqué une source diplomatique, s’exprimant sous couvert de l’anonymat. « Le GIEC est l’institution sœur de la Convention sur le climat, il soutient ses travaux depuis des années. »

COP24 : des règles clarifiées mais sans ambition

Trois ans et trois jours après l’adoption de l’accord de Paris, les 197 pays signataires rassemblés à Katowice, en Pologne, se sont accordés le 15 décembre sur un ensemble de règles pour sa mise en œuvre, mais n’ont pas décidé de relever l’ambition des 2°C.

Pour Yamide Dagnet, associée principale du groupe de réflexion World Resources Institute, « quelle que soit la référence associée à ce rapport dans les documents de la CCNUCC, ce rapport est celui qui a reçu le plus d’attention dans l’histoire du GIEC », a-t-elle déclaré.

« Il a vraiment fait prendre conscience des différences entre un réchauffement climatique de 1,5°C et un de 2°C » et a conduit à une mobilisation des jeunes sans précédent.

Et même s’il a été réalisé en un temps record, en moins de trois ans, « il présente un état des lieux des meilleures données disponibles et ses conclusions sont sans équivoque », souligne Yamide Dagnet.

Jennifer Tollmann, conseillère politique au sein de l’équipe Diplomatie politique du think tank E3G à Berlin, explique quant à elle que « si ce rapport n’avait pas autant d’influence, l’Arabie Saoudite ne s’investirait pas autant dans la remise en question de sa validité scientifique ».

L’opposition du pays au rapport n’a fait que souligner à quel point il bénéficie d’un soutien massif au sein de la communauté internationale.

En effet, l’ambassadrice du groupe Aosis (une alliance de petits États insulaires), Lois Young, a publié jeudi une tribune dans le Financial Times, accusant les détracteurs du rapport de « sacrifier » les petits États insulaires, pour qui contenir la hausse des températures à 1,5°C est vital.

« Leur refus de tenir officiellement compte du rapport du GIEC, qui a été établi comme une prochaine étape cruciale de l’Accord de Paris, sape les fondations sur lesquelles la communauté des nations s’engage et répond aux défis posés par le changement climatique », écrit-elle.

Lors de la séance plénière de clôture, le 27 juin après-midi, plusieurs pays se sont également exprimés en faveur du rapport du GIEC. Le représentant du Costa Rica, le pays qui organisera la pré-COP en octobre prochain, a déclaré que le rapport « reflète un grand triomphe de la science » tandis que le représentant des îles Tuvalu a qualifié le rapport d’« historique ».

« Nous devons l’accepter et ne pas le négocier », a-t-il dit, ajoutant que le changement climatique représente une « menace existentielle » pour son archipel. Le diplomate représentant la Suisse a échangé son costume contre un T-shirt portant la mention « la science n’est pas négociable ». Il invite tous les pays à utiliser le rapport spécial comme base de leurs politiques de lutte contre le changement climatique.

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