Une centrale au charbon teste les émissions négatives

La centrale de Drax. [Ian Britton/Flickr]

La centrale britannique de Drax est la première au monde à capter les émissions carbonées d’une de ses chaudières à biomasse. Une prouesse technologique qui interpelle. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Les conclusions du dernier rapport du Giec sont claires: aucun scénario permettant de stabiliser le réchauffement à 1,5°C ne fonctionne sans retirer du CO2 de l’atmosphère. Les climatologues estiment ainsi qu’il faudra extraire de 100 à 1 000 milliards de tonnes de gaz carbonique d’ici la fin du siècle pour atteindre l’un des objectifs de l’Accord de Paris. Reste à trouver les techniques idoines.

Depuis une vingtaine d’années, une poignée de scientifiques imaginent capter ce carbone à l’aide de gigantesques aspirateurs. Certains sont allés au bout de leur rêve, à l’instar des créateurs de la société suisse Climeworks. Pour l’heure, les rendements restent modestes. Et la réutilisation (ou la neutralisation) du dioxyde de carbone ainsi récupéré n’est pas toujours assurée.

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Neutralité carbone

D’autres chercheurs proposent une alternative: la BECCS. En comptabilité climatique, la combustion du bois ou de la biomasse est neutre. En effet, le CO2 dégazé a été capté par la plante durant sa croissance et le sera de nouveau par d’autres porteurs de chlorophylle.

Le principe de la BECCS est simple: capter le dioxyde de carbone émis par une chaudière à bois ou à biomasse et le stocker, d’une manière ou d’une autre, dans le sol. Ce qui comptablement équivaut à une extraction de carbone atmosphérique. En jargon onusien, on appelle cela les ‘émissions négatives’.

Les auteurs du dernier rapport du Giec estiment que la BECCS devra, à l’horizon 2030, alléger l’atmosphère d’une quinzaine de Mdt CO2/an. Ce n’est pas gagné.

Un seul pilote au monde

Car actuellement, un seul pilote est à l’essai. Inaugurée jeudi 7 février, l’installation capte 1t CO2/jour, produite par l’une des chaudières de la centrale à charbon et à biomasse de Drax, la plus puissante du Royaume-Uni (4 000 mégawatts -MW). Cette première mondiale reste très incomplète. Faute d’utilisateur, le CO2 est relâché après captage.

Drax Power, l’exploitant de la centrale, a engagé des discussions avec la British Beer and Pub Association pour que les brasseurs de bière britanniques puissent faire mousser les pintes avec du gaz carbonique made in Drax. Sans succès pour le moment.

Trop de biomasse tue la forêt

Si elle se révélait techniquement fiable, la BECCS n’est pas sans inconvénients. Pour alimenter trois de ses six chaudières, Drax Power consomme déjà 7 Mt de briquettes de bois, importées de Louisiane. C’est plus que tout le bois récolté dans les forêts britanniques chaque année.

La généralisation de cette technologie pourrait avoir des effets délétères sur la biodiversité, l’agriculture et l’aménagement des territoires. Selon certains scénarios, il faudrait en effet consacrer entre 5 et 18% de la surface terrestre pour alimenter l’ensemble des centrales thermiques équipées de BECCS. Acceptable?

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