Un sommet climat à Paris en décembre pour compenser le manque d’ambition européenne

Le sommet se tiendra sur l'ile Seguin, où la Seine musicale a remplacé les friches industrielles de l'usine Renault

Le sommet français destiné à remobiliser sur le climat deux ans jour pour jour après la COP21 prend peu à peu forme. Finance verte et engouement de la société civile risquent néanmoins d’en faire un marché de Noël du greenwashing.

Organisée non pas avec la Commission européenne, qui centralise pourtant la position de la France sur les négociations climatiques, mais avec la Banque mondiale et l’ONU, la rencontre se tiendra le 12 décembre à la Seine Musicale, aux portes de Paris sur l’île Seguin, entre une série de concerts de Julien Clerc et de Michel Sardou. La France attend pas moins de 2000 personnes, et une centaine d’invitations ont été lancées à des chefs d’État, à l’exception de Donald Trump.

« La rencontre a pour objectif de remobiliser la communauté internationale engagée dans la lutte contre le changement climatique », explique-t-on dans l’entourage du président, en assurant que l’engouement pour cet évènement est pour l’heure très important. Après l’engagement de la Syrie, annoncé le 7 novembre, les États-Unis se retrouvent le seul pays à ne pas s’engager dans la lutte contre le réchauffement climatique, un isolement que la France semble vouloir souligner, même si un représentant des États-Unis sera néanmoins présent.

La Commission européenne sera néanmoins « un partenaire très important », assure l’Élysée, même si l’exécutif ne s’est pas risqué à s’engager dans l’organisation de l’évènement, alors que certains États-membres à l’Est de l’UE, dont la Pologne qui organisera la COP24, freinent actuellement des quatre fers sur tous les dossiers climat du bloc, comme le marché du carbone ou les objectifs de long terme sur les renouvelables et le CO2.

L’UE accusée de jouer un double jeu sur le climat

La répartition de l’effort de  réduction des émissions de CO2 en passe d’être votée par les États membres ne permettra pas d’atteindre l’objectif européen de 30% d’ici 2030, dénoncent les ONG.

Plutôt qu’à 28, une coalition de quelques États ou de régions européennes pourrait donc annoncer une coalition commune pour la neutralité climatique. Selon Le Monde, le Royaume-Uni pourrait en faire partie.

« Pas de dialogue de technocrates du climat »

Quelques semaines après la COP23, qui se tient actuellement, la rencontre baptisée One Planet Summit ne vise pas à « un dialogue de technocrates du climat, on veut des actions concrètes », assure-t-on encore au gouvernement français. La France espère des annonces concrètes et supplémentaires sur la finance climat, mais aussi de nouvelles coalitions entre les différents acteurs de la société civile, qui puissent notamment répondre au problème des pays en voie de développement qui ne parviennent pas à accéder aux financements climatiques, faute de compétences techniques ou financières. Un enjeu identifié de longue date notamment par les détracteurs du Fonds vert pour le climat, qui dénoncent l’approche trop complexe notamment pour les petits États.

COP23 cherche leader climatique

En délicatesse avec l’ONU, les États-Unis ont ruiné le leadership climatique bâti par l’administration Obama. L’Europe peine à élaborer sa stratégie. Reste la Chine? Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Une vitrine de choix pour la finance verte à la parisienne

Le sujet principal sera centré sur la finance climat, ce qui n’est pas sans arrière-pensée de la part de Paris, à l’heure du Brexit : la place de Paris, et son lobby Paris Europlace tentent de faire valoir la prééminence de la France sur le sujet, malgré l’effondrement de la place de marché sur le carbone, Bluenext, fermée en 2014.

Sur les quatre table rondes prévues le 12 décembre, deux seront entièrement consacrées à la finance : la première sera animée par le ministre des Affaires étrangères et le directeur de l’AFD, Rémy Rioux, et la deuxième qui consistera à « verdir la finance privée » se tiendra à Bercy, avec Bruno Le Maire, mais aussi le commissaire Valdis Dombrovskis. Le vice-président  de la Commission Maros Sefcovic se joindra à la troisième table ronde sur les collectivités locales avec Anne Hidalgo, tandis que la dernière sera animée par le ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot.

Petite vertu climatique

Une vingtaine d’évènements, organisés les 11, 12 et 13 décembre à Paris, par le Medef, l’IDDRI, I4CE, le CNES ou Novethic et Paris Europlace ont déjà été labellisés partenaires du sommet One Planet, qui risquent de donner un petit air de marché de Noël du green-washing à l’évènement. Pour la France, dont le ministre de la transition écologique Nicolas Hulot a renoncé à son objectif de réduire la part du nucléaire de 50 % à 2025, et qui affiche déjà un retard sur ses objectifs européens d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, le sommet semble aussi un moyen de se racheter une vertu climatique. Même si sur le fond, le besoin de mobilisation sur la finance climat est réel : deux ans après l’accord de Paris, et moins de trois ans avant son entrée en vigueur en 2020, les sommes promises ne sont pas réunies. Et la température grimpe de plus en plus vite : 2017 a déjà été l’année la plus chaude jamais enregistrée.

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