Yvo de Boer: l’Europe avance à reculons sur les questions climatiques

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Les responsables politiques devraient mieux comprendre les relations étroites entre le climat, l'économie et l'énergie. L'ancien responsable de l'ONU chargé du climat s’est exprimé lors d’un entretien avec EURACTIV.

« Je trouve fascinant qu’en période de crise économique, l’Europe semble chercher des solutions pour l’avenir dans le passé », a indique Yvo de Boer lors d’un entretien avec EURACTIV. Le Néerlandais pointe du doigt le récent débat politique sur la relance du secteur manufacturier et les appels à l’abandon de la réglementation sur l’environnement.

Ancien secrétaire général de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), Yvo de Boer était auparavant à la tête du ministère néerlandais de l’Environnement. Il est actuellement conseiller en développement durable et changement climatique pourle cabinet KPMG.

M. de Boer estime que les responsables politiques sont coincés dans des cycles électoraux à court terme. Ils retardent toujours les efforts nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et maintenir la hausse des températures en dessous de 2 degrés.

« Nous avons devons fournir de sérieux efforts pour nous en tenir à l’objectif de 85-90 % de réduction des émissions d’ici la moitié du siècle. C’est fondamental, car le changement climatique est important. Mais aussi parce que nous devons laisser une certaine marge de manœuvre aux pays en développement pour qu’ils augmentent leurs émissions », indique le conseiller. Chaque euro épargné grâce à l’efficacité énergétique pourrait être dépensé dans d’autres priorités budgétaires, ajoute-t-il.

L’UE dispose actuellement de trois objectifs de 20 % d’ici 2020 : réduire les émissions de CO2, atteindre une part de marché pour les énergies renouvelables et améliorer l’efficacité énergétique. Le dernier objectif est volontaire.

La Commission a toutefois lancé un débat sur les objectifs climatiques pour 2030. Des propositions initiales mentionnent un objectif éventuel de réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre. Un objectif de 30 % pour la part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique en 2030 n’est pas exclu.

Subventions, prévisibilité et courage

Aujourd’hui, les énergies fossiles touchent des subventions européennes de 66 milliards d’euros, tandis que les renouvelables ne bénéficient que de 30 milliards d’euros par an. Pour Yvo de Boer, le débat sur le possible rééquilibrage des financements publics reste une perspective de court-terme. 

« Lorsque je m’adresse aux PDG mondiaux, dans le cadre de ma fonction actuelle, je leur demande : « Que voulez-vous le plus ? » Ils répondent : la prévisibilité à long terme. Ils ne parlent pas d’argent ou de subventions. Ils veulent être certains que lorsque l’Europe évoque au moins 80 % de réduction d’ici 2050, elle va s’en tenir à cet objectif. Alors, ils savent qu’ils devront investir non pas dans le charbon ou le gaz, mais surtout dans les énergies renouvelables et peut-être le nucléaire », explique le secrétaire général.

La suppression progressive des subventions aux énergies fossiles devrait toutefois s’effectuer de manière intelligente. Les responsables politiques « analysent les coûts de manière très stupide », selon l’expert climatique.

Les énergies fossiles sont bon marché, car les utilisateurs ne paient pas les coûts des dommages environnementaux, explique M. de Boer. « La première chose à faire, c’est de mieux comprendre les coûts. Et les coûts des énergies fossiles et renouvelables ne sont pas bien éloignés les uns des autre », souligne-t-il.

Il ajoute que les entreprises ne font pas confiance aux responsables politiques, dont la capacité d’attention se limite au cycle électoral.

« Le problème avec le climat, c’est que tout le monde sait qu’à long terme les bénéfices et les économies seront immenses. La vie de nos enfants sera meilleure, l’économie plus efficace, l’air plus propre. Tout sera merveilleux à long terme. Mais le long terme, c’est après les élections. »

Les responsables politiques, dont la Commission européenne, ne sont pas assez courageux pour imposer correctement le principe du pollueur-payeur, estime le Néerlandais. « Ils sont encore moins courageux lorsqu’il s’agit de nous demander d’investir dans l’avenir de nos enfants », ajoute-t-il.

Négociations climatiques : se marier ou vivre ensemble ?

Yvo de Boer indique qu’un traité international est nécessaire afin que les pays respectent les objectifs et supportent les coûts à court terme pour des bénéfices à plus long terme.

Les représentants des quatre coins du monde sont arrivés à Varsovie le 11 novembre à l’occasion d’une conférence climatique de deux semaines. Ils devraient progresser dans les discussions sur un nouvel accord climatique international, qui sera signé à Paris en 2015.

À l’heure actuelle, nul ne connaît la nature de cet accord. Ce pourrait être un protocole ou un traité.

« C’est comme sortir avec un homme attirant sans savoir à la fin de la soirée si vous allez vous marier, vivre ensemble ou simplement obtenir son numéro de téléphone. Vous ne savez pas ce qu’il va se passer. Vous êtes donc probablement assez prudent dans votre manière d’aborder la soirée.

C’est la même chose ici [à Varsovie]. Si vous ne savez pas si ce sera un traité ou un protocole, il est très difficile de négocier », explique-t-il.

Le conseiller de KPMG précise néanmoins que les discussions de Varsovie devraient donner lieu à des propositions concrètes sur l’accord pour 2015. Les attentes de la part des pays riches, à moyens revenus et pauvres ainsi que sur la mobilisation des financements.

« En fin de compte, je pense qu’à Paris en 2015, il faudra envisager à la fois les financements, les engagements et les technologies. Et en discuter », conclut-il.

Le monde a investi près d'un milliard de dollars par jour en 2012 dans la limitation du réchauffement de la planète. La somme totale représente à peine la moitié des 700 milliards de dollars annuels nécessaires, selon le Forum économique mondial, pour lutter contre le changement climatique.

Près de 38 % de l'investissement dans l'action pour le climat cette année (135 milliards de dollars) proviennent du secteur public, selon l'étude de l'IPC. Ces investissements ont été utilisés pour lever les 62 % restants auprès de promoteurs de projet (102 milliards de dollars), d’industriels et de sociétés (66 milliards de dollars) et de ménages (33 milliards de dollars).

Trois quarts des recettes destinées à l'action pour le climat venaient du pays dans lequel elles ont été dépensées. Le dernier quart provenait du Nord vers le Sud et il était majoritairement composé de fonds du secteur public.

  • 11-22 novembre :  Conférence des Parties à la CCNUCC  à Varsovie (COP 19)
  • 3-14 déc. 2014 :  COP 20 au Pérou
  • 2-13 déc. 2015 :  COP 21 à Paris

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