Pourquoi la COP23 à Bonn est importante

Alors que la conférence de l’ONU sur le climat s’ouvre le 6 novembre à Bonn,  The Guardian, partenaire d’Euractiv, rappelle l’importance de cette rencontre, face à l’urgence climatique.

Les nations du monde entier se retrouvent pour la 23ème conférence annuelle des parties  (COP) dans le cadre de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) qui vise à « empêcher toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique » et mettre un terme au réchauffement climatique. Elle a lieu à Bonn, en Allemagne, du 6 au 17 novembre.

Pourquoi cette conférence importe-t-elle ?

Le changement climatique multiplie déjà la probabilité de conditions climatiques extrêmes, que ce soit des vagues de chaleur ou des inondations. Sans d’importantes réductions des émissions mondiales de carbone, on peut s’attendre à des « conséquences graves, généralisées et irréversibles » pour des milliards de personnes et pour l’environnement.

L’accord historique de Paris lors de la COP21 en 2015 est le premier accord véritablement mondial de lutte contre le changement climatique, mais les actions nationales doivent être renforcées de manière significative pour maintenir la hausse des températures mondiales en dessous des 2 °C et si possible de 1,5 °C.

Toutes les preuves scientifiques et tous les dégâts causés par des conditions climatiques extrêmes cette année, des inondations en Inde et au Nigeria aux ouragans dans les Caraïbes en passant par les feux de forêt aux États-Unis et en Europe, indiquent qu’il faut réduire de manière urgente les émissions mondiales – dans les prochaines années.

L’accord de Paris énonce des principes, mais n’entre pas dans les détails. Un diplomate fait le rapprochement avec un smartphone flambant neuf qui ne serait pas doté d’un système d’exploitation. Le sommet de Bonn est donc essentiel pour construire les règles qui permettront à l’accord de Paris de fonctionner.

L'ONU appelle à investir davantage dans la technologie pour sauver l'accord de Paris

Si tous les ׂtats parties de l’Accord de Paris tenaient leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’augmentation de la température sur la planète atteindrait probablement 3-3,2°C avant 2100, et l’objectif de 2°C voire de 1,5°C ne serait donc pas respecté, calculent les Nations unies dans leur 8e rapport annuel « Emissions Gap ». Mais investir dans les bonnes technologies pourrait sauver la mise. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Nouveautés

Les COP sont présidées par une nation spécifique et pour la première fois il s’agit d’un des petits États insulaires, qui sont le plus vulnérables à la montée des eaux et aux tempêtes extrêmes amenées par le changement climatique.

Le Premier ministre des îles Fidji, Frank Bainimarama, est donc le président de la COP, même si le sommet est organisé en Allemagne pour des raisons pratiques. Les îles Fidji ont dû faire face à des dégâts de plus d’un milliard de dollars après le passage du cyclone Winston en 2016. Cela devrait attirer l’attention sur la question épineuse de la compensation pour les dommages environnementaux, mais aussi sur l’adaptation aux menaces futures ainsi que sur la réduction des émissions.

Une COP sans Washington

En tant que seconde nation la plus riche et la plus polluante, les États-Unis sont importants, mais lorsque Donald Trump a annoncé le retrait du pays en juin dernier, la responsable des négociations climatiques à l’ONU a fini par le remercier.

« Cela a provoqué une vague de soutien sans précédent pour le traité », a déclaré Christiana Figueres. « Il a consolidé la détermination mondiale sur l’action pour le climat, et pour cela, nous lui sommes reconnaissants. »

Les États-Unis semblent désormais très isolés – seule la Syrie, déchirée par la guerre, est en dehors de l’accord de Paris. Reste à savoir quel rôle ils joueront à Bonn. La promotion du charbon et du gaz en tant que solutions pour le climat risque d’être à l’ordre du jour. Les rumeurs selon lesquelles le responsable climatosceptique de l’Agence de protection environnementale, Scott Pruitt, dirigera la délégation américaine sont toutefois infondées.

Selon un connaisseur de la COP, « l’ambiance sur place sera bonne : les États-Unis ne seront pas emmerdants. En réalité, ils ne savent toujours pas ce qu’ils veulent ». Nazhat Shameen Khan, le négociateur en chef des îles Fidji est encore moins diplomate lorsqu’il s’agit des États-Unis : « on peut négocier avec tout le monde, même avec un terroriste ».

Quoi qu’il en soit, les États, villes et entreprises américains sont nombreux à avoir promis d’honorer l’accord de Paris et jouiront d’une grande visibilité à Bonn. L’ancien maire de New York, Michael Bloomberg, a annoncé qu’il verserait les 15 millions de dollars de coûts administratifs de la CCNUCC si le gouvernement américain ne le faisait pas.

Les eurodéputés réclament plus d'ambition climatique avant les prochaines COP

Le 3 octobre, le Parlement européen a soutenu une résolution pour une révision à la hausse des objectifs climatiques pour 2030 et pour une stratégie d’élimination des émissions d’ici 2050, à l’approche d’un sommet de l’ONU.

L’avenir de l’accord de Paris

Les promesses actuelles de réduction des émissions de carbone ne permettraient de limiter qu’à 3°C le réchauffement planétaire et n’empêcheraient pas des dommages considérables. L’accord de Paris prévoit donc un mécanisme de révision et de renforcement des objectifs. Les dirigeants n’ont cependant pas précisé les règles de ce mécanisme, dont la préparation sera un aspect essentiel du sommet de Bonn. Le mécanisme devrait être finalisé en 2019.

