Von der Leyen très attendue sur la politique climatique

Ursula von der Leyen [EPA-EFE/PATRICK SEEGER]

Le Parlement européen a confirmé la nomination d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne lors d’un vote qui a mis le climat au centre de toutes les attentions. Un article de notre partenaire, Climate Home News.

L’ancienne ministre allemande de la Défense a obtenu la majorité dont elle avait besoin, avec 383 voix contre 327. Les libéraux de Renew Europe et les socialistes et démocrates (S&D) ont annoncé qu’ils soutenaient sa nomination moins d’une heure avant le scrutin secret.

Le changement climatique a joué un rôle décisif puisque les libéraux, socialistes et verts ont tous demandé à Ursula von der Leyen de renforcer son programme sur le climat comme condition à leur soutien.

Dans une déclaration, le groupe S&D a assuré que ses membres étaient « sceptiques » quant à sa candidature mais ont reconnu après une réunion de groupe intense, qu’elle avait répondu à leurs demandes, notamment sur l’action climatique.

« Nous resterons vigilants afin de faire en sorte qu’au cours des cinq prochaines années, elle tienne les promesses qu’elle nous a faites. Elle doit garder à l’esprit que sans nous, elle n’a pas de majorité proeuropéenne », a déclaré la cheffe de file du S&D, Iratxe García.

Ursula von der Leyen élue de justesse présidente de la Commission européenne

Le Parlement européen a confirmé le 16 juillet la nomination d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne, lui donnant ainsi les rênes de l’exécutif pour cinq ans.

Climat, une question cruciale

Pour Céline Charveriat, directrice de l’Institut pour une politique européenne de l’environnement, le changement climatique est pour la première fois devenu un « enjeu crucial pour recueillir suffisamment de voix ».

« Cela signifie que le changement climatique deviendra un dossier signature. Elle sera personnellement responsable de tenir ses promesses sur l’action pour le climat », a poursuivi Céline Charveriat, ajoutant qu’elle va désormais faire face à une rude bataille pour atteindre un consensus sur les mesures de décarbonisation.

Suite à quinze jours intenses de négociations avec les groupes politiques clés du Parlement européen, Ursula von der Leyen a semblé soutenir une hausse de l’objectif de réduction des émissions de l’UE à 55 % d’ici à 2030 – un objectif soutenu par le Parlement en mars dernier lors d’un vote non contraignant.

Dans sa proposition finale aux eurodéputés avant le vote, cet engagement a été minimisé à « une approche en deux étapes » pour réduire les émissions de CO2 de 50 %, voire de 55 %, d’ici à 2030 ».

Les Verts sceptiques

Les Verts, le quatrième plus grand groupe du Parlement, n’est toujours pas convaincu par son programme sur le climat. Les nationalistes, populistes et certains de son parti populaire de centre-droit (PPE) pensent quant à eux qu’elle a fait trop de concessions aux progressistes.

Lors d’une conférence de presse avant le vote, Ska Keller, co-présidente des Verts, a déclaré qu’Ursula von der Leyen n’avait pas répondu aux demandes politiques des Verts avec des propositions concrètes. Son co-président, Philippe Lamberts, a ajouté qu’elle ne leur avait donnés que des morceaux de propositions à la dernière minute.

Le Néerlandais Bas Eickhout, eurodéputé Vert, a déclaré à Ursula von der Leyen lors d’une précédente session parlementaire : « Vous jouez avec les 50 %, les 55 %, mais qu’est-ce que l’Europe va officiellement mettre sur la table quand l’Accord de Paris débutera officiellement en décembre 2020 ? Toujours pas clair ».

Pour Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’IDDRI, la volonté d’Ursula von der Leyen de porter l’objectif de l’UE pour 2030 à 55 % est « très encourageante ».

Selon elle, la pression exercée par le Parlement en faveur de plans climatiques plus ambitieux montre que les questions climatiques sont devenues « la norme » à Strasbourg. « Cela pourrait avoir un impact à long terme sur le mandat quinquennal de la Commission en matière de climat et d’environnement. »

Elle a ajouté que l’Allemande devait faire preuve d’une grande prudence pour conserver le large consensus dont elle a besoin sans s’éloigner de son propre groupe conservateur, le PPE, qui ne s’est pas engagé à atteindre l’objectif de 55 %.

Ursula von der Leyen passe au grill parlementaire

Ursula von der Leyen a poursuivi son offensive de charme auprès des eurodéputés, qui n’ont pas semblé être convaincus par la candidate à la présidence de la Commission.

Plus petit dénominateur commun

Suzana Carp, militante bruxelloise au sein du think tank Sandbag, a un point de vue différent. « Je ne pense pas que ce processus ait permis d’élever le niveau en matière d’action climatique », a-t-elle déclaré à Climate Home News.

Le programme climat d’Ursula von der Leyen « ne répond pas au mouvement climatique en Europe et ne correspond pas au programme des Verts », a-t-elle déclaré. « [Le plan] qu’elle a présenté est le plus petit dénominateur commun pour l’action climatique et est aligné avec le PPE, son propre parti. »

Dans le cadre de son paquet sur le climat, Ursula von der Leyen s’est engagée à présenter un « green deal » pour l’Europe au cours de ses 100 premiers jours de mandat, mais a donné peu d’indications sur ce que cet accord comporterait. Elle s’est engagée à légiférer pour que le bloc atteigne la neutralité carbone d’ici à 2050 et à mener des négociations internationales pour accroître le niveau d’ambition des autres grands émetteurs d’ici à 2021.

D’autres mesures incluent la transformation d’une partie de la Banque européenne d’investissement en une banque climatique pour débloquer 1 000 milliards d’euros d’investissements au cours de la prochaine décennie, la création d’un fonds de transition équitable et la mise en place d’une taxe carbone aux frontières.

Les dirigeants nationaux ont nommé Ursula von der Leyen pour remplacer le président sortant de la Commission Jean-Claude Juncker, et ont ainsi rejeté les principaux candidats présentés par les groupes parlementaires.

L’Allemande n’a donc eu que deux semaines pour présenter son programme au Parlement et obtenir le soutien de la majorité.

Avant le vote du 16 juillet, un groupe d’eurodéputés ont exprimé leurs inquiétudes et leur colère vis-à-vis de la nomination d’Ursula von der Leyen, plusieurs membres du S&D ayant déclaré qu’elle n’avait pas donné beaucoup de substance à ses principales annonces.

Dans ses remarques de clôture avant le vote, elle a déclaré que les discussions sur sa nomination avaient été « constructives » et « controversées » et a reconnu un « sentiment de division » en Europe qu’il fallait surmonter.

« Je veux m’impliquer et me rapprocher de ce Parlement européen », a-t-elle déclaré. « Je veux construire une nouvelle confiance et un nouveau partenariat entre la Commission européenne et le Parlement européen. »

Ursula von der Leyen tente d’amadouer les socialistes

La candidate à la présidence de la Commission a répondu aux questions du groupe des socialistes et démocrates au Parlement européen. Le vote des eurodéputés sur sa candidature s’annonce serré notamment en raison des divisions au sein des socialistes.

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