Un groupe de réflexion berlinois se positionne comme la source de la politique climatique européenne

(De gauche à droite)Teresa Ribera, ministre espagnole de l’Environnement, et Barbara Pompili, ministre française de la Transition écologique, lors du Conseil des ministres de l’Environnement de l’UE à Bruxelles, en Belgique, le 20 décembre 2021. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Un groupe informel comprenant certaines des personnes les plus influentes de la politique climatique de l’UE a été discrètement établi en décembre à l’initiative d’un groupe de réflexion allemand influent. EURACTIV a les détails du forum dont l’objectif est de faire passer le paquet de législation climatique de l’UE « Fit for 55 ».

Initialement fondé en 2012 pour se concentrer sur la transition énergétique allemande, le groupe de réflexion Agora Energiewende s’est depuis longtemps étendu au-delà de Berlin, avec de nouveaux bureaux ouverts à Bruxelles, Tokyo et Pékin au fil des ans.

Mais son dernier coup d’éclat, la création en décembre d’un groupe très en vue de conseillers européens en matière de politique climatique, pourrait bien être l’une de ses entreprises les plus audacieuses à ce jour.

Avec ses 25 membres très en vue, le Conseil Agora pour l’Europe est un véritable « Who’s Who » de la politique climatique. Parmi ses membres figurent la ministre française de la Transition écologique Barbara Pompili, la ministre espagnole de la Transformation écologique Teresa Ribera, le ministre luxembourgeois de l’Énergie Claude Turmes, et Patrick Graichen, le bras droit du vice-chancelier allemand Robert Habeck.

Parmi les autres membres influents figurent des grands noms du Parlement européen, des fonctionnaires de haut niveau de la Commission européenne et des groupes de réflexion, ainsi que des dirigeants de la société civile et de l’industrie européenne.

L’objectif est de fournir un forum pour un échange régulier et confidentiel sur les aspects clés du paquet « Fit for 55 », explique Matthias Buck, directeur pour l’Europe d’Agora Energiewende, qui est vice-président du groupe.

«  Fit for 55 » est le surnom donné par la Commission européenne à son paquet législatif sur la politique climatique, qui vise à réduire les émissions de carbone de l’UE de 55 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2030.

Les échanges sont conçus pour être aussi libres et informels que possible et sont régis par la « règle de Chatham House », qui interdit aux participants d’être cités directement dans les comptes rendus écrits des discussions.

« Fit For 55 » : la France sceptique sur l’extension du marché carbone aux bâtiments et aux transports

La Commission européenne a dévoilé hier (14 juillet) son plan d’action pour le climat intitulé « Fit for 55 », dont l’objectif est d’aider l’UE à atteindre son nouvel objectif de réduire de 55% ses émissions de CO2 d’ici 2030.

Échange de connaissances

Agora Energiewende, qui a fixé l’ordre du jour, a veillé à ce que divers intérêts soient représentés, du secteur des énergies renouvelables aux acteurs de l’industrie lourde.

Du côté de la société civile, par exemple, le groupe comprend l’association de l’industrie du ciment Cembureau et la WWF, l’ONG mondiale de protection de la nature, ainsi que le BEUC, l’organisation européenne des consommateurs, et le Conseil européen de l’industrie chimique (CEFIC).

Parmi les grands pays de l’UE, seules la Pologne et l’Italie manquent à l’appel.

L’objectif, selon la page web du think tank, est de « discuter des points de vue de manière informelle dans le but d’approfondir la compréhension mutuelle des problèmes clés et des options politiques », en s’appuyant sur la réputation du groupe de réflexion en tant que bâtisseur de ponts.

«  Chez Agora Energiewende, nous avons construit au fil des ans une tradition de dialogue avec les décideurs politiques, les parties prenantes et les experts. Le Conseil Agora pour l’Europe incarne cette tradition, en élargissant et en approfondissant notre attention au niveau de l’UE à mesure que le paquet politique “Fit for 55” prend forme dans les mois et les années à venir  », peut-on lire sur la page web du groupe.

