Les bateaux appelés à réduire leurs émissions de CO2 de moitié d’ici 2050

Les émissions de GES provenant du secteur maritime sont particulièrement problématiques, car la plupart des navires fonctionnent au fioul, un carburant polluant et contenant encore plus de particules polluantes, tels que le soufre, que les carburants utilisés dans le transport routier. [Bruno Mameli/Shutterstock]

L’Organisation maritime internationale appelle les transporteurs maritimes à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre annuelles de 50 %, par rapport aux chiffres de 2008, d’ici 2050.

Un groupe de travail de l’Organisation maritime internationale (OMI) a publié le 6 avril une stratégie intérimaire visant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 50 % d’ici 2050. Cette stratégie devrait être finalisée d’ici le 13 avril pour le Comité de la protection du milieu marin (MEPC) de l’OMI. Cependant, sa mise en œuvre reste incertaine, car des divisions profondes règnent parmi les 173 membres de l’organisation.

Le MEPC devrait adopter une stratégie initiale sur la réduction de GES du secteur maritime, comprenant des mesures à court, moyen et long termes ainsi que des échéances possibles et leurs impacts sur les États. Elle devrait également identifier des obstacles et des mesures de soutien, notamment le renforcement des capacités, la coopération technique ainsi que la recherche et le développement, a déclaré l’OMI.

Les émissions de GES provenant du secteur maritime sont particulièrement problématiques, car la plupart des navires fonctionnent au fioul, un carburant polluant et contenant encore plus de particules polluantes, tels que le soufre, que les carburants utilisés dans le transport routier.

L’Organisation maritime internationale à la traîne sur les émissions de CO2

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Le secteur maritime sous pression

Des militants verts, des représentants des entreprises, de l’UE et des petites îles du Pacifique exercent une pression croissante sur l’industrie du transport maritime afin qu’elle s’engage à respecter l’Accord de Paris. Ils militent pour une réduction de 70 à 100 % des GES d’ici à 2050, afin de s’aligner avec les objectifs de l’accord.

Alors que les négociations ont commencé le 9 avril, Violeta Bulc, commissaire européenne aux transports, a appelé l’OMI à lancer une stratégie « concrète » sur les gaz à effet de serre.

Nicholas Rock et Thor Maalouf, du cabinet juridique mondial Reed Smith LLP, ont rappelé que l’UE avait clairement indiqué l’année dernière qu’elle attendait de l’OMI un objectif ambitieux de réduction des émissions, parallèlement à d’autres mesures dans sa stratégie de 2018. Elle menaçait à l’époque de faire tomber le transport maritime dans son régime d’échange de droits d’émissions (ETS) à moins que l’OMI ne fixe un objectif de réduction des émissions de GES.

David Paul, le ministre de l’Environnement des îles Marshall, a déclaré qu’il ne soutiendrait aucun accord non conforme à l’objectif de l’Accord de Paris de limiter la hausse des températures à 1,5 °C.

Les îles Marshall accueillent le deuxième plus grand registre maritime au monde, ce qui leur permet de faire davantage entendre leur voix dans les négociations.

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Une minorité contre le plafonnement d’émissions

Jaako Eskola, directeur du groupe finlandais Wartsila, l’un des plus grands constructeurs de moteurs de bateau, soutient les demandes de réduction des émissions de carbone dans le transport maritime, affirmant que les constructeurs de bateau ont besoin de confiance pour investir dans les technologies propres.

Cependant, «  une minorité bloque le plafonnement d’émissions et la définition d’une stratégie de décarbonisation dans la lignée de l’Accord de Paris. Ces initiatives sont présentées comme irréalisables et néfastes pour le commerce mondial, malgré les preuves scientifiques qui prouvent le contraire », a déclaré Bill Hemmings, le directeur des transports de l’ONG Transport & Environnement basée à Bruxelles.

Les détracteurs de cet objectif climatique ambitieux tablent sur la nécessité d’un consensus pour empêcher toute ambition, a estimé l’ONG.

« Les représentants des pays du Pacifique Sud, vulnérables aux changements climatiques, ont clairement prévenu que l’OMI devait agir efficacement afin d’assurer la survie de leurs pays, mais ces avertissements sont tombés dans l’oreille d’un sourd. Les demandes pour agir différemment et pour gagner du temps risquent d’empêcher toute intervention urgente », a ajouté Bill Hemmings.

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La navigation à vitesse réduite

Les partisans d’une stratégie ambitieuse affirment qu’il existe déjà une technologie permettant de réduire les émissions dans le secteur maritime, ainsi que des moyens financiers pour encourager cette réduction.

La navigation à vitesse réduite permettrait de réduire efficacement les émissions de carbone à court terme, a déclaré Faid Abbasov, de Transport & Environnement. La navigation à vitesse réduite est une pratique utilisée par les cargos transocéaniques, en particulier les porte-conteneurs, visant à réduire nettement leur vitesse.

« Si les navires réduisent leur vitesse de 30 %, ils réduiront aussi leurs émissions de 200 millions de tonnes par an, soit l’empreinte carbone des Pays-Bas », a-t-il affirmé. Et les mesures axées sur le marché seraient efficaces à moyen terme, a-t-il ajouté.

Aioife O’Leary, analyste juridique du Fonds européen de la défense, soutient cet argument. « La navigation peut montrer au monde qu’elle peut relever le défi du changement climatique grâce à une stratégie ambitieuse, des politiques et des mesures efficaces. Pour ce faire, le capital doit être réinjecté pour aider à la commercialisation de technologies à faibles émissions », a-t-il déclaré.

« Par exemple, le prix du carbone pourrait être réinjecté dans le secteur grâce à un fonds soutenant le déploiement de navires à faible ou zéro émission de carbone et fonctionnant avec des carburants durables. L’élaboration de politiques pourra commencer une fois qu’une stratégie sera convenue, attendue pour le Comité de la protection du milieu marin la semaine prochaine », conclut-il.

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