Cette préparation est vitale, puisque les sommets ne permettent pas d’atteindre des accords, comme l’a montré la COP ratée de Copenhague, en 2009.

Points de tension

Il existe des tensions profondes et anciennes autour du concept de « pertes et dommages », selon lequel les pays en développement devraient recevoir une compensation pour les effets d’un changement climatique qu’ils n’ont pas, ou très peu, causé.

« Le principe de compensation est présent parce que les pays occidentaux ont développé leurs économies aux dépens de la planète et des populations pauvres », rappelle Dorothy Grace Guerrero, de la campagne Global Justice Now. L’enjeu est encore renforcé par le fait que certains pays en développement estiment ne pas avoir gagné lors de la COP 21, parce que l’accord ne prévoit pas d’objectifs contraignants pour les émissions des pays développés.

Déplacés climatiques: premières victimes et derniers responsables

À la veille de la COP23 qui se tien à Bonn, en Allemagne, du 6 au 17 novembre, Oxfam publie un rapport accablant sur la situation des déplacés climatiques.

C’est pour pallier ce manque qu’a été créé le mécanisme de Varsovie, un forum de négociation. Pour les militants, ce forum comporte cependant une « omission flagrante » : il ne dispose pas de fonds. Les États riches refusent de payer des pertes et dommages, qu’ils assimilent aux appels à des réparations financières pour l’esclavage.

La question est très controversée et devra être résolue pour que le reste des négociations ne soient pas teintées de mauvaise volonté. Les nations développées défendent vigoureusement la mise en place d’assurances peu chères et très répandues contre les épisodes météorologiques extrêmes. Le G7 a ainsi fondé InsuResilience, une initiative ayant pour but d’aider les 400 millions de citoyens les plus pauvres du monde. Il est cependant difficile d’imaginer comment ces assurances pourraient contrer des problèmes plus lents et néanmoins inévitables, comme la montée des eaux.

Fonds promis

Les pays riches ont déjà promis de fournir 86 milliards d’euros par an pour aider les pays plus pauvres à dynamiser leur croissance de la manière la moins polluante possible et à s’adapter au changement climatique. Des accros ont cependant  déjà eu lieu sur la comptabilisation de cette aide et sur le fait de savoir si elle est suffisante. En outre, Washington aurait dû fournir une partie importante de ces fonds, et il s’agira à présent de voir si les autres pays acceptent de combler le manque causé par le climato-négationnisme de l’administration Trump.

Participants

Les négociations sont menées par les États, mais les entreprises seront également représentées à Bonn. Ce sera notamment le cas de Renewable Energy 100 et We Mean Business. Le gouverneur de Californie, Jerry Brown, et Bloomberg devraient pour leur part faire une annonce très attendue sur leur initiative pour l’engagement des États-Unis, sans le pouvoir fédéral, le 11 novembre.

Seront également présentes les entreprises pétrolières et gazières. Une présence controversée, puisque leurs détracteurs estiment que leur lobbying freine le progrès. D’autres acteurs affirment au contraire que la révolution vers une économie à faibles émissions n’aboutira pas sans leur participation.

Les groupes issus de la société civile ont toujours un rôle important lors des COP. Ils prévoient de manifester contre l’industrie fossile, et particulièrement l’exploitation du charbon, présente dans la région de Bonn et encore très utilisée en Allemagne.

« Certains de nos invités seront sans aucun doute surpris d’apprendre à quel point le pays dépend encore du charbon », assure Annalena Baerbosk, porte-parole des Verts allemands sur les questions climatiques.

Les ONG font également pression sur les gouvernements, afin qu’ils augmentent leurs ambitions et l’aide aux pays vulnérables.

Les COP impliquent chaque année davantage d’acteurs économiques, comme le soulignait Christiana Figueres : « [l’accord de]Paris concerne tout le monde. Il appartient aux villes, aux entreprises, aux ONG et à toute la société civile, autant qu’aux États ».

Empreinte carbone

Le sommet attirera à Bonn 10 000 représentants des gouvernements du monde entier, 8 000 représentants d’autres intérêts et 2 000 membres de la presse. Les organisateurs tentent cependant de limiter l’empreinte carbone de l’événement, en assurant par exemple les transports à bord de bus électriques.

Les émissions qui ne peuvent être évitées seront compensées, principalement grâce à des programmes de l’ONU dans les petits États insulaires, en honneur à la présidence des îles Fidji.

Épreuve décisive

Comme le résume l’édito de la revue scientifique Nature, qui estime que l’accord de Paris est un « triomphe » : « En théorie, la montagne russe annuelle du climat se situe cette année dans une phase tranquille, le sommet sera réussi si rien ne va de travers. En pratique, le sommet de Bonn constitue une épreuve décisive qui décidera de l’unité des pays du monde [en l’absence des États-Unis] et de leur capacité à sauvegarder l’esprit de Paris. »

L’UE accusée de jouer un double jeu sur le climat

La répartition de l’effort de  réduction des émissions de CO2 en passe d’être votée par les États membres ne permettra pas d’atteindre l’objectif européen de 30% d’ici 2030, dénoncent les ONG.