Une coalition d’ONG réclame l’interdiction de certaines applications de l’hexafluorure de soufre

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Six ONG appellent la Commission européenne à proposer l’interdiction de certaines applications du gaz à effet de serre le plus puissant, l’hexafluorure de soufre (SF6). Cette décision fait suite à la publication d’un récent rapport qui révèle que les autres techniques existantes ne coûteraient pas plus cher.

Utilisé dans les installations de distribution électrique, le SF6 est un gaz à effet de serre fluoré 22 800 fois plus puissant que le dioxyde de carbone et qui a une durée de vie de 3 000 ans dans l'atmosphère. 

« Interdire le SF6 dans les dispositifs de commutation à moyenne tension serait aussi simple que d'abandonner des anciennes ampoules électriques », a déclaré Ton Sledsens, un porte-parole de l'ONG néerlandaise Natuur & Milieu qui a commandé ce rapport.

« Cela permettrait de ne pas utiliser un produit chimique qui a un effet dramatique sur le climat. En outre, le SF6 peut être remplacé par des produits du même ordre de prix et déjà largement commercialisés par tous les fabricants. »

Ce rapport du cabinet de conseil néerlandais CE Delft ne prouve aucunement que le recours à de l'air ou à des matériaux d'isolation solides coûterait plus cher, contrairement à ce que prétend une analyse d'impact européenne réalisée l'année dernière par l'Öko-Recherche institute.

« En réalité, un dispositif sans SF6 coûterait jusqu'à 10 % mois cher qu'un appareil [à moyenne tension] contenant ce gaz », selon ce rapport intitulé « Abatement cost of SF6 emissions from medium voltage switchgear ».

Dans cette étude, CE Delft avance que cette différence de prix s'explique par le fait que le document de l'Öko-Recherche omet certains facteurs comme les coûts d'entretien et l'utilisation d'un dispositif à moyenne tension contenant peu de SF6 pour calculer les émissions.  

Les organisations de l'industrie et les institutions européennes contactées par EURACTIV n'ont pas souhaité commenter cette étude. L'organisation EPEE (European Partnership for Energy and the Environment), qui représente les fabricants utilisant des gaz à effet de serre fluorés dans les systèmes de réfrigération et d'air conditionné, avance toutefois que ses produits présentent « des avantages non négligeables en matière d'environnement et de sécurité ». Ces produits sont en effet sans danger pour la couche d'ozone et leur toxicité et leur inflammabilité sont faibles.

Une coalition d'ONG (dont le World Wildlife Fund, Greenpeace, Climate Action Network, le Bureau européen de l'environnement et l'Agence de recherche sur l'environnement) a toutefois demandé l'interdiction du SF6 dans certaines applications.

Natuur & Milieu avance qu'avec 16 mégatonnes de SF6 équivalent CO2 actuellement rejetées dans l'atmosphère et un prix du carbone à 10 euros par tonne, une telle interdiction permettrait à l'Europe d'économiser 160 millions d'euros par an.

Emissions de SF6

Quelque 75 % des émissions de SF6 proviennent de son utilisation comme isolant dans les installations de distribution électrique à moyenne et à haute tension.   

Contrairement à Natuur & Milieu qui appelle à une interdiction immédiate du SF6 dans les dispositifs à moyenne tension, la coalition reconnaît que les substituts au SF6 dans la technologie à haute tension doivent faire l'objet de plus de recherches avant d'être développés.

L'hexafluorure de soufre a commencé à être commercialisé il y a seulement 30 ans. Dans les années 1980 et 1990, sa concentration moyenne mondiale a augmenté d'environ 7 % par an, une hausse qui s'est poursuivie « à un rythme affolant » malgré plusieurs tentatives d'abandon du SF6, selon M. Sledsens. 

Dans son règlement de 2006 sur les gaz fluorés, la Commission européenne a interdit l'utilisation du SF6 comme isolant dans le double vitrage des fenêtres, les balles de tennis, les pneus de voiture et les semelles des chaussures de sport.

Mais du matériel défectueux fabriqué à base de gaz inerte peut toujours entraîner une fuite de gaz dans l'atmosphère où, de par sa nature très brillante et réfléchissante, le SF6 reflète la chaleur et les radiations vers la Terre.

Réglementation européenne

Cet automne, l'UE devrait présenter une proposition visant à réduire la pollution due aux gaz fluorés, ce qui a déclenché une guerre entre les groupes de pression de l'industrie et les ONG.

Cette année, l'Italie et Malte ont reçu des avertissements pour le non-respect de la réglementation en vigueur sur les gaz fluorés. Les deux pays ont jusqu'à la fin du mois pour régler ce problème.

« Les deux États membres n'ont toujours pas envoyé de réponse officielle », a déclaré à EURACTIV un porte-parole de la Commission européenne. « Après expiration du délai, la Commission évaluera les progrès effectués dans les deux États membres et décidera sur cette base de les renvoyer ou non devant la Cour de justice. »

Les gaz fluorés représentent 1 à 2 % des émissions de gaz à effet de serre, mais ce chiffre pourrait grimper à 9-19 % d'ici 2050 si aucune décision n'est prise d’ici là. 

M. Sledsens a déclaré que sa plus grande inquiétude était que le SF6 libéré dans l'atmosphère aujourd'hui serait toujours présent dans trois millénaires et affecterait donc d'innombrables générations.

« Si le Colisée avait été construit avec du SF6, nous en mesurerions encore les effets aujourd'hui et ce serait le cas des 30 générations suivantes », a-t-il expliqué. « Cela  pose non seulement un problème technique, mais aussi un problème d'ordre moral. »

Certains scientifiques estiment que si nous ne réduisons pas nos émissions de CO2 de 80 à 95 % d'ici 2050 par rapport aux niveaux de 1990, un réchauffement de la planète de plus de 2°C entraînerait des conséquences catastrophiques. La contribution des gaz fluorés au réchauffement climatique est contestée, mais bien réelle.

Le Groupe intergouvernemental des Nations unies sur l’évolution du climat estime que la présence de ces gaz dans l'atmosphère représentait en 2005 17 % de la contribution de l'Homme au changement climatique. Les gaz fluorés sont couverts par le protocole de Kyoto qui a obligé l'UE à réduire de 8 % ses émissions de gaz à effet de serre entre 2008 et 2012.

La réglementation européenne de 2006 sur les systèmes de climatisation et les applications industrielles fixes visait à réduire les fuites, améliorer la récupération de matériel, l’étiquetage des produits, la transmission des données sur les émissions à l'UE et la réduction progressive de certains gaz fluorés comme le SF6 (moulage sous pression du magnésium). La mise en oeuvre de ces règles a toutefois été inégale.

La même année, la directive MAC prévoyait de limiter les gaz fluorés avec un potentiel de réchauffement de la planète de plus de 150 dans les systèmes de climatisation des véhicules, d'ici 2017. Le PRP évalue la quantité de gaz à effet de serre dans l'atmosphère par rapport à une certaine unité de dioxyde de carbone établie à 1. La directive interdit le HFC-134a, qui a un potentiel de réchauffement planétaire de 1430 et a fait passer tout le secteur à un gaz fluoré moins toxique appelé 1234yf, avec un PRP de 4.

  • Automne 2012 : l'UE devrait présenter sa proposition sur les émissions de gaz fluorés.

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