Bas Eickhout, un législateur européen vert néerlandais qui est membre du Conseil Agora pour l’Europe, estime que le groupe peut apporter une contribution positive au débat.

«  Agora est particulièrement utile pour l’échange d’informations, de connaissances et d’idées sur la transition énergétique  », a déclaré Eickhout. «  Au cours de mes années au Parlement européen, j’ai acquis certaines connaissances et expériences sur le fonctionnement de l’Europe et sur ce qu’il faut attendre des différentes institutions, que je peux apporter à cette table  », a-t-il déclaré à EURACTIV.

«  D’autre part, je peux apprendre sur leurs connaissances et idées spécifiques sur certains thèmes  », a poursuivi M. Eickhout. «  Il s’agit d’un échange de connaissances. »

Agora Energiewende a récemment gagné en importance politique à Berlin et à Bruxelles lorsque son ancien directeur, Patrick Graichen, a été nommé à la tête du nouveau super-ministère allemand de l’économie, de l’énergie et du climat.

M. Graichen est membre à part entière du Conseil Agora et est le principal négociateur du paquet «  Fit for 55  » à Berlin, où il aide le vice-chancelier Robert Habeck à élaborer la législation sur le climat. Lors d’une récente réunion du Conseil de l’environnement de l’UE, il a été envoyé à Bruxelles aux côtés de la ministre de l’Environnement, Steffi Lemke, où il a pris la parole pour tous les points de discussion relatifs à la législation climatique de l’UE.

La nouvelle ministre allemande de l'Environnement fait ses débuts à Bruxelles

Steffi Lemke a fait ses débuts à Bruxelles, ce lundi (20 décembre), lors d’une réunion du Conseil «Environnement » de l’UE, secondée par le haut fonctionnaire Patrick Graichen qui a pris la parole dans le cadre des discussions relatives au paquet climat de l’UE.

Le Conseil Agora ayant pour objectif de réunir ses membres autour d’une même table quatre fois par an, une grande partie du travail de préparation et de secrétariat est également assurée par le think-tank allemand.

«  Avant chaque réunion, un document d’impulsion est envoyé aux membres  », a déclaré M. Buck.

Ces documents porteront sur un aspect spécifique du paquet « Fit for 55 » et seront élaborés avec le soutien d’Agora Energiewende, a-t-il ajouté.

Pour la réunion de lancement du Conseil Agora en décembre, les membres ont discuté de la prochaine révision du système européen d’échange de quotas d’émission (SCEQE), a déclaré un participant à EURACTIV.

La discussion a probablement été la plus utile au législateur européen allemand Peter Liese, qui est chargé de rédiger la position du Parlement européen sur la proposition de révision du SCEQE.

M. Liese n’a pas répondu à une demande de commentaire sur sa participation au Conseil Agora.

Quelle sera la prochaine étape ?

Dans le cadre de la présidence française du Conseil de l’UE, le président Emmanuel Macron a mis l’accent sur un sujet particulièrement important : l’introduction d’un tarif extérieur aux frontières de l’UE pour les importations de biens à forte intensité de carbone tels que l’acier, le ciment, les engrais, l’aluminium et l’électricité.

À mesure que le prix des émissions de carbone augmente en Europe, les responsables politiques craignent que les entreprises européennes ne soient pas en mesure de rivaliser avec les pays appliquant des normes environnementales moins strictes, ce qui conduirait certaines d’entre elles à délocaliser leurs investissements à l’étranger.

Comme le Conseil Agora se réunira à nouveau le 23 février, «  des sujets comme le MACF [mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, ndlr] seront certainement à l’ordre du jour  », a expliqué Jos Delbeke, ancien directeur général de la direction du climat de la Commission européenne, qui préside le forum.

La France espère faire avancer le dossier MACF pendant sa présidence du Conseil de l’UE. Les positions divergeant fortement, l’«  objectif du Conseil Agora d’approfondir la compréhension commune des questions les plus urgentes et des options politiques  » risque d’être mis à l’épreuve.

 

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