Bâtir une économie plus compétitive, résiliente, inclusive et verte, un devoir historique pour l’Europe

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Eviter de sortir du confinement en pilotage automatique : c’est le projet de Frans Timmermans et Fatih Birol. Puisque des milliards d’euros seront consacrés à la relance, autant investir dans une économie propre, compétitive et adaptée au XXIe siècle, plaident-ils.

Frans Timmermans est le vice-président exécutif de la Commission Européenne et Fatih Birol est le directeur exécutif de l’Agence Internationale de l’Energie.

La pandémie du COVID-19 a provoqué un séisme économique et social sans précédent. Alors que nous commençons à maîtriser un peu mieux la situation d’urgence sanitaire, il s’agit maintenant de relever le formidable défi de la reconstruction de nos économies et la réparation des dommages considérables causés aux collectivités, aux travailleurs et aux entreprises.

La crise a pris beaucoup de gens au dépourvu. Mais les défis majeurs tels que le changement climatique et la protection de la biodiversité sont bien documentés par les scientifiques. Le message est clair, et cela depuis longtemps : il faut agir plus vite. Au moment où les pays Européens et les autres continents tentent de se relever de la crise actuelle, il est nécessaire aussi de redresser nos économies et notre planète. Notre santé et de notre bien-être sont en jeu.

Nous devons veiller à ne pas sortir du confinement en pilotage automatique, afin d’éviter une pérennisation néfaste de technologies obsolètes et polluantes, de modèles économiques dépassés du siècle dernier. Puisque nous allons consacrer des milliards d’euros à la relance, autant les dépenser judicieusement et investir dans une économie propre, compétitive, résiliente et inclusive : adaptée au XXIe siècle.

L’élan des investissements verts est bien présent. Avant la crise, les investissements durables était déjà au cœur des projets de nombreuses villes et de beaucoup d’entreprises. Les investissements responsables étaient aussi cruciaux pour les citoyens, prêts à descendre dans la rue pour réclamer une planète plus propre et un mode de vie durable. Il y a quelques mois seulement, l’Europe a fait du Green deal sa principale priorité politique.

Le Green Deal, marque de fabrique de la nouvelle Commission européenne 

« Je veux que le Green Deal européen devienne la marque de fabrique de l’Europe », a déclaré Ursula von der Leyen, qui a chargé son second de superviser l’objectif de neutralité climatique de l’Europe d’ici 2050.

Elle promet à présent une relance verte. Le Green deal n’est pas un luxe : c’est un pilier essentiel de la réponse de l’Europe à la crise actuelle. Mais pourquoi, et comment faire ?

La relance économique fondée sur les principes du Green deal est tout simplement une démarche qui a un sens économique et environnemental. En Europe, comme dans beaucoup de régions du monde, c’est en investissant dans les nouvelles énergies, les transports et les industries propres que l’on peut créer des emplois correctement rémunérés localement, et qui stimulent l’activité économique. Ces investissements nous aideront en outre à atteindre nos objectifs internationaux en matière de climat et d’environnement, et à rendre nos économies plus résilientes face aux chocs futurs.

Dans la mémoire collective de nombreux Européens, le bilan de la sortie de crise économique de 2008 et 2009 se résume au sauvetage des banques, et à très peu de bénéfices pour les citoyens. Cette fois-ci, nous avons le devoir de construire un nouvel écosystème qui profite directement aux citoyens, maintenant et dans le futur. Nous devons consacrer nos ressources à des projets viables et porteurs de bénéfices immédiats et à long terme : rénovation des logements, infrastructures énergétiques propres, transports bas carbone…

Aujourd’hui, les bâtiments sont responsables de plus d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre en Europe, et de trop nombreux Européens peinent à régler leur facture énergétique parce qu’ils vivent dans des logements mal isolés, avec des systèmes de chauffage désuets. Une campagne de rénovations destinée à rendre les logements et bâtiments publics plus propres et plus verts est un des moyens d’aider le secteur de la construction – et les 15 millions de salariés qui y travaillent directement et indirectement – à repartir du bon pied. Les projets de rénovation peuvent être lancés rapidement, et selon une analyse de l’Agence internationale de l’énergie, quelque 60% des dépenses consacrées à la rénovation énergétique des logements profiteraient directement aux travailleurs du bâtiment au niveau local. En accordant la priorité aux logements sociaux, aux écoles et aux hôpitaux, on pourrait donner une impulsion majeure aux collectivités les plus durement touchées et contribuer grandement à la reprise économique.

Exclu : ce que contient le plan de « relance verte » européen

Le plan de relance écologique de l’UE prévoit de faire pleuvoir des milliards sur la rénovation des bâtiments, les énergies renouvelables et l’hydrogène, ainsi que sur le ferroviaire et l’économie circulaire, selon un document de travail obtenu par Euractiv.

Un autre exemple se trouve dans le secteur des transports. Les primes à la casse pour favoriser les achats de véhicules propres, et l’investissement dans un réseau européen de points de recharge électrique donneraient une importante impulsion au secteur automobile durement touché par la crise, de même qu’à la transition vers des véhicules moins polluants.

Avec des investissements dans des systèmes de transports urbains sûrs et propres, notamment des bus et des tramways fonctionnant à l’hydrogène, et la renaissance des déplacements en train, on aiderait ceux qui se déplacent en transport public.

Pendant cette sortie de crise, nous devons redoubler d’efforts pour aider les régions productrices de charbon et très émettrices de carbone à préparer leur avenir dans le cadre d’un système énergétique de plus en plus propre et décarboné. Personne ne devra être laissé pour compte dans le cadre de la reprise verte en Europe. Les investissements dans les énergies propres doivent y occuper une place centrale afin de maintenir une dynamique en faveur du climat et de soutenir l’industrie européenne.

L’UE devrait ainsi apporter un soutien appuyé à l’énergie éolienne et solaire. Par ailleurs, la production d’hydrogène par électrolyse et les batteries lithium-ion sont sur le point de révolutionner le secteur de l’énergie. Ces technologies peuvent être déterminantes pour dynamiser les secteurs du transport et de l’industrie en Europe au moment où le continent sort de la crise et cherche à développer de nouvelles activités de fabrication de pointe pour alimenter ses exportations. En profitant de cette opportunité, l’UE se donnera les moyens d’être un fer de lance sur les marchés mondiaux.

Pour réussir, les dirigeants, les entreprises et les citoyens européens doivent être ambitieux et courageux. Durant la crise du COVID-19, nous avons démontré notre capacité à nous adapter à de nouvelles réalités. L’heure est venue de montrer que nous pouvons aussi bâtir une réalité nouvelle. Regardons au-delà du monde que nous avons connu, et engageons-nous en faveur du monde que nous voulons. Le moment est venu.

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