« Nous sommes la dernière génération à pouvoir stopper le changement climatique »

Le sommet de l’ONU sur le changement climatique a commencé le 3 décembre par un avertissement : cette génération est la dernière à pouvoir empêcher un réchauffement climatique catastrophique, et la première à en subir les conséquences. Un article de notre partenaire, The Guardian.

Près de 200 nations se réunissent en Pologne pendant deux semaines, dans le but de parvenir à un accord essentiel pour concrétiser l’objectif de réduction des émissions de carbone fixé à Paris en 2015. Les mesures visant à accélérer l’action pour le climat sont un autre objectif clé, puisque les promesses actuelles entraînent le monde sur la voie d’un réchauffement désastreux de 3°C.

Les négociations se dérouleront dans un contexte inquiétant : les quatre dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées et les émissions mondiales ont de nouveau augmenté, alors qu’elles devraient diminuer de moitié d’ici à 2030. L’action climatique doit être multipliée par cinq pour limiter le réchauffement à 1,5°C, selon les scientifiques de l’ONU.

Le GIEC lance l’alerte de la dernière chance sur le climat

Un réchauffement de plus de 1,5°C aurait des conséquences tragiques. Seule une transformation immédiate à l’échelle planétaire permettra d’éviter le pire, selon les experts du GIEC. Un article de notre partenaire, Climate Home News.

La toile de fond politique est pleine de défis : le déni du président américain Donald Trump vis-à-vis du changement climatique, les critiques contre le processus de l’ONU de la part de la nouvelle administration Bolsonaro au Brésil. L’accueil du sommet par un gouvernement polonais pro-charbon inquiète également certains observateurs.

Mais la nouvelle intention de l’UE de devenir neutre sur le plan climatique et l’effondrement du coût des énergies renouvelables sont des éléments positifs à prendre en compte, tandis qu’une année de conditions climatiques extrêmes devrait attirer l’attention.

« Nous sommes clairement la dernière génération qui peut changer le cours du changement climatique, mais nous sommes aussi la première génération à en subir les conséquences », a déclaré Kristalina Georgieva, directrice de la Banque mondiale. La banque a annoncé le 3 décembre que son financement record de 100 milliards de dollars (88 milliards d’euros) pour la période 2021-2025 serait pour la première fois réparti à parts égales entre les projets visant à réduire les émissions et ceux visant à protéger les populations des inondations, tempêtes et sécheresses que le réchauffement planétaire aggrave.

Ces dernières années, seulement 5 % du financement mondial a été consacré à la protection, mais en 2018, les conséquences climatiques ont été nombreuses, avec des vagues de chaleur et des incendies de forêt en Europe et en Californie et d’énormes inondations en Inde, au Japon et en Afrique orientale. « Nous constatons déjà les effets dévastateurs du changement climatique », a déclaré Kritalina Georgieva au Guardian. « Nous croyons fermement que l’action doit porter à la fois sur l’atténuation et sur l’adaptation. »

« Les phénomènes climatiques extrêmes sont la nouvelle norme », a déclaré Patrick Verkooijen, PDG du Global Center on Adaptation, aux Pays-Bas. « Le débat sur le climat ne peut plus se limiter aux causes, il doit aussi se concentrer sur la manière dont des milliards de personnes en danger peuvent s’adapter rapidement. »

Le réchauffement climatique menace les retraites du monde entier

La grande majorité des actifs des 100 plus grands fonds de pension n’ont pas fait l’objet d’une évaluation des risques climatiques.

Les pays riches ont promis 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pour aider les pays pauvres à s’adapter au changement climatique et à développer une énergie propre. En Pologne, les négociateurs devraient réunir les deux blocs et s’entendre fermement sur la manière dont la promesse pourra être tenue.

« Nous représentons près d’un milliard de personnes, celles qui sont les moins responsables du changement climatique, mais parmi les plus exposées à ses effets. Plus les pays pauvres devront attendre longtemps [pour obtenir un financement], plus le coût sera élevé », craint Gebru Jember Endalew, président du Groupe des 47 pays les moins avancés.

Les négociateurs en Pologne doivent également élaborer un règlement régissant la manière dont les actions promises dans l’accord de Paris seront suivies et signalées pour s’assurer que toutes les nations jouent leur rôle.

« Des règles de calcul justes et efficaces doivent être établies, avec des responsabilités particulières pour les grands émetteurs tels que les États-Unis et l’Europe, mais aussi la Chine et l’Inde », a déclaré le professeur Johan Rockström, de l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam en Allemagne. « Bien que la définition d’un règlement semble ennuyeuse, c’est en fait essentiel. »

Le rôle des hôtes polonais sera crucial et le vice-ministre de l’Énergie Michał Kurtyka a déclaré qu’il se concentrerait sur l’utilisation des forêts pour éliminer le dioxyde de carbone de l’atmosphère, sur les véhicules électriques et sur le soutien aux travailleurs des industries des combustibles fossiles pour créer de nouveaux emplois.

La Pologne produit 80 % de son électricité à partir du charbon et le sommet de l’ONU aura lieu dans une ville minière, Katowice. Le gouvernement polonais a également autorisé deux sociétés charbonnières à parrainer le sommet.

« Le fait de laisser de grandes compagnies charbonnières sponsoriser le sommet sur le climat envoie le pire signal possible au pire moment possible », a déclaré Robert Cyglicki, directeur de Greenpeace pour l’Europe centrale et orientale. « C’est comme si Philip Morris sponsorisait un sommet sur la santé où une interdiction de fumer est censée être décidée. Nous saurons que ce sommet a été un succès si les compagnies charbonnières regrettent de l’avoir parrainé. »

La diplomatie climatique polonaise minée par le charbon

Les efforts de la présidence polonaise de la COP24  sont entravés par la politique énergétique pro-charbon de Varsovie. Ce qui hypothèque les négociations de Katowice.

De nombreux pays restent fermement engagés dans l’action climatique, en particulier la France et la Chine. Mais le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a averti la semaine dernière que la montée du populisme sapait la volonté politique de certains pays de travailler avec d’autres. « De plus en plus d’approches nationalistes gagnent en popularité et remportent des élections », a-t-il dit. « Cela a conduit à mon avis à un manque de volonté politique. »

« Chaque jour, nous sommes témoins des effets du changement climatique sur les populations pauvres et vulnérables du monde entier », a déclaré Adriana Opromolla, de l’ONG Caritas Internationalis. « La transformation est possible, mais il faut une volonté politique pour la réaliser. »

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