Bocage et climat : « On ne peut plus en rester à une simple prise de conscience »

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Il faut passer à l’action pour restaurer les haies et profiter des bois de qualité qu’elles peuvent produire. Une tribune de notre partenaire, Ouest-France.

Jean-Yves Morel est président de L’Arbre indispensable, une association bretonne de militants et fins connaisseurs de l’arbre dans le bocage. 

En réintroduisant l’arbre sous des climats hostiles et en voie de désertification, on peut inverser la tendance en spirale positive : plus d’arbres amènent un climat meilleur et un milieu plus propice à toute végétation.

L’arbre est présenté par tous les scientifiques comme le principal moyen pour diminuer les effets du réchauffement climatique. Mais on ne peut plus en rester à une simple prise de conscience. Les solutions sont là et l’arbre hors forêt pourrait grandement compenser les 21 % de gaz à effet de serre, émis par l’agriculture par exemple.

Dans une région telle que la Bretagne, les alertes ont été maintes fois émises depuis de très nombreuses années par les scientifiques et les associations de protection de l’environnement.

« Un désastre annoncé dès 1992 »

Déjà en 1992, en pleine opération de remembrement, après un survol en avion de la commune de Plélan-le-Grand, l’ingénieur horticole Joël Lebourdelès et le botaniste Joseph Pelhatre, deux grands spécialistes de l’arbre annonçaient le désastre à venir.

Ils rappelaient que « le bocage remplissait un rôle essentiel de régulation de l’eau au niveau du sol ». Et que, dans ce remembrement, il fallait également voir un saccage culturel. Car à terme, les plus menacés étaient les agriculteurs eux-mêmes, puisqu’ils allaient connaître un appauvrissement des sols, une raréfaction de l’eau et qu’à terme on allait certainement vers une disparition du monde agricole (déjà évoqué dans un article de Sciences et Vie de… juillet 1992).

En faisant de l’arbre et de l’eau une obstruction à son développement, en quelques décennies, le modèle agricole breton a réussi à scier la branche sur laquelle il était assis.

« 80 % des haies perdues »

Avec les algues vertes toxiques sur les plages, est-il nécessaire de rappeler que depuis les sources jusqu’à la mer, le bilan est désastreux. Que nos paysages de bocage ont perdu 80 % des haies. Que les dernières zones humides sont encore victimes de destructions. Que le réseau hydrographique a été réduit à sa plus simple expression…

Pourtant les destructions de haies n’ont pas cessé, surtout en Ille-et-Vilaine, où la qualité des eaux est la plus dégradée de Bretagne, avec seulement 7 % des masses d’eau déclarées de bonne qualité au regard des objectifs annoncés.

Le milieu forestier n’est pas épargné, avec des dérives similaires de monoculture et de mécanisation à outrance. Ces pratiques favorisent gravement les risques d’incendies et d’invasions d’insectes ravageurs.

« Un kilomètre de haie vaut un hectare de forêt »

Selon les responsables de la filière industrielle du bois, la production de biomasse serait la principale valorisation économique de nos paysages de bocage en Bretagne. La production de bois d’œuvre ne relevant que d’une activité en marge.

Cette vision de nos paysages de bocage en Bretagne serait catastrophique pour l’image de notre région, pour sa culture et ses activités touristiques (voir le dossier publié en mai 2018 par l’Observatoire de l’environnement en Bretagne). Le retour de l’arbre et de la haie est indispensable pour rompre le cycle infernal des pollutions, inondations et sécheresses.

Un kilomètre de haie équivaut à un hectare de forêt. La pousse des arbres y est 40 % plus rapide. Ils disposent de plus d’eau, d’azote, de lumière et les sols y sont plus profonds qu’en forêt. « L’arbre sur la haie paye largement son loyer » (Gilles Pichard). Il faudra bien reconnecter le paysage de bocage à sa fonction de régulation de l’eau et repenser les nouvelles plantations à l’échelle d’un bassin versant ou d’un territoire pour plus d’efficacité et cohérence.

La haie régule les flux d’eau de pluie, délimite et enrichit les parcelles et produit un bois d’œuvre de qualité, lorsqu’elle est bien menée.

« Assurer le renouvellement »

Il faudra également et obligatoirement retrouver les classes d’âge des arbres par espèces pour assurer leur renouvellement.

Cet exercice s’avère difficile ; il faudra se servir au mieux de la régénération naturelle spontanée ou la favoriser, car c’est cette technique qui semble la plus sûre pour la pérennisation des plantations (et sans doute aussi la plus économique).

L’entretien et la conduite des plantations demandent beaucoup d’expérience et de compétences. La sectorisation des tâches, la sous-traitance et le manque de formation du personnel aux nouveaux enjeux sont des freins à la réussite.

On ne peut plus continuer à engager des frais de personnel, de carburant et de matériel pour seulement produire un déchet et encombrer les déchetteries.

L’entretien mécanique des haies pose, de plus, un véritable problème sanitaire de propagation des agents pathogènes. Il faudra repenser le bocage avec de vrais arbres, avec moins de « bourrage horticole », au profit de fruitiers plus favorables à la faune sauvage.

« Indispensables pour l’homme, les animaux, les insectes »

Par des expérimentations, et formations transversales, l’enseignement agricole, l’université doivent anticiper les besoins de personnes formées aux enjeux climatiques.

Historiquement, la très grande majorité des charpentes et maisons en colombage en Bretagne ont été construites à partir des arbres récoltés sur les haies. Les plus anciennes remontent au XIIème siècle (source Services de l’inventaire du Patrimoine, thèse de Corentin Olivier sur les charpentes gothiques en Bretagne). Ces travaux de recherche prouvent l’ancienneté de la construction des paysages de bocage.